Pompes à chaleur : le cadre normatif ne suffit plus à former toute une filière

Par   Simon MARTINEZ

Lettres d'experts
Publié le 30 juin 2026
© iStock/welcomia
Un technicien installe l'unité extérieure d'une pompe à chaleur.
LE RETOUR TERRAIN DE SIMON MARTINEZ. Le plan de massification des PAC se heurte à des formations normatives toujours plus lourdes, estime l'entrepreneur en génie climatique et conseil CVC. Pour lui, le volume d'installations n’est plus le seul enjeu ; la qualité d’exécution et la performance réelle en deviennent de nouveaux.

Depuis plusieurs années, la formation autour des pompes à chaleur s’est structurée autour d’un objectif légitime : sécuriser les installations, homogénéiser les pratiques et accompagner la montée en puissance d’une technologie devenue centrale dans la transition énergétique. Sur le papier, le modèle semblait vertueux. Sur le terrain, il montre aujourd’hui ses limites.

Les formations dites "normatives" – habilitations, qualifications, renouvellements obligatoires – occupent désormais une place dominante dans le parcours des installateurs. Elles répondent à une exigence réglementaire, administrative et assurantielle. Personne ne conteste leur utilité initiale.

Elles valident un cadre, rarement une compétence réelle. Elles vérifient la conformité, rarement la compréhension. Elles sécurisent un dossier, mais pas toujours une installation. Le résultat est visible sur le terrain :

  • des installateurs certifiés mais en difficulté sur les dimensionnements,
  • des erreurs hydrauliques répétées,
  • une dépendance excessive aux préconisations constructeur,
  • et une perte progressive de la culture technique globale.

La formation devient alors une obligation administrative, et non un levier de progression professionnelle.

La formation spécialisée : un besoin identifié, une émergence bloquée

Parallèlement, les formations plus spécialisées – hydraulique avancée, optimisation énergétique, régulation, interaction PAC/émetteurs/bâtiment – peinent à émerger. Non pas par manque de besoin, mais par manque de reconnaissance, où le fait d’avoir Qualiopi suffit pour savoir si la formation est intéressante ou pas – autrement dit, si elle est remboursée ou non.

Dans de nombreuses structures, notamment au niveau des cadres et des décideurs techniques, la formation reste pensée selon des modèles anciens : validation d’un titre, accumulation de certifications, conformité aux parcours existants, et souvent distillée par des professionnels de la théorie, rarement par des pros de la vraie vie. Ce modèle est aujourd’hui dépassé.

"L’innovation et la progression technique viennent souvent du terrain, des installateurs qui expérimentent, corrigent, adaptent. Lorsque ces profils ne trouvent pas d’espace de formation adapté, la compétence collective stagne."

Les cadres techniques, prescripteurs ou responsables d’activité PAC, sont souvent formés sur des référentiels qui ne reflètent plus la réalité des installations modernes. Les enjeux ont changé : hybridation des systèmes, pilotage énergétique, interaction avec l’enveloppe du bâtiment, performance saisonnière réelle...

Continuer à former avec les outils d’hier revient à préparer des décisions déjà obsolètes. Il n’y a qu’à regarder parfois certaines documentations techniques ou des schémas hydrauliques pour comprendre que le monde d’aujourd’hui est managé par celui d’hier.

Des méthodes de formation à repenser en profondeur

Le problème n’est pas uniquement le contenu. Il est aussi méthodologique. La formation PAC reste encore trop souvent :

  • descendante,
  • théorique,
  • déconnectée du retour chantier,
  • organisée autour de ceux qui "savent déjà",
  • et surtout attractive si remboursée, ce qui neutralise totalement l’effet attendu.

Ce fonctionnement crée un effet pervers : l’accès à la montée en compétence devient implicitement réservé aux "gens autorisés", à ceux qui appartiennent déjà aux bons réseaux ou aux bons circuits. Ce n’est pas seulement injuste. C’est contre-productif pour la filière.

Car l’innovation et la progression technique viennent souvent du terrain, des installateurs qui expérimentent, corrigent, adaptent. Lorsque ces profils ne trouvent pas d’espace de formation adapté, la compétence collective stagne.

Et la méthode Qualiopi qui s’occupe de tout sauf du contenu est grandement responsable. Il n’y a qu’à voir les aberrations sur l’accessibilité, qui relève tous les défis de la pesanteur. "- Qu’avez-vous prévu pour les personnes à mobilité réduite dans le cadre de votre formation à l'installation de capteurs solaires ? - Bah rien, avez-vous déjà vu des gens en fauteuil roulant sur une toiture ?"

Revenir à l’objectif initial : former pour mieux installer

La filière PAC est entrée dans une phase de maturité. Le volume n’est plus le seul enjeu ; la qualité d’exécution et la performance réelle en deviennent de nouveaux.

Cela suppose un changement de paradigme :

  • passer d’une formation de conformité à une formation de compétence,
  • valoriser les parcours spécialisés,
  • ouvrir l’accès aux savoirs techniques avancés,
  • accepter que la formation puisse aussi remettre en question les pratiques établies.

Former ne doit pas servir à reproduire un modèle existant. Former doit permettre de le faire évoluer. À défaut, la filière continuera de produire des installations conformes sur le papier… mais insuffisantes dans la réalité énergétique et économique des bâtiments.

Le terrain murmure à l’oreille des instances, qui semblent avoir un mal fou à entendre ceux qu’elle prétend pourtant encadrer. Cela n’est-il pas aussi lié à ceux qui, depuis des décennies, se passent les sièges entre amis ?


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