Inconfort d'été : en quoi consiste le "choc d'adaptation" proposé par l'Ifpeb ?
Pour protéger la population face à la multiplication des vagues de chaleur, faut-il mener un "choc d'adaptation" auprès des 30 millions de logements de l'Hexagone ? C'est en tout cas ce que propose l'Institut français pour la performance du bâtiment (Ifpeb) après avoir été auditionné par la commission des finances de l'Assemblée nationale sur le coût des canicules. Partant du principe que la filière a déjà toutes les cartes en main, l'organisation renvoie aux simulations menées par le CSTB (Centre scientifique et technique du bâtiment) dans le cadre des travaux du collectif Nos villes à 50 °C.
Pour rappel, celles-ci considèrent qu'il suffit d'actionner trois leviers pour amener environ 70 % du parc à "un niveau d'habitabilité acceptable" : installer des protections solaires extérieures compatibles avec la ventilation naturelle, poser des brasseurs d'air et isoler la toiture lorsque cela s'avère nécessaire. "Face aux canicules, nous n'avons pas besoin d'un Nutri-Score du confort d'été ni de toute autre usine à gaz. Nous savons déjà quoi faire dans une grande partie du parc, donc le temps n'est plus aux idées mais à l'action. Il faut arrêter de tergiverser et foncer", insiste le directeur de l'Ifpeb, Christophe Rodriguez.
Ce choc d'adaptation pourrait être lancé dès 2027 auprès d'un million de logements, en commençant par les territoires les plus exposés et les ménages les plus vulnérables à l'inconfort d'été. Le coût d'une massification des trois leviers mentionnés plus haut est estimé entre 3,5 et 4 milliards d'euros, sachant que l'institut préconise de revenir en 2028 à "un régime de soutien différencié selon les revenus et le statut des propriétaires, en mobilisant prioritairement les dispositifs existants : MaPrimeRénov' pour l'adaptation à la chaleur en monogeste, et des CEE (certificats d'économies d'énergie) dédiés à l'adaptation".
Sanctuariser le DPE et le doubler d'un DRC
Dans la lignée de Nos villes à 50 °C, l'organisation souhaite également que le débat public s'extirpe de l'opposition stérile entre les pro- et les anticlimatisation. Si les solutions passives doivent continuer à être privilégiées, "une solution de rafraîchissement actif devra être assumée comme un équipement d'habitabilité" dans les régions où le mercure ne parvient pas à baisser durablement plusieurs nuits de suite. Le nombre de nuits chaudes pourrait d'ailleurs servir d'indicateur pour adapter les stratégies en fonction des territoires.
"Lorsque le rafraîchissement actif devient nécessaire, son déploiement doit être organisé et soutenu : priorité aux solutions participant également à la sortie des énergies fossiles, développement des réseaux de froid lorsqu'ils sont pertinents dans les secteurs denses et anticipation des conséquences sur le système électrique", explique l'Ifpeb. Sa dernière recommandation est de sanctuariser en l'état le DPE (diagnostic de performance énergétique), tout en abordant la problématique de l'adaptation climatique dans un diagnostic de résilience climatique, ou DRC, "fondé en premier lieu sur les vulnérabilités et les solutions directement observables dans le logement".
Mais le coût d'un tel choc d'adaptation est évidemment appelé à gonfler au fil du temps. Étant donné que 6,5 millions de logements devraient être adaptés au cours des cinq prochaines années dans les territoires les plus exposés, puis 5,3 millions supplémentaires sous 10 à 15 ans, avant d'accompagner progressivement le reste du parc jusqu'en 2050, la facture définitive du déploiement de ces solutions passives s'élèverait entre 46 et 53 milliards d'euros d'ici à 2050. Même si, comme le souligne l'Ifpeb, ce montant pourrait être perçu comme "un investissement total, et non une dépense intégralement supportée par l'État".
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