Le solaire thermique individuel au plus bas depuis une dizaine d'années

Par   Corentin PATRIGEON

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Publié le 3 septembre 2026
© iStock/amlanmathur
Une installation solaire thermique sur le toit d'une maison.
EN CHIFFRES. L'Observatoire des énergies renouvelables a épluché les segments d'installations solaires thermiques dans le parc résidentiel pour l'exercice 2025. À une exception, tous les équipements sont en chute, dont un qui serait même "sur le point de s'éteindre".

Pour la première fois depuis 2020, le solaire thermique individuel montre des signes de faiblesse en France. Pour son suivi du marché 2025, paru en juin 2026 et réalisé avec le soutien de l'ADEME (Agence de la transition écologique), l'Observatoire des énergies renouvelables (Observ'ER) a interrogé une quarantaine de sociétés. Voici les principales tendances à en retenir.

Les CESI classiques reculent de 2,2 %...

En 2025, le marché du solaire thermique individuel en France métropolitaine a totalisé 37.665 m², dont 20.100 m² sur le segment des CESI (chauffe-eau solaires individuels classiques et auto-stockeurs) et 10.465 m² sur celui des SSC (systèmes solaires combinés). Au global, l'activité a ainsi encaissé une très forte baisse de 32 % l'année dernière, la première depuis 2020.

Dans le détail, les CESI classiques (des installations de production d'eau chaude sanitaire solaire comprenant des panneaux posés en toiture et reliés à un ballon d'eau chaude situé en intérieur, au sein duquel se trouve un échangeur thermique) ont reculé de 2,2 %, avec 18.100 m² vendus. Après trois années plutôt fastes, où les transactions oscillaient entre 28.000 et 30.500 m², cette évolution des équipements pesant 90 % du marché est cependant perçue comme un retour à la période avant Covid.

Observ'ER estime d'ailleurs qu'elle est "globalement similaire sur l'ensemble des marchés des équipements de production de chaleur renouvelable destinés aux particuliers : les pompes à chaleur comme les appareils de chauffage au bois ont enregistré en 2025 une activité stable par rapport à 2024".

... quand les auto-stockeurs s'effondrent de 85 %

L'étude s'est aussi penchée sur les CESI auto-stockeurs, qui représentent les 10 % restants du marché. Arrivés dans l'Hexagone en 2020, ces équipements associent un capteur solaire installé en toiture ou en terrasse, à une cuve tampon d'eau chaude faisant office d'accumulateur d'énergie grâce à un échangeur thermique contenant un fluide caloporteur.

Après avoir atteint 29.420 m² vendus en 2023, ce marché avait déjà subi une chute de 55 % en 2024, passant à 12.935 m².

Sa sortie de MaPrimeRénov' en septembre 2024 n'a pas arrangé les choses : en 2025, les ventes sont tombées à 2.000 m² seulement, soit un effondrement de 85 %. D'après Observ'ER, le marché serait même "sur le point de s'éteindre".

Les SSC ne pèsent que 0,1 % des systèmes de chauffage individuel

Les SSC enregistrent eux aussi un fort recul de leur activité : de 18.260 m² vendus en 2024, ils sont tombés à 10.465 en 2025, soit -42,7 %. "Les acteurs mettent en avant l'instabilité politique du pays en 2025, qui a créé de l'attentisme chez les consommateurs. Une situation renforcée par la suspension du parcours accompagné du dispositif MPR entre le 23 juin et le 30 septembre", souligne le rapport.

Celui-ci rappelle que les SSC ne s'octroient que 0,1 % de part de marché parmi les systèmes de chauffage individuel, coiffés au poteau par les PAC air-eau (13,2 %), et surtout par les chaudières à condensation gaz ou fioul (26 %) et les PAC air-air (55,1 %).

Il considère toutefois que "leur comparaison avec les autres équipements reste délicate" dans la mesure où ils ont besoin d'une "énergie d'appoint pour fonctionner". Et si "le couplage solaire + énergie d'appoint constitue une alternative possible, ce marché demeure toujours très marginal au niveau national".

+27 % pour les surfaces installées des capteurs hybrides à eau

Les capteurs solaires hybrides, qui combinent des panneaux photovoltaïques avec des technologies utilisant l'énergie thermique émise par ces derniers pour produire du chauffage, ont aussi été étudiés par Observ'ER. Il en existe deux : les capteurs dits hybrides à eau (PVT-eau), et les systèmes aérovoltaïques (PVT-air).

En 2025, les premiers ont atteint 7.100 m² de surfaces installées (+27 %) et 1.540 kilowatts de puissance électrique (+27 %). Ils étaient régulièrement montés en puissance jusqu'en 2021, avant de se rétracter entre 2022 et 2024, puis de reprendre donc désormais de la vigueur.

Les seconds ne disposent en revanche d'aucune donnée. Observ'ER s'en explique : "Depuis 2018, le marché des capteurs PVT-air était en forte diminution, jusqu'à représenter de très faibles volumes en 2022. La sortie de ce type de capteurs de MPR en 2020 a accéléré la chute du secteur. Pour 2025, aucun volume de capteurs PVT-air n'a été reporté."

6 TWh de chaleur issue du solaire thermique visés à fin 2030

En résumé, tous les segments du solaire thermique individuel en France métropolitaine se sont donc repliés en 2025, à l'exception des systèmes hybrides PVT-eau. D'une manière générale, le marché n'a jamais été aussi bas depuis neuf ans.

"Entre 2015 et 2018, ses bons résultats étaient principalement portés par les capteurs hybrides PVT-air, qui ont depuis disparu. La Stratégie française pour l'énergie et le climat (SFEC) table sur une forte montée en puissance du solaire thermique, avec notamment une multiplication par trois du marché des applications individuelles", décrypte Observ'ER. En effet, un premier objectif avec un seuil de 6 térawattheures de chaleur issue de la filière du solaire thermique a été fixé à fin 2030, et un second visant un seuil de 10 TWh a été fixé à fin 2035.

Sauf que l'atteinte de tels niveaux impliquerait non seulement de tripler le marché du résidentiel individuel (CESI et SSC), mais aussi de porter à 100.000 m² annuels le marché du solaire dans le logement collectif, le tertiaire et la petite industrie, et à 1 million de mètres carrés annuels les surfaces pour les grandes installations (réseaux de chaleur et solaire thermique sur site industriel).

Or les chiffres d'Observ'ER pour 2025 "font état d'un marché total métropolitain (individuel + collectif) de 58.960 m² pour un parc total en activité de 3,02 millions de m² et une production de chaleur de 1,65 TWh (intégrant les capteurs hybrides mais pas les systèmes solaires auto-stockeurs)". Ce qui fait dire à l'observatoire que "la filière n'est définitivement pas dans la bonne dynamique".


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