Le CSTB a passé au crible les données de la RE2020, voici ce qu'il faut en retenir

Par   Corentin PATRIGEON

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Publié le 13 octobre 2026
© iStock/Grand Warszawski
Des logements collectifs.
ANALYSE. En se basant sur les données de l'OPEE, le CSTB a partagé des chiffres-clés sur l'efficacité énergétique, l'empreinte carbone et le confort d'été des bâtiments résidentiels et tertiaires soumis à la réglementation environnementale.

Le CSTB (Centre scientifique et technique du bâtiment) a profité de la récente mise à disposition en accès libre des données de l'Observatoire de la performance énergétique et environnementale (OPEE) pour réaliser un baromètre de la RE2020. Entrée en vigueur le 1er janvier 2022 et visant à améliorer la performance énergétique des constructions neuves tout en réduisant leur empreinte carbone et en assurant un confort d'été acceptable à leurs usagers, celle-ci a progressivement concerné un nombre croissant de typologies de bâtiments.

D'après le CSTB, son baromètre "propose un éclairage sur l'application de la RE2020 en présentant les tendances observées, les pratiques mises en œuvre sur le terrain pour répondre aux exigences de la RE2020 et les défis rencontrés par les acteurs de la filière sur la période 2022-2025". Il se base sur les données déposées sur l'OPEE entre le 1er juillet 2022 et le 1er janvier 2026. Voici les principaux enseignements à retenir de l'étude.

15,2 millions de mètres carrés construits en RE2020

Tout d'abord, le baromètre RE2020 du CSTB met en avant que les maisons individuelles (MI) représentent 78 % des surfaces disponibles dans l'OPEE en phase d'achèvement de travaux. "Ceci s'explique par le fait que la durée de chantier des MI est plus courte que celle des autres typologies de bâtiments. Ce constat devrait s'atténuer dans les prochaines années puisque de nombreux logements collectifs sont en cours de construction", peut-on lire.

Au total, l'observatoire recense 15,2 millions de mètres carrés construits en RE2020. Leur répartition procède comme suit :

  • Maison individuelle ou accolée : 11,8 millions de m² pour 108.500 bâtiments
  • Logement collectif : 2,3 millions de m² pour 2.300 bâtiments
  • Bureau : 836.000 m² pour 1.700 bâtiments
  • Enseignement primaire et secondaire : 158.000 m² pour 300 bâtiments

Dévalorisation du gaz

En matière de performance énergétique, le baromètre s'intéresse à la répartition et à l'impact carbone des systèmes de chauffage, symbolisé dans la RE2020 par l'indicateur Ic_énergie exprimant le poids carbone des consommations d'énergie sur toute la durée de vie du bâtiment en kgCO2eq/m² sur 50 ans.

Dans les MI ou accolées, "que les maisons soient dotées de pompe à chaleur ou de poêle biomasse, le Ic_énergie atteint est bien en deçà du seuil à respecter : -64 % pour les PAC, -43 % pour les poêles". Les PAC pèsent 94 % des générateurs de chauffage installés dans les 108.500 maisons enregistrées dans l'OPEE, suivies de très loin par les poêles biomasse à hauteur de 5 %.

"La proportion de PAC air/air recensées est supérieure au taux de climatisation déclaré, ce qui tend à indiquer une sous-estimation de l'équipement réel en climatisation."

Dans les 2.300 immeubles collectifs d'habitation, "sur la période 2022-2024, différents types de générateurs de chauffage permettaient de respecter la RE2020 pour les logements collectifs" : la PAC à 34 %, la chaudière gaz à 33 %, le convecteur électrique à 13 %, le réseau de chaleur à 12 %, la chaudière biomasse à 4 %. Ici, la molécule atteignait un Ic_énergie frôlant les 500 kgCO2eq/m², à distance confortable du seuil jusqu'en 2025 (600)... mais largement au-dessus du seuil en vigueur depuis 2025 (300).

Pour les 1.700 sites de bureaux, le baromètre relève que "la PAC semble être le système de chauffage privilégié", à raison d'une part de 93 %, contre 4 % pour le convecteur électrique. Il souligne que "l'atteinte du seuil Ic_énergie n'est pas problématique avec les solutions de chauffage utilisées en bureau (PAC, convecteurs) : -63 % pour les PAC, -62 % pour les convecteurs".

7 % des bâtiments résidentiels déclarent utiliser la climatisation

Autre indicateur utilisé dans la RE2020, le degré-heure (DH) mesure la durée et l'intensité du dépassement du seuil de confort par la température opérative intérieure (top), qui varie entre 26 et 28 °C selon la température extérieure.

Le document rappelle que "la réduction du DH passe par une combinaison de choix de conception tels que le caractère traversant des espaces, la présence de protections solaires, la présence d'éléments extérieurs au bâtiment (masques ou arbres par exemple), l'orientation du bâtiment, l'isolation de la toiture, l'inertie et les systèmes (brasseurs d'air par exemple)".

Source : Baromètre RE2020 du CSTB

L'OPEE dispose par ailleurs de données sur l'usage de solutions passives. Ainsi, on apprend que si 80 % des bureaux recensés déclarent utiliser la climatisation, seulement 7 % des bâtiments résidentiels le font. Une situation que le CSTB explique notamment "par l'utilisation, dans les bâtiments non climatisés, de solutions passives telles que les brasseurs d'air, les volets ou les stores qui permettent de limiter les surchauffes".

L'institution note d'ailleurs que "la proportion de PAC air/air recensées est supérieure au taux de climatisation déclaré, ce qui tend à indiquer une sous-estimation de l'équipement réel en climatisation". En zone climatique H3, 20 % des bâtiments résidentiels auraient installé des brasseurs d'air, censés garantir une baisse de 2 à 4 °C de la température ressentie. En zone H2d, cette proportion tombe à 7 %.

Du côté des protections solaires installées en MI ou accolées, ce sont les équipements à gestion automatique qui dominent (67 %), devançant nettement les logements non équipés (18 %) ainsi que les maisons ayant fait poser des protections à gestion manuelle (15 %).

Le lot CVC pèse 10 % de l'impact carbone d'un bâtiment neuf

Enfin, le baromètre du CSTB s'attarde sur l'indicateur Ic_construction, qui quantifie l'impact carbone des composants du bâtiment, calculé par une analyse de cycle de vie du site et exprimé en kgCO2eq/m² sur 50 ans. La médiane de cet indicateur s'avère inférieure de 9 à 15 %, en fonction des usages, au seuil Ic_construction_max 2022 médian. "Cette marge indique que les seuils 2025 apparaissent accessibles dans la continuité des pratiques actuellement observées", analyse le centre.

Ajoutant que l'un "des leviers pour diminuer le Ic_construction est l'utilisation de données spécifiques car le Ic_ded (somme des impacts des DED – – et des lots forfaitaires) est compris entre 36 et 50 % selon les usages". Il note par ailleurs que ce Ic_ded "est plus important pour les bureaux (50 %) que pour les bâtiments résidentiels (37 % pour les MI et 36 % pour les logements collectifs)", ce qui "confirme la remontée des acteurs signalant un manque de données spécifiques pour cette typologie de bâtiment".

En termes de répartition des impacts du Ic_composant par lot RE2020, le gros œuvre pèse entre 20 et 35 % du poids carbone global du projet de construction. Le lot 8.1, correspondant aux équipements de génie climatique, représente en moyenne 10 % de l'empreinte. Ce qui fait dire au CSTB qu'il convient "d'engager l'étude environnementale le plus en amont possible du projet".

Répartition des impacts du Ic_composant par lot RE2020.

Source : Baromètre RE2020 du CSTB


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