"Des gisements d’économies significatifs existent déjà dans le quotidien des sites", selon Qualisteo

Par   Yousra GOUJA

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Publié le 23 février 2026
© Qualisteo
Élodie Bondi, directrice générale de Qualisteo.
STRATÉGIE. Le secteur industriel doit lui aussi composer avec de nombreuses contraintes pour se décarboner et mieux consommer. Élodie Bondi, la directrice générale de ce spécialiste des solutions d'efficacité énergétique, estime pourtant qu'une mesure structurée peut générer jusqu'à 20 % d'économies d'énergie.

Hausse durable des prix de l’énergie, pression réglementaire accrue, exigences de décarbonation et investissements lourds : les industriels évoluent dans un environnement de plus en plus contraint. Pourtant, un paradoxe demeure : comment piloter efficacement une trajectoire bas-carbone sans disposer d’une vision fine et exploitable des consommations énergétiques ?

Pour éclairer ces enjeux, Elodie Bondi, directrice générale de Qualisteo, une entreprise de solutions permettant d’identifier des gisements d’économies d’énergie, partage des retours d’expériences concrets.

XPair : Quels sont aujourd’hui les principaux angles morts dans la connaissance des consommations énergétiques industrielles ?

Élodie Bondi : Le premier angle mort reste très basique : l’absence ou l’insuffisance de comptage. Beaucoup de sites industriels ne mesurent pas finement leurs consommations par usage, par utilité ou par processus. Or, sans mesure fiable et granulaire, il est illusoire de vouloir analyser, comparer ou optimiser quoi que ce soit.

"Sans gouvernance claire, il est difficile d’inscrire la performance énergétique dans la durée."

Le deuxième angle mort concerne l’exploitation des données. Même lorsque des compteurs existent, les données sont souvent dispersées, peu accessibles ou enfermées dans des systèmes peu exploitables par les équipes opérationnelles. On a de l’information, mais elle ne devient pas un levier de décision.

Enfin, il y a un angle mort organisationnel et humain. La gestion de l’énergie n’est pas toujours portée par une fonction identifiée, structurée et légitime. Sur certains sites, elle repose sur une personne isolée, parfois très motivée, mais sans réel pouvoir d’arbitrage. Ce sont souvent les alternants qui jouent ce rôle. Sans gouvernance claire, il est difficile d’inscrire la performance énergétique dans la durée.

Quel est le principal blocage pour piloter une trajectoire bas-carbone : mesurer, analyser ou décider d’investir ?

Aujourd’hui, beaucoup d’industriels associent spontanément la décarbonation à des projets d’investissement lourds : changement de chaudières, électrification des procédés, biomasse, récupération de chaleur, etc. Ces projets sont indispensables, mais ils arrivent souvent trop tôt dans la réflexion.

Ce que nous observons sur le terrain, c’est que des gisements d’économies significatifs existent déjà dans le fonctionnement quotidien des sites : réglages, dérives, surconsommations invisibles, incohérences entre usages et besoins réels. Ces optimisations demandent peu ou pas de dépenses d'investissement, mais nécessitent une bonne compréhension des consommations.

Le vrai blocage n’est donc pas uniquement financier : c’est le manque de visibilité et de priorisation. Sans données fiables, il est difficile de décider où investir, dans quel ordre, et avec quel retour sur investissement.

Des sous-compteurs commercialisés par Qualisteo. © Qualisteo

À quel moment la donnée énergétique devient-elle réellement stratégique, au-delà du simple "reporting" (la collecte et l'analyse de données) ?

La donnée devient stratégique lorsqu’on passe d’une logique de constat à une logique d’action. Tant que l’on se contente de suivre des indicateurs globaux ou des factures, on reste dans le reporting. Le basculement s’opère lorsque les équipes comprennent concrètement comment, quand et pourquoi elles consomment.

À partir de là, on peut identifier des leviers précis, agir en temps réel et mesurer l’impact des actions engagées. L’intelligence artificielle joue un rôle clé dans cette transformation, mais elle doit être introduite progressivement.

Les industriels commencent par des cas d’usage sans risque, sur des briques bien identifiées : ventilation d’un entrepôt, gestion des utilités, air comprimé... Cette approche pragmatique permet de bâtir la confiance, avant d’aller vers un pilotage plus avancé des processus.

Quels résultats concrets observez-vous sur le terrain, et dans quels délais ?

Les résultats sont souvent plus rapides que ce que les industriels imaginent. En moyenne, les premiers gains mesurables apparaissent en trois à quatre mois après la mise en place d’un "monitoring" (la surveillance des performances) énergétique structuré.

"Tant que l’on se contente de suivre des indicateurs globaux ou des factures, on reste dans le reporting. Le basculement s’opère lorsque les équipes comprennent concrètement comment, quand et pourquoi elles consomment."

Sur des sites peu matures, qui partent avec peu de comptage et peu de pilotage, on peut atteindre des économies de l’ordre de 20 à 30 %. En France, sur des sites déjà relativement bien gérés, les gains se situent plutôt entre 10 et 20 %, ce qui reste considérable à l’échelle industrielle.

Ces économies proviennent d’abord des utilités – air comprimé, froid, vapeur – puis, progressivement, de l’optimisation fine des processus. Ce sont des gains durables, mesurables et surtout reproductibles, qui renforcent la compétitivité tout en réduisant l’empreinte carbone.


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