La filière gaz exhorte Sébastien Lecornu à agir sur la production de molécules renouvelables

Par   Corentin PATRIGEON

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Publié le 29 avril 2026
© iStock/Ralf Geithe
Illustration d'un méthaniseur implanté en milieu rural.
CHAUFFAGE. Les acteurs du gaz s'inquiètent du manque de visibilité du dispositif des certificats de production de biogaz. Sous un autre angle, deux associations de consommateurs mettent aussi en garde sur l'éviction de la molécule dans le parc résidentiel.

Le gaz renouvelable serait en danger. Dans une lettre ouverte adressée au Premier ministre Sébastien Lecornu et publiée ce 29 avril 2026, la filière gaz alerte sur le manque de visibilité du dispositif des certificats de production de biogaz (CPB) au-delà de 2028, qui selon elle "bloque aujourd'hui les décisions d'investissement en matière de production de biométhane dans les territoires".

Une situation qui serait d'autant plus préjudiciable que la crise énergétique engendrée par la guerre en Iran imposerait à la France de passer à la vitesse supérieure sur les énergies renouvelables et bas-carbone. Or, "plus d'un milliard d'euros d'investissements reste en suspens, alors même que de nombreux projets sont prêts à être déployés rapidement", y compris dans des filières émergentes telles que la pyrogazéification, la gazéification hydrothermale ou la méthanation.

Un décret avant l'été ?

"Nous sommes à un moment charnière. Soit la France donne un signal clair et assume une trajectoire ambitieuse, cohérente et lisible pour l'ensemble des gaz renouvelables et bas-carbone, soit elle prend le risque de casser une dynamique industrielle, territoriale et agricole déjà engagée", préviennent les signataires de la lettre ouverte, parmi lesquels l'association Coénove, la FNCCR (Fédération nationale des collectivités concédantes et régies), France Gaz et France Gaz Renouvelables, ainsi que le SER (Syndicat des énergies renouvelables).

Pour eux, la solution consiste à publier le décret sur la trajectoire 2028-2035 des CPB "avant l'été 2026". Les professionnels de la molécule ne sont cependant pas les seuls à tirer la sonnette d'alarme : l'association Que Choisir Ensemble et le Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC) mettent eux aussi en garde sur l'éviction du chauffage gaz dans le parc résidentiel, certes avec une approche différente.

5 millions de logements "captifs au gaz"

Avec deux études à l'appui, ils assurent que "les occupants de plus de 5 millions de logements en France se retrouvent aujourd'hui 'captifs' au gaz", particulièrement dans le logement collectif où des "contraintes techniques lourdes" empêchent l'installation d'une pompe à chaleur. "Pour que l'installation d'une PAC se révèle vraiment pertinente économiquement, il est nécessaire que le logement soit isolé. Pourtant les pouvoirs publics ont choisi de réduire le soutien aux travaux d'isolation", épinglent les associations.

Le BEUC pointe par ailleurs "un effet pervers majeur" engendré par la baisse du nombre d'abonnés au gaz : d'après ses estimations, "les coûts annuels d'entretien du réseau gaz pourraient ainsi doubler entre 2030 et 2045 pour les ménages toujours captifs". Sur le plan social, cela contribuerait à ouvrir une "fracture entre les ménages pouvant facilement sortir du gaz (propriétaires en maison individuelle) et ceux restant captifs (locataires, occupants de passoires thermiques)".

Pour Marie-Amandine Stévenin, présidente de Que Choisir Ensemble, "si la sortie du gaz est nécessaire et bénéfique à long terme pour les consommateurs et pour le climat, l'absence de planification et de mécanismes de solidarité sera douloureux pour une partie de la population". Avec le BEUC, elle demande donc à "planifier l'avenir du réseau gazier de manière claire et transparente" et à "protéger le pouvoir d'achat des consommateurs captifs au gaz".


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