Canicule : les réseaux de froid, une solution à intégrer dans des "stratégies de rafraîchissement"
Les réseaux de froid, c'est déjà bien, mais "une stratégie de rafraîchissement globale", c'est encore mieux. Alors que la France s'apprête à subir sa quatrième canicule de l'année, la FEDENE (Fédération professionnelle des entreprises de services pour l'énergie et l'environnement) juge nécessaire de hiérarchiser les solutions de refroidissement afin de favoriser l'adaptation des villes au réchauffement climatique.
Soulignant que les habitants des agglomérations sont davantage exposés à la hausse du mercure du fait du phénomène d'îlot de chaleur urbain (ICU), la fédération propose de déployer en priorité les solutions les plus efficaces. "Il s'agit d'abord de réduire les besoins de rafraîchissement et de déployer des solutions de rafraîchissement passif ; puis, si nécessaire, de mutualiser les besoins à travers une solution de rafraîchissement collective", indique-t-elle dans un communiqué.
Et s'agissant de la production de froid, "il convient de privilégier la solution mobilisable la plus vertueuse". En s'inspirant de la méthode "ENR choix" de l'Ademe (Agence de la transition écologique) pour le déploiement des solutions de chaleur de renouvelable et de récupération, la FEDENE détaille ces trois étapes successives qu'elle recommande de suivre.
Toujours optimiser la production par rapport à la demande
D'abord, appliquer des mesures de sobriété (ventilation nocturne, fermeture des volets durant la journée, respect des consignes de températures...) et d'efficacité énergétique (isolation du bâtiment, végétalisation des surfaces, installation de protections solaires et de brasseurs d'air...) afin de diminuer la demande en froid. Ensuite, se demander si un réseau de froid "efficace" – au sens du décret n° 2025-1382 du 29 décembre 2025 relatif à la transposition de la directive (UE) 2023/1791 relative à l'efficacité énergétique – existe déjà ou non.
Si oui, il suffit de s'y raccorder. Dans le cas contraire, une étude peut être menée à l'échelle d'un ensemble de bâtiments, voire d'un quartier, pour mutualiser la production et la distribution de froid. Si la configuration s'y prête, une solution de rafraîchissement collective peut être déployée : un mini-réseau de géothermie de surface ou des groupes froids collectifs dans le cas de plusieurs bâtiments ; un réseau de froid ou une boucle d'eau tempérée dans le cas d'un quartier.
La stratégie de rafraîchissement globale doit enfin prioriser ses différentes solutions, en veillant toujours à optimiser la production par rapport à la demande, par exemple en stockant le froid produit dans le réseau.
La FEDENE invite à respecter la hiérarchie suivante : les énergies de récupération locales utilisables directement, et qui n'impliquent donc pas d'utilisation ni de transformation d'énergie (tels que le free cooling ou le froid issu de procédés industriels...) ; les énergies de récupération locales à transformer, via des machines frigorifiques à absorption qui produisent du froid à partir de chaleur, émise par exemple par des sites industriels ; les ENR locales à transformer à partir de sources situées à proximité (l'eau issue des rivières, des fleuves ou de la mer, la géothermie de surface, le solaire thermique...) ; et les énergies délocalisables à transformer, du froid pouvant être produit à partir de l'air ambiant – humide de préférence – partout sur le territoire.
Tripler le volume de froid livré via les réseaux d'ici à 2035
Dans le cas des réseaux de froid, le froid est donc récupéré d'une source d'ENR&R qui, combiné avec des groupes frigorigènes ou des machines à compression, permet de refroidir l'eau du circuit d'une centrale. La FEDENE explique : "L'eau froide (1-12 °C) circule ensuite dans un réseau de canalisations isolées pour être distribuée vers les bâtiments à rafraîchir. Des échangeurs installés dans les bâtiments permettent de transférer le froid aux systèmes de distribution interne (diffuseur de froid, plancher rafraîchissant...). L'eau retourne réchauffée (10-20 °C) à la centrale pour être refroidie à nouveau."
D'après ses promoteurs, les réseaux de froid participent de la lutte contre les ICU dans la mesure où ils recourent à des systèmes favorisant l'utilisation d'eau ou d'air humide, quand la climatisation individuelle rejette de l'air chaud et sec. Leur consommation d'électricité serait en outre deux fois moins élevée que celle des climatiseurs individuels et leur conception limiterait de fait les émissions de gaz à effet de serre liées aux fluides frigorigènes. Leur capacité à stocker l'énergie sous forme de glace ou d'eau glacée durant les périodes de surproduction électrique, ainsi que leur intégration "invisible" dans les bâtiments sont également mises en avant.
Longtemps à la peine, la filière connaît une certaine dynamique grâce à des dispositifs de soutien public. D'après l'enquête 2025 des réseaux de chaleur et de froid, 1.841 bâtiments ont été raccordés à 49 réseaux de froid en 2024, soit 204 bâtiments et 6 réseaux supplémentaires en comparaison à 2023. La livraison de froid net s'est élevé à 0,87 térawattheure cette année-là, sachant que la troisième Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE 3) et que le Plan national d'adaptation au changement climatique (Pnacc) fixent pour objectif de tripler le volume de froid livré via les réseaux d'ici à 2035, pour atteindre 3 TWh annuels.
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