"Le tout électrique freinera la croissance", met en garde la FFB
La situation ne s'arrange pas. C'est en substance ce que l'on pourrait retenir de la première conférence de presse de Frédéric Carré, le nouveau président de la Fédération française du bâtiment (FFB), qui s'est tenue ce 23 juin. La guerre en Iran et ses conséquences sur les prix des matériaux et des énergies plombent encore un peu plus les perspectives du secteur de la construction, qui a déjà encaissé une baisse de 5 % en 2025, pour atteindre 193 milliards d'euros (répartis entre 39 % pour le neuf et 61 % pour l'amélioration-entretien).
Pour l'exercice 2026, l'organisation patronale estime "au mieux" à 321.000 mises en chantier le rythme annuel en se basant sur les quatre premiers mois, ce qui représente 35.000 unités de moins que la moyenne des 40 dernières années. Les permis sont en perte de vitesse, particulièrement dans le logement collectif qui plonge de 30 % en avril sur un an. Dans le même temps, la FFB constate "un net tassement" des ventes des constructeurs de maisons individuelles, avec "seulement" +5 % en glissement annuel sur trois mois à fin avril, ainsi qu'un repli de 2 % des ventes des promoteurs entre les 1ers trimestres 2025 et 2026.
Ce n'est guère mieux dans le non résidentiel, où les surfaces commencées se maintiennent péniblement à 22 millions de mètres carrés en rythme annuel, un chiffre inférieur de 30 % à la moyenne de longue période. Les surfaces autorisées perdent 4 % en glissement annuel sur quatre mois, pénalisés par une chute de 19 % des bâtiments administratifs. "L'effet 'municipales' joue maintenant à plein, les surfaces commencées vont suivre dans le plongeon. J'en appelle aux élus locaux : ce n'est pas le moment de lâcher le secteur, on compte sur leurs budgets d'investissement", lance Frédéric Carré.
Un "écart abyssal" entre les objectifs et les moyens pour la rénovation
Mais le constat est "encore plus terrible" pour la rénovation : alors que le marché de l'amélioration-entretien enregistre son 6e trimestre consécutif de baisse d'activité, se rétractant encore de 2,6 % en volume au 1er trimestre 2026 en comparaison à la même période un an plus tôt, la rénovation énergétique diminue de 3,4 % sur le même laps de temps, et jusqu'à 4,1 % pour le logement. "Pourtant, le Gouvernement annonce une énième réduction de MaPrimeRénov' (-300 millions d'euros) et du Fonds vert (-168 millions d'euros), donc sur le terrain l'incertitude est totale et les ménages ne souhaitent plus engager de travaux", déplore le dirigeant.
Pour lui, "les errements des pouvoirs publics sur MPR, les CEE (Certificats d'économies d'énergie) ou le solaire photovoltaïque cassent complètement le marché. Il y a un écart abyssal entre l'objectif du Gouvernement de rénover les passoires thermiques et les moyens mis en œuvre, un écart qu'on a du mal à comprendre. Près de 60.000 entreprises se sont qualifiées RGE (Reconnu garant de l'environnement), elles ont embauché et formé, et on leur retire le tapis sous les pieds."
Dans ces conditions, difficile pour les professionnels du bâtiment d'apercevoir la fin du tunnel. "L'appareil de production souffre évidemment de cette situation" : 11.000 postes ont été supprimés au 1er trimestre 2026 sur un an, et au total pas moins de 55.000 emplois auront été perdus depuis la fin 2022. La FFB s'inquiète aussi de l'amaigrissement de l'enveloppe accordée par l'État aux CFA (Centres de formation des apprentis), qui tombe de 270 millions d'euros à 33 millions.
Électrifier oui, mais pas tout
Les trésoreries sont également sous pression, acculées par l'inflation des matériaux et des délais de paiement toujours anormalement longs dans la commande publique. Dernier point noir de ce tableau fort peu optimiste : les défaillances d'entreprises du bâtiment, qui ont dépassé les 13.000 dossiers sur les cinq premiers mois de 2026.
"Construire et rénover, c'est avant tout investir dans l'avenir, c'est répondre aux besoins des ménages et des acteurs économiques. La France ne retrouvera pas le chemin de la croissance sans reprise du secteur du bâtiment", insiste Frédéric Carré. "Le logement, le bâtiment, c'est ce qui sauvera la France ! Mais ce n'est pas qu'une question de moyens, c'est aussi une question de déblocages."
Ce qui amène la FFB à demander le vote d'une loi de Finances pour 2027, "et surtout pas d'une loi spéciale qui prolongerait l'incertitude". En parallèle, elle demande le maintien du prêt à taux zéro (PTZ) dans le neuf et un dispositif Jeanbrun élargi à l'individuel (y compris dans le neuf) et assoupli dans l'ancien, ce qui correspond au projet de loi présenté entre-temps par le ministre du Logement.
Assouplissement de la RE2020
"La rénovation énergétique devra être débattue dans les débats de l'élection présidentielle, et d'ici là il faut que tout le monde respecte ses engagements", poursuit le responsable. Concrètement, la FFB attend que les textes d'application de la TVA à 5,5 % sur les pompes à chaleur air-air soient votés, et que MPR soit redéployée puis stabilisée. "Il faut assouplir la RE2020 et le ZAN (Zéro artificialisation nette)", abonde Frédéric Carré, en appelant en complément à la mise en place d'un observatoire sur la formation des prix des produits et matériaux du BTP.
Côté transition énergétique, la fédération se dit "pour l'électrification mais pas pour le tout électrification". Son nouveau président détaille : "On doit pouvoir se permettre de continuer à avoir du gaz, sinon les travaux de rénovation ne se feront pas. On a besoin du mix énergétique, or le tout électrique est compliqué à mettre en place et freinera la croissance." Il donne rendez-vous aux acteurs le 19 novembre pour le Sommet de la construction de la FFB, durant lequel les candidats à la présidentielle seront interrogés sur leurs intentions en matière de politique du logement.
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