Rénovation : la montée en puissance des CEE va-t-elle pénaliser les ménages précaires ?
Faire basculer le financement de la rénovation énergétique des subventions de l'État (MaPrimeRénov') vers des fonds privés (les certificats d'économies d'énergie) présenterait-il un risque pour la qualité des travaux ? C'est en tout cas ce que craint le collectif Rénovons (rassemblant des associations, industriels, bureaux d'études...) en pointant les 10,2 milliards d'euros de financements prévus pour la rénovation énergétique dans le projet de loi de Finances 2027, actuellement examiné à l'Assemblée nationale.
Certes, l'enveloppe a grossi par rapport à 2026 (8,2 milliards) mais cette augmentation serait un "trompe-l'œil" pour l'organisation, qui souligne que les crédits de l'État passent de 1,9 à 1,8 milliard, quand les financements issus des CEE progressent de 3,4 à 5,3 milliards. S'agissant du parc privé, les fonds budgétaires prévus pour l'Agence nationale de l'habitat (Anah) sont annoncés à 873 millions, après 961 millions en 2026 et 1,5 milliard en 2025.
"Cette répartition du financement est d'autant plus injuste que certains bénéficiaires des CEE, notamment dans les secteurs industriel et tertiaire, sont exonérés de certaines contributions au dispositif sur leurs factures énergétiques. Dès lors, les ménages supportent à eux seuls près de 70 % du coût des CEE, bien davantage que les autres acteurs économiques", affirme le collectif.
Un secteur de la rénovation "à deux vitesses"
Il juge cette évolution "d'autant plus préoccupante" que le Gouvernement a annoncé il y a quelques jours qu'il ne reconduirait pas plusieurs programmes d'accompagnement à la rénovation énergétique et de lutte contre la précarité énergétique, tous financés par les CEE.
Si ces derniers "peuvent notamment soutenir des opérations standardisées, relativement simples à mettre en œuvre, comme le remplacement d'un système de chauffage ou certains travaux d'isolation", les rénovations d'ampleur "nécessitent quant à elles des diagnostics, une coordination entre plusieurs corps de métier, des montages financiers plus complexes et des investissements importants", qui risquent précisément de faire défaut.
Au final, les membres du collectif craignent de voir émerger un secteur de la rénovation "à deux vitesses", entre d'une part des ménages qui auront les moyens de financer des travaux, réalisés par des entreprises privilégiant pour leur part les interventions rapides et rentables, et d'autre part les foyers modestes qui ne pourront pas réhabiliter leur habitat, souvent dégradé.
Évaluer et publier "le coût réel des CEE pour les ménages"
Pour l'association Que Choisir Ensemble, adhérente au collectif, "ce risque est d'autant plus préoccupant que l'État fait reposer une part croissante du financement de la rénovation énergétique sur les factures des consommateurs, tout en réduisant les aides permettant aux ménages de réaliser les travaux les plus ambitieux".
L'organisation préconise par conséquent de "garantir une répartition socialement juste des financements", tout en fléchant "prioritairement les financements vers les rénovations performantes" et en garantissant "les moyens du service public de la rénovation", notamment en renforçant les moyens de l'Anah.
Rénovons propose enfin de "combiner de façon équilibrée les financements issus du budget de l'État et des CEE pour maximiser les impacts positifs", et d'évaluer, puis de publier "le coût réel des CEE pour les ménages, en détaillant leur répercussion sur les factures d'énergie selon les niveaux de revenus et les types de ménages, et les primes distribuées afin de mettre en lumière le niveau de redistribution".
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