Comment la mesure de la performance énergétique devient un outil de "confiance"
La rénovation énergétique du parc ne progresse pas assez vite, et les acteurs du bâtiment doivent par conséquent adapter leurs stratégies. "Il faut sortir du bureau, sortir du papier, et se confronter au terrain. Il va falloir mesurer beaucoup plus et calculer beaucoup moins, tester des méthodes, laisser les solutions se déployer et vérifier qu'elles marchent", a annoncé Julien Hans, directeur recherche et innovation du CSTB (Centre scientifique et technique du bâtiment), en introduction de la Journée de la recherche organisée par l'institution ce 2 juin à Paris.
Cette dernière innove donc, sur le fond comme sur la forme, pour tenter de rattraper le retard en la matière. C'est par exemple le cas du partenariat noué entre le centre et RTE. Olivier Lebois, qui pilote la feuille de route du gestionnaire du réseau d'électricité haute tension dédiée à la consommation énergétique, a listé les outils déployés dans le cadre de cette collaboration. À l'image d'Amadeus, un instrument de scénarisation de l'évolution du parc résidentiel, qui devrait faire l'objet de mises à jour continues.
Les équipes des deux organisations utilisent également la modélisation thermique dans l'évaluation de la courbe de charge. Une thèse menée conjointement entre RTE, le CSTB et l'école d'ingénieurs Mines Paris PSL porte d'ailleurs sur l'agrégation et la calibration de cette même courbe de charge. Et d'autres chantiers sont dans les tuyaux pour 2027, notamment la modélisation du parc tertiaire.
Croiser les bases de données
Car pour Denise Almeida, ingénieure recherche et expertise à la direction économie et ressources du CSTB, "la rénovation à l'échelle du parc est un défi en raison de son hétérogénéité, d'une contrainte de ressources, d'une pression temporelle et d'une multiplicité d'enjeux, ce qui nous impose d'anticiper les travaux de manière intelligente".
Afin d'affiner les connaissances du parc, le centre met notamment en avant sa BDNB, ou Base de données nationale des bâtiments, qui lui permet par exemple de produire des données de recherche grâce aux images de façades ou au croisement de ces informations avec des données socio-économiques de l'Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) à la maille bâtimentaire.
"Ensuite, il faut savoir les gestes de rénovation qu'on peut appliquer, leur faisabilité technique, réaliser des simulations, élaborer une stratégie de rénovation", a poursuivi Denise Almeida. Ce qui passe par la construction de scénarios, la modélisation de trajectoires et la planification de travaux, laquelle doit tenir compte des dynamiques du parc immobilier... et de la parcelle, voire du territoire dans lequel s'insère le bâtiment étudié. Un aspect que certains professionnels jugent négligé par les réflexions actuelles.
Mesure de la performance réelle
La mesure de la performance réelle est une autre solution majeure poussée par le CSTB. D'après
C'est déjà le chemin emprunté par le décret Éco-énergie tertiaire (EET, ou décret tertiaire), qui oblige les gestionnaires et exploitants du parc tertiaire à réduire les consommations d'énergie de leurs bâtiments et à les déclarer sur la plateforme Operat de l'Ademe (Agence de la transition écologique). Les contrats de performance énergétique, ou CPE, s'inscrivent dans la même logique.
Attention toutefois, car "la performance réelle est multifactorielle et va dépendre notamment de la performance intrinsèque". Plusieurs méthodes sont utilisées pour la mesurer : la thermographie infrarouge, le test de perméabilité à l'air… L'indicateur HTC (Heat Transfer Coefficient), qu'on connaît en France sous le nom Ubat, permet alors de qualifier l'ensemble des déperditions de l'enveloppe.
Toute une gamme de méthodologies
D'autres dispositifs de mesure de la performance globale sont expérimentés. C'est le cas, pour la maison individuelle, de Sereine (Solution d'évaluation de la performance énergétique intrinsèque des bâtiments), élaborée dans le cadre du programme Profeel (Programme de la filière pour l'innovation en faveur des économies d'énergie dans le bâtiment et le logement), lui-même financé par les CEE (Certificats d'économies d'énergie).
Le logement, qui doit être inoccupé pendant la durée de l'essai (généralement en saison de chauffe), est mis en chauffe puis fait l'objet d'une batterie de mesures pendant 12 à 72h selon la saison et la typologie. Une cinquantaine d'opérateurs y ont été formés à ce jour. La méthode QUB (Quick UBat) a quant à elle été développée par Saint-Gobain et repose sur des principes similaires. "Avec Sereine 2, on s'est aperçu qu'il est possible d'obtenir en rénovation des résultats presque aussi satisfaisants qu'en neuf, si on s'en donne les moyens", rebondit l'ingénieur.
Le projet Melodie (Mesures locales pour optimiser le diagnostic de l'enveloppe des bâtiments), financé par l'Ademe, est une alternative. L'Apemeve (Association française de la performance énergétique mesurée et vérifiée) promeut pour sa part la méthode de mesure et vérification (M&V). Reste à savoir comment accorder toute cette gamme de méthodologies. "Chacune a des usages différenciés, elles n'ont pas vocation à être mises en concurrence. Leur utilisation est fonction de la situation : l'occupation avant travaux, l'audit avant chantier, la livraison, l'occupation après travaux…", a conclu Arnaud Challansonneix.
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