Pompes à chaleur : "La demande a bondi de plus de 50 % du jour au lendemain", MBT Climate

Par   Corentin PATRIGEON

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Publié le 5 octobre 2026
© Corentin Patrigeon pour XPair
Patrice Malgouverne, directeur général de MBT Climate France, devant la pompe à chaleur Edge Pro L au R290 (développant de 25 à 30 kW), sur le stand du groupe lors d'Interclima.
STRATÉGIE. Marché du génie climatique, choix industriels, ventilation et enjeux de qualité d'air intérieur : à l'occasion d'Interclima, XPair s'est entretenu avec Patrice Malgouverne, le directeur général de MBT Climate France.

XPair : Pourquoi avoir décidé d'être présents sur Interclima ? Qu'attendiez-vous de ce salon ?

Patrice Malgouverne : L'intérêt de notre présence sur Interclima était déjà d'expliquer qui nous sommes, car jusqu'à présent nos différentes marques n'étaient pas forcément associées au groupe. Il y a eu beaucoup de mouvements dans les différentes entités et les professionnels avaient besoin de comprendre qui était MBT Climate.

Interclima nous a permis de redire que le groupe représente plusieurs marques avec des familles de produits qui sont complémentaires puisqu'on démarre de la production pour aller jusqu'à la centrale et aux terminaux, chaque marque couvrant une étape. En affichant qui nous sommes véritablement, nous rendons notre activité plus lisible.

Uniclima a présenté ses derniers chiffres et tendances qui, pompes à chaleur mises à part, témoignent d'un marché du CVC toujours en proie aux difficultés. Comment vous positionnez-vous dans ce contexte ?

P. M. : Notre force est d'être capable de proposer des puissances allant de 1 kW jusqu'à 2 MW. Donc les projets qui ne se font pas avec l'un, vont se faire avec l'autre. Au global, MBT Climate s'en sort très bien alors que nous partons de loin. Et nous ne sommes qu'au début de l'aventure, donc forcément on ne peut que faire mieux !

Par exemple, Clivet ne fait pas partie aujourd'hui des majors dans son domaine. Mais ce qu'elle fait aujourd'hui n'est pas à la hauteur de ce qu'elle fera demain. Nous ne sommes donc pas inquiets sur nos évolutions et sur nos perspectives, car nous progressons à vitesse grand V.

À propos de Clivet, il y a eu récemment une ouverture d'usine en Italie. Cette décision s'inscrit dans votre stratégie européenne et rejoint aussi le choix des pouvoirs publics de privilégier la réindustrialisation "verte" ?

P. M. : Cela montre que nous produisons en Europe, et que nous vendons aussi du coup en Europe. Pour ce qui est des radiateurs, l'usine phare de Kermit est en Allemagne. Concernant les ventilo-convecteurs, les panneaux rayonnants et les aérothermes, Sabiana dispose d'un site en Italie.

"Notre force est d'être capable de proposer des puissances allant de 1 kW jusqu'à 2 MW."

S'agissant de la pompe à chaleur, il y a deux sites Clivet : un que l'on vient donc de créer en Italie, et un autre en République tchèque, qui a fait l'objet d'investissements lourds sur les unités air/eau. Au total, MBT Climate possède huit usines en Europe.

Au-delà de l'activité PAC qui est portée par les incitations réglementaires, le plan d'électrification et bien sûr le changement climatique qui amène les particuliers à vouloir rafraîchir leur logement, le tertiaire monte également en puissance du fait, là aussi, de la réglementation. Est-ce un marché porteur pour vous ?

P. M. : Le marché du tertiaire est énorme, mais son temps est plus long, car il y a tout un travail de procédures et d'études à faire : le montage d'une affaire peut prendre un à deux ans. Le résidentiel va beaucoup plus vite en comparaison, et ce dernier accapare aujourd'hui beaucoup nos ressources car sa demande a bondi de plus de 50 % du jour au lendemain. Nous avons cependant pu y répondre car nous avions du stock, quand nos concurrents n'en avaient plus.

Nous affichons ainsi de meilleurs délais de livraison, avec aujourd'hui des dates sur novembre. Mais notre volume est très petit par rapport aux majors de la filière. C'est pourquoi nous sommes en train de nous structurer pour faire en sorte de pouvoir assumer l'exercice 2027. En parallèle, nous avons aussi obtenu ce que nous réclamions depuis très longtemps à nos clients : des prévisions !

Car augmenter une équipe commerciale, c'est facile : il suffit de recruter. Augmenter une usine, c'est plus difficile. Nos clients sont maintenant plus sensibles à ces prévisions. Je pense par exemple que tout le monde a désormais pris conscience qu'il faut prévoir des canicules de manière systématique, afin d'éviter de subir des délais trop longs.

Uniclima a noté dans sa présentation que la ventilation restait le parent pauvre du génie climatique : son activité ne décolle pas alors qu'il y a des enjeux sanitaires derrière. Quelle est votre analyse de cette tendance ?

P. M. : La qualité d'air d'intérieur reste globalement un sujet, peu importe le volume à traiter au sein du bâtiment, qu'on parle de 1.000 m3 ou de 100.000 m3. Mais en France, elle n'a jamais vraiment été un sujet. Les usagers sont souvent très surpris de voir factuellement que l'air intérieur est plus pollué que l'air extérieur.

Le secteur a démontré à travers des études que cela s'explique par un air pollué qui est renouvelé, sans pour autant être traité. Le traitement d'air n'est toutefois pas suffisamment mis en avant. Et chauffagiste, frigoriste, climaticien et ventiliste, ce n'est pas le même métier ! Un chauffagiste n'a pas été formé aux systèmes de ventilation.

"Les professionnels sont aujourd'hui focalisés sur l'aspect thermique mais pas sur la qualité d'air. C'est aussi de notre faute, à nous industriels, car nous n'avons jamais créé des écoles spécialisées en qualité d'air."

C'est donc à la fois un problème de formation et de prise de conscience : nous avons déjà les produits, nous les améliorons, mais nous n'avons pas fait les programmes de formation qui vont avec. Le Covid avait boosté le sujet de la QAI, mais elle est retombée en même temps que la pandémie. MBT Climate avait sorti à cette époque de nombreux produits équipés de filtres qui étaient très performants. Et puis, d'un jour à l'autre, les demandes se sont arrêtées.

Il y a donc une stratégie à mettre en place, mais avec un groupe comme le nôtre, il est délicat de mettre un produit en avant plutôt qu'un autre. Actuellement, ce sont les PAC air/air qui sont en train de mobiliser notre énergie et nos ressources. Du fait que la QAI ne soit pas visible, au contraire des effets de la canicule, le déclic n'a pas encore eu lieu en France.

D'autres pays européens ont pris le sujet à cœur et ont créé des branches spécialisées en qualité d'air, comme la Suisse. Nous sommes donc très en retard sur ce sujet. Le temps d'ouvrir des écoles et de former des jeunes, cela va nous prendre une décennie. Nous essayons de faire passer les messages, mais il faut qu'il y ait derrière une éducation, une formation sur la qualité d'air.


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