Mobilisations lycéennes : pourquoi le bâtiment a aussi des enseignements à en tirer

Par   Dominique BIDOU

Lettres d'experts
Publié le 2 novembre 2026
© iStock/HJBC
Le lycée Carnot, à Paris.
LE REGARD DE DOMINIQUE BIDOU. Pour le président d'honneur de l'Alliance HQE-GBC, les revendications des lycéens mettent le doigt sur les limites, voire les dérives d'un schéma de pensée et d'un mode de financement du bâti scolaire.

Il y a le hard et le soft. Le hard, ce sont les bâtiments, les conditions physiques d’apprentissage, les murs et les fenêtres. Le soft, ce sont les programmes, les horaires, les absences, etc. Je ne parlerai ici que du hard.

C’est en 1999 qu’une commission, présidée par un ancien président d’association de parents d’élèves, a fait le constat. Une maintenance régulière des bâtiments scolaires coûte beaucoup moins cher qu’une dégradation continue conduisant à des grands travaux tous les 20 ans. Pas un petit peu, mais 3 à 4 fois moins cher. Le maintien en bon état est une dépense qui fait faire de sérieuses économies, en plus d’assurer une bonne qualité de service, et donc de favoriser de bons résultats scolaires, ce pour quoi ces bâtiments sont construits.

Et pourtant, ce message semble avoir été perdu, ou bien négligé par les financiers des collectivités responsables. Il y a plusieurs raisons à cela.

Sanctuariser les budgets de maintenance et d'amélioration

L’une parfaitement scandaleuse, qui pourrait être rapidement éliminée : une règle fiscale qui envoie le mauvais message. Les gros travaux sont exonérés de TVA, alors que les petites interventions, en continu, ne le sont pas. La recherche effrénée d’avantages fiscaux conduit au mauvais choix.

"Une maintenance régulière des bâtiments scolaires coûte beaucoup moins cher qu’une dégradation continue conduisant à des grands travaux tous les 20 ans. Pas un petit peu, mais 3 à 4 fois moins cher."

Une autre est un cas d’école de la tyrannie du présent, pour reprendre le titre du dernier livre de Pierre Rosanvallon, parue aux éditions du Seuil. La tentation est ainsi permanente de reporter des dépenses qui n’apparaissent pas immédiatement indispensables. Elles attendront bien l’année suivante ! Et de report en report la situation se dégrade, en silence pourrait-on dire, sans provoquer de réaction assez forte.

La révolte actuelle des lycéens est en grande partie le résultat de ces reports. Une réponse à apporter à leurs revendications serait de sanctuariser les budgets nécessaires à la maintenance des bâtiments existants et à leur amélioration en continu, de les inscrire a priori dans les dépenses d’investissement. Une mesure qui ferait faire de grosses économies tout en préservant dans la durée la qualité des lieux d’enseignement.

Une dérive favorisée par le cloisonnement des décideurs

Pour rentrer dans les budgets, les financiers ont tendance à privilégier les solutions les moins chères. Le mieux-disant est souvent le moins-disant. Il est vrai que les promesses d’économies que la qualité apporte ne sont pas toujours honorées. Il y a des raisons extérieures qui peuvent contrarier les résultats, mais les dépenses de demain sont vite sous-évaluées quand il s’agit de respecter une équation budgétaire compliquée.

"La qualité d’une salle de classe est multicritère : qualité de l’air (renouvellement, émanations des matériaux), acoustique, confort d’hiver et d’été, lumière du jour et qualité de la lumière artificielle, propreté..."

Les choix d’aujourd’hui pèsent lourd sur les budgets de demain. Les appels d’offres ont encore bien du mal à intégrer le coût global des équipements, alors que les dépenses de fonctionnement et d’entretien cumulées coûtent plus cher que la construction elle-même. La règle d’or et la pression qu’elle exercerait ferait bien passer au second plan ce qui devrait être au premier : offrir aux élèves les meilleures conditions de travail.

Le cloisonnement des décideurs, entre les responsables de la construction des locaux et ceux de l’intendance, et enfin ceux de l’enseignement, favorise cette dérive. Le résultat ne s’apprécie pas seulement en nombre d’élèves, c’est leur capacité à apprendre, l’élévation de leur niveau. Or, le classement PISA constate une baisse qui s’accentue ces dernières années.

La qualité d’une salle de classe est multicritère : qualité de l’air (renouvellement, émanations des matériaux), acoustique, confort d’hiver et d’été, lumière du jour et qualité de la lumière artificielle, propreté... Une observation vérifiée à tous les niveaux, de la crèche à l’université. Les résultats scolaires et le développement des enfants sont directement impactés par ces différents éléments, ainsi que leur santé physique et mentale.

Offrir ces qualités et les maintenir tout au long de la vie d’une salle de classe est bon pour les élèves et leurs enseignants. C’est aussi une source d’économies financières et un élément important de la valeur ajoutée de l’enseignement.


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