Le bâtiment tire les émissions de gaz à effet de serre de la France à la baisse

Par   Corentin PATRIGEON

Actualités
Publié le 19 juin 2026
© iStock/Delpixart
Paris sous un nuage de pollution.
ENVIRONNEMENT. Le dernier inventaire du Citepa sur les émissions polluantes des différents secteurs d'activité montre que le bâtiment progresse sur la voie de sa décarbonation, sans pour autant parvenir à respecter le budget carbone qui lui est alloué.

En matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), "la France avance et tient le cap". C'est la ministre de la Transition écologique Monique Barbut qui l'affirme, en commentant l'édition 2026 de l'inventaire national des émissions polluantes par secteur d'activité publiée en ce mois de juin par le Citepa (Centre interprofessionnel technique d'études de la pollution atmosphérique).

D'après ce rapport, les émissions ont reculé de 3 % entre 2023 et 2024 à l'échelle nationale, atteignant un total de 367 millions de tonnes équivalent CO2 en 2024, et une première estimation table sur une nouvelle baisse de 2,2 % entre 2024 et 2025, soit 359,4 MtCO2e en 2025. Depuis 1990, la réduction cumulée des émissions de GES de l'Hexagone se chiffrerait ainsi à 34,3 %.

Pour l'année 2024, la diminution de la pollution a été essentiellement portée par le secteur de l'énergie (-5,5 Mt CO2e, soit -15,1 %) mais aussi, dans une bien moindre mesure, par celui du bâtiment (-0,9 Mt CO2e, soit -1,6 %). En 2025, les émissions de GES de l'industrie énergétique sont en revanche reparties légèrement à la hausse (+0,2 Mt CO2e, soit +0,6 %), quand celles de la construction se sont encore repliées (-1,2 Mt CO2e).

Relâchement des efforts de rénovation et de sobriété

Selon le Citepa, l'évolution des émissions du bâtiment reste largement tributaire de plusieurs phénomènes. "Les émissions de GES du secteur usage des bâtiments sont principalement liées à l’usage de combustibles fossiles pour le chauffage résidentiel et tertiaire. La légère baisse des émissions de GES estimée pour 2025 résulte d’une baisse de la consommation de gaz, notamment dans le résidentiel, ainsi que des ventes de fioul domestique", explique le centre dans son document.

Il prévient aussi que "les évolutions interannuelles dépendent toujours de plusieurs facteurs parfois antagonistes dont la contribution est difficile à quantifier précisément". Parmi ces facteurs, les "impacts météorologiques" ainsi qu'un "effort soutenu en matière de rénovation des logements". Citant les chiffres du groupement industriel Uniclima, le rapport relève "une baisse du nombre d’installations de chaudières gaz et fioul en 2025 (essentiellement en remplacement), en cohérence avec la tendance baissière observée ces dernières années".

Ce qui l'amène à dire que "les réductions d’émissions observées en 2025 résultent ainsi en partie des efforts de rénovation engagés antérieurement", même si "le ralentissement de la dynamique de rénovation pourrait contribuer également à expliquer une baisse plus modérée des émissions du secteur résidentiel-tertiaire". En outre, les prix de l'énergie ayant été moins élevés l'année dernière, les consommateurs ont pu être tentés de relâcher leurs efforts en matière de sobriété énergétique.

Des objectifs atteignables

Or, le Citepa considère que la baisse des GES "repose principalement sur les gains d’efficacité et de sobriété, ainsi que sur l’évolution du mix énergétique", qui "compensent les effets haussiers liés à la croissance démographique et à l’augmentation des surfaces de logements". Pour autant, le secteur du bâtiment a encore du pain sur la planche.

En effet, le budget carbone qui lui a été alloué par la SNBC (Stratégie nationale bas-carbone) pour la période courant de 2024 à 2028 est de 51 Mt CO2e/an, alors que ses émissions ont atteint 55,5 Mt CO2e/an en moyenne sur la période 2024-2025. Le rapport juge donc "important de poursuivre les efforts en matière de rénovation énergétique des logements afin d’assurer le respect des objectifs nationaux".

Mais le rôle des conditions climatiques se confirme avec les premières estimations du Citepa sur les GES émis lors du premier trimestre 2026. La France aurait généré 98,1 Mt CO2e entre janvier et mars, contre 103,5 Mt CO2e à la même période en 2025, ce qui représente un recul de 5,4 MtCO2e (-5,2 %).

Le bâtiment, "plus forte contribution à la baisse" au 1er trimestre 2026

Les parcs résidentiel et tertiaire ont baissé leurs émissions polluantes de 2,5 Mt CO2e (-11,9 %) sur la période, soit "la plus forte contribution à la baisse sur le trimestre, à la fois en valeur absolue et en évolution relative". Les auteurs du rapport expliquent cette tendance "par un net recul des consommations au premier trimestre, en particulier de gaz naturel (-12,7 % par rapport au premier trimestre de l’année précédente) et de fioul domestique (-13,3 %)".

Ces diminutions liées au chauffage, à l'eau chaude sanitaire et à la cuisson entraînent mécaniquement des réductions respectives de 18,9 % et de 19,6 % pour le résidentiel et le tertiaire. Du côté du Gouvernement, on assure que ces résultats "illustrent l'importance d'un système électrique décarboné pour atteindre nos objectifs climatiques".

L'exécutif espère que "l'adoption prochaine de la nouvelle édition de la SNBC permettra de fixer une feuille de route claire pour les prochaines années (...)", en soulignant au passage que "le plan national d'électrification présenté au printemps contribuera à cette baisse d'émissions en favorisant le remplacement progressif des équipements utilisant des combustibles fossiles par des solutions électriques performantes et compétitives".


Actualités

Sélection produits