Data centers : "Nous avons la volonté d'être dans le top 3 mondial", Patrice Malgouverne (MBT Climate)

Par   Corentin PATRIGEON

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Publié le 22 avril 2026
© MBT Climate France
Patrice Malgouverne, directeur général de MBT Climate France.
STRATÉGIE. Réorganisation des marques, lancements produits, investissements... Patrice Malgouverne, le nouveau dirigeant de MBT Climate France, déroule à XPair sa feuille de route. Si les conséquences de la guerre en Iran sur l'activité restent incertaines, la formation constitue selon lui un chantier prioritaire.

XPair : MBT Climate est en train de réorganiser sa structure française ; pouvez-vous nous en dire plus ?

Patrice Malgouverne : Le Groupe MBT (Midea Building Technology) Climate est présent en France via quatre entreprises et sa volonté est désormais de les rassembler en une seule société qui sera MBT Climate France. Le processus est en cours et tout devrait être mis en place d'ici à la fin 2026. Le groupe se mobilise fortement et investit énormément dans ce dossier afin de s'inscrire dans la continuité des choses amorcées en 2025.

Notre ambition est toujours la même et nous croyons en notre gamme, qui est sans doute la plus profonde du marché dans la mesure où elle englobe toutes les familles de production : pompes à chaleur air/eau, air/air, du logement jusqu'au tertiaire et à l'industrie ; centrales de traitement d'air modulaires comme compacts ; terminaux – radiateurs, ventiloconvecteurs, aérothermes, panneaux rayonnants…

"Nous constatons que les installateurs sont de moins en moins compétents car de plus en plus sous-traitants, et nous devons par conséquent les accompagner pour mettre en place un SAV digne de ce nom."

Nous estimons qu'aucun autre industriel n'inclut tout cela dans son périmètre d'activité, en France comme en Europe. Si nous avons des forces, nous reconnaissons que nous avons aussi des faiblesses, à commencer par un manque de notoriété sur certaines marques comme Clivet. Mais nous avons les ressources pour relever ce défi.

Clivet emploie 1.000 personnes en Europe dans des centres de R&D et des usines basées dans le nord de l'Italie, pour un chiffre d'affaires de 360 millions d'euros. Kermi, qui va remplacer Arbonia, dispose d'un site de production dans la région de Munich qui compte environ 250 personnes et réalise une CA de 300 M€. Vasco fait travailler 30 personnes en Belgique et affiche un CA de 50 M€, et enfin les quatre usines Sabania situées près de Milan emploient 250 personnes et réalisent 150 M€ de CA.

Dans le cadre de cette réorganisation stratégique, quel objectif global vous fixez-vous ? Et avec quels moyens comptez-vous y parvenir ?

P. M. : Le chiffre d'affaires de MBT Climate Europe s'est élevé à 1 milliard d'euros l'année dernière, et nous nous fixons l'objectif de le multiplier par 3 suite à cette réorganisation. C'est ambitieux mais on y croit ! Cela va évidemment impliquer un vaste plan de recrutements pour les fonctions production, commercial et support.

Pour moi, la base, c'est le service. C'est pourquoi nous nous devons d'avoir des services mobilisant toutes les ressources possibles, de l'avant-vente jusqu'à l'après-vente. Nous constatons aussi que les installateurs sont de moins en moins compétents car de plus en plus sous-traitants, et nous devons par conséquent les accompagner pour mettre en place un SAV digne de ce nom. Nos confrères, eux, abandonnent le service. Ils réalisent des rachats et des acquisitions mais ils se sont transformés en sociétés financières dotées d'une vision très court-termiste.

Chez Midea, nous avons la visibilité d'un véritable industriel, et nous pensons à ce titre que nous devons nous adapter au marché français. L'objectif est de grandir et de réussir année après année à répondre aux besoins locaux avec une vision globale. Nos produits sont par ailleurs fabriqués en grande partie en Europe, ce qui nous permet d'avoir une réactivité commerciale et une conformité réglementaire. On veut ainsi démontrer que le modèle européen existe.

Pour ce faire, nous avons une feuille de route pour les deux prochaines années. Dans le détail, nos sociétés françaises utilisent quatre systèmes informatiques qui vont laisser la place à un seul ERP (progiciel de gestion intégré). En plus de nos sites proches en Île-de-France et en Alsace, nous allons également disposer d'un nouveau bâtiment de 1.000 m² à Lyon, avec salle d'exposition et académie.

"Aujourd'hui, tous les fabricants de chaudières disposent d'une offre PAC, tout le monde sait ce qu'est une PAC, et il est clair qu'une PAC a un ratio de performances indéniable par rapport aux chaudières."

Nous pourrons y former les installateurs et les apprentis. La nouvelle génération a plein d'idées et d'envies, des valeurs différentes, une capacité d'apprentissage plus rapide et performante. Mais ils ont une difficulté : c'est l'assimilation de la valeur travail et l'absence de patience. Ils ont des appétences qui doivent être tempérées en les replaçant dans le cadre de la construction d'une carrière.

Nos équipes sont constamment en train de rechercher de nouvelles solutions et de repousser les performances de nos produits. La réglementation F-Gas nous oblige par exemple à travailler sur des nouveaux fluides. MBT Climate se positionne aussi sur le marché des data centers en recrutant un millier d'ingénieurs et en fléchant 125 M€ dans des sites au niveau mondial. C'est un sujet passionnant nécessitant des investissements lourds dès aujourd'hui, et nous avons la volonté d'être dans le top 3 mondial pour les centres de données.

Étant implantés en Europe, vous répondez déjà au cahier des charges de l'agrément PAC qui devrait être mis en place cet été par Bercy...

P. M. : Avec nos huit usines européennes, nous sommes en effet déjà en phase avec la volonté des institutions françaises et européennes. Nous autres industriels, nous devons faire en sorte de promouvoir les produits européens et de fédérer les différentes cultures européennes du CVC. Sur ce point, nous sommes ravis que les pouvoirs publics aient pris conscience qu'on savait faire de belles choses en Europe.

Quel bilan tirez-vous de l'exercice 2025 et du 1er trimestre 2026 ?

P. M. : En 2025, nous avons réalisé un CA de 34 M€ toutes marques confondues. En 2026, nous rehaussons l'objectif à 40 M€. À l'heure actuelle, notre activité est plutôt étale. L'année commence relativement bien malgré les incertitudes et la morosité économique. L'enjeu de décarbonation est invoqué par tout le monde mais on y pense moins quand il s'agit de dépenser à cette fin... La hausse des matières premières et des énergies oblige tous les acteurs (ménages, entreprises, collectivités, propriétaires tertiaires…) à se demander comment réduire le montant de leurs factures.

Nous avons vu nos demandes de tarifs quadrupler mais nous espérons maintenant que cela va se transformer en installations réelles pour permettre à nos clients de réaliser des économies d'exploitation et d'amorcer la transition énergétique de leurs systèmes. Le curseur de l'activité dans le résidentiel est peut-être en-deçà de ce qu'on avait espéré, mais maintenant que le Gouvernement a clarifié le fonctionnement de MaPrimeRénov', on peut penser que le marché français va redémarrer.

Votre activité est-elle perturbée par la guerre en Iran et ses répercussions, notamment sur les prix des combustibles fossiles ?

P. M. : Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, nous avons constaté deux choses : d'une part, des hausses vertigineuses à deux chiffres des prix de nos fournisseurs pour le pétrole et les plastiques, et d'autre part l'augmentation du coût du transport. On essaye de les compenser au mieux mais malheureusement on n'y arrive pas toujours.

On n'a pas encore engrangé de commandes supplémentaires mais on reçoit plus de demandes car particuliers comme professionnels réfléchissent à des alternatives au gaz. Nous espérons que cela finira par se calmer car les ressources de nos installateurs ne sont pas multipliables en fonction des conflits dans le monde !

Quelle est votre position sur le plan gouvernemental d'électrification des usages ? Tous les acteurs du génie climatique ne sont pas convaincus par la consécration de l'électron et la chasse au gaz...

P. M. : Aujourd'hui, tous les fabricants de chaudières disposent d'une offre de PAC, tout le monde sait ce qu'est une PAC, et il est clair qu'une PAC a un ratio de performances indéniables par rapport aux chaudières. La PAC, c'est l'avenir ! Avec son plan d'électrification, le Gouvernement a juste 20 ans de retard, mais mieux vaut tard que jamais !

"MBT Climate se positionne sur le marché des data centers en recrutant un millier d'ingénieurs et en fléchant 125 M€ dans des sites au niveau mondial. C'est un sujet passionnant nécessitant des investissements lourds dès aujourd'hui."

Nous sommes ravis qu'il y ait une prise de conscience sur la nécessité de mettre un terme à notre dépendance énergétique. En France, nous avons une force, c'est d'être propriétaire de notre production électrique, et à un coût très intéressant. Et l'électrification est une bonne chose pour s'affranchir des fossiles. Alors allons-y ! Nous craignons en revanche que les derniers choix politiques ne soient remis en cause lors de l'élection présidentielle de 2027.

Il faut aussi continuer à réfléchir à la formation des installateurs et des apprentis, à la transformation des connaissances de la chaudière vers la PAC, à l'accompagnement des professionnels. L'essor des usages numériques et de l'intelligence artificielle a par ailleurs des répercussions énormes en termes de décarbonation et d'efficacité énergétique des data centers, ce qui impose de proposer des solutions technologiques n'impactant pas les budgets publics ni privés, ainsi que le réseau d'énergie.


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