Mobilisations lycéennes : pourquoi le bâtiment a aussi des enseignements à en tirer
Il y a le hard et le soft. Le hard, ce sont les bâtiments, les conditions physiques d’apprentissage, les murs et les fenêtres. Le soft, ce sont les programmes, les horaires, les absences, etc. Je ne parlerai ici que du hard.
Et pourtant, ce message semble avoir été perdu, ou bien négligé par les financiers des collectivités responsables. Il y a plusieurs raisons à cela.
Sanctuariser les budgets de maintenance et d'amélioration
L’une parfaitement scandaleuse, qui pourrait être rapidement éliminée : une règle fiscale qui envoie le mauvais message. Les gros travaux sont exonérés de TVA, alors que les petites interventions, en continu, ne le sont pas. La recherche effrénée d’avantages fiscaux conduit au mauvais choix.
"Une maintenance régulière des bâtiments scolaires coûte beaucoup moins cher qu’une dégradation continue conduisant à des grands travaux tous les 20 ans. Pas un petit peu, mais 3 à 4 fois moins cher."
Une autre est un cas d’école de la tyrannie du présent, pour reprendre le titre du dernier livre de Pierre Rosanvallon, parue aux éditions du Seuil. La tentation est ainsi permanente de reporter des dépenses qui n’apparaissent pas immédiatement indispensables. Elles attendront bien l’année suivante ! Et de report en report la situation se dégrade, en silence pourrait-on dire, sans provoquer de réaction assez forte.
La révolte actuelle des lycéens est en grande partie le résultat de ces reports. Une réponse à apporter à leurs revendications serait de sanctuariser les budgets nécessaires à la maintenance des bâtiments existants et à leur amélioration en continu, de les inscrire a priori dans les dépenses d’investissement. Une mesure qui ferait faire de grosses économies tout en préservant dans la durée la qualité des lieux d’enseignement.
Une dérive favorisée par le cloisonnement des décideurs
"La qualité d’une salle de classe est multicritère : qualité de l’air (renouvellement, émanations des matériaux), acoustique, confort d’hiver et d’été, lumière du jour et qualité de la lumière artificielle, propreté..."
Les choix d’aujourd’hui pèsent lourd sur les budgets de demain. Les appels d’offres ont encore bien du mal à intégrer le coût global des équipements, alors que les dépenses de fonctionnement et d’entretien cumulées coûtent plus cher que la construction elle-même. La règle d’or et la pression qu’elle exercerait ferait bien passer au second plan ce qui devrait être au premier : offrir aux élèves les meilleures conditions de travail.
Le cloisonnement des décideurs, entre les responsables de la construction des locaux et ceux de l’intendance, et enfin ceux de l’enseignement, favorise cette dérive. Le résultat ne s’apprécie pas seulement en nombre d’élèves, c’est leur capacité à apprendre, l’élévation de leur niveau. Or, le classement PISA constate une baisse qui s’accentue ces dernières années.
La qualité d’une salle de classe est multicritère : qualité de l’air (renouvellement, émanations des matériaux), acoustique, confort d’hiver et d’été, lumière du jour et qualité de la lumière artificielle, propreté... Une observation vérifiée à tous les niveaux, de la crèche à l’université. Les résultats scolaires et le développement des enfants sont directement impactés par ces différents éléments, ainsi que leur santé physique et mentale.
Offrir ces qualités et les maintenir tout au long de la vie d’une salle de classe est bon pour les élèves et leurs enseignants. C’est aussi une source d’économies financières et un élément important de la valeur ajoutée de l’enseignement.
Lire aussi
-
Rénovation : l'arrêt de trois programmes pourrait-il entraîner "l'échec" de l'électrification ?
-
Inquiet du budget 2027, le bâtiment se dit prêt à rénover les lycées
-
Rénovation : l'État met un terme à ACTEE, les collectivités dénoncent un "abandon"
-
Géothermie : 50 pieux pour chauffer et rafraîchir un hôpital parisien
Sélection produits
Contenus qui devraient vous plaire
- ACTUAL BTP ORLEANS
Technicien bureau d'études cvc (H/F)
- Sixense Engineering
