Géothermie : cette PME propose des travaux contre un abonnement
L’innovation dans le secteur de la construction part souvent du constat que des embûches sont sur le chemin du développement de certaines technologies, à l'instar de la géothermie. Si l’environnement pousse à des solutions énergétiques vertueuses et que cette proposition technique est, depuis bien des années, mature, que les compétences sont là, que les entreprises savent faire et que le cadre réglementaire est favorable, force est de constater qu’elle demeure encore, à ce jour, relativement discrète.
C’est le cas notamment dans le secteur tertiaire, où quelque 300 installations voient le jour chaque année en France. Un niveau encore très faible, alors que nos voisins allemands en mettent en œuvre cinq fois plus et les Suédois, vingt fois plus.
Le paradoxe de la géothermie
Pour Kilian Bazin, ces chiffres posent question et montrent un vrai paradoxe. Le président et fondateur de la PME Le Bon Tuyau, qui compte bon an mal an entre 5 et 10 salariés et a été créée à Angers en 2024, a, sur le terrain, fait le constat d’une méconnaissance du sujet, à la fois par les maîtres d’ouvrage, par les architectes, mais aussi, parfois, par les bureaux d’études.
L’absence de volumétrie a donc des effets directs : la géothermie n’est pas une évidence pour tout le monde. "La géothermie a cette réputation d’être plus onéreuse qu’une solution classique de production de chaleur, et il est vrai qu’en matière d’investissement initial, c’est plus cher", convient Kilian Bazin.
"Mais cette vision est distordue. En effet, il faut regarder la géothermie non comme un investissement travaux, mais comme un investissement énergétique dans un bâtiment. Au final, cette technologie ne revient pas plus cher, mais est, au contraire, vraiment rentable sur le moyen terme."
Travaux contre abonnement
Pour lever ces blocages, l’entreprise angevine a mis sur pied une offre destinée aux bâtiments tertiaires de 300 à 5.000 m², qui consiste en un système de chauffage et de rafraîchissement tirant les calories du sol, en partant du dimensionnement des réseaux jusqu'à leur installation et à leur maintien dans la durée.
"Notre objectif consiste à optimiser au maximum la totalité du schéma technico-économique. Nous mettons ainsi dans le sol le bon tuyau, que ce soit sous la forme d’échangeurs compacts pour des profondeurs faibles ou d'échangeurs ouverts lorsque l’on enterre jusqu’à 200 mètres".
- Kilian Bazin, président et fondateur du Bon Tuyau
L’installation comprend les échangeurs thermiques, la chaufferie et les tuyaux, tandis que la distribution – les émetteurs – demeure dans la main du propriétaire du bâtiment. Le Bon Tuyau va ensuite garantir la performance de l’installation. C’est précisément ici que se situe l’innovation, puisque l’entreprise prend en charge le montant des travaux et donc de l’investissement initial, avec, en contrepartie, un abonnement annuel perçu de la part de l’utilisateur.
"Le propriétaire recueille tous les bénéfices de la géothermie, et de notre côté, nous sommes convaincus que la performance financière initiale ainsi que la performance d’exploitation sont réunies", précise Kilian Bazin. "La location d’un équipement est un modèle économique novateur. En matière d’équipements techniques, nous sommes, du reste, parfaitement agnostiques, et nous ne privilégions pas, par exemple, telle ou telle marque de pompe à chaleur."
Lever le frein du coût d'investissement
La solution d’abonnement proposée par l’entreprise ne comprend pas de limite de durée et est pensée comme une fraction de l’investissement initial. Le propriétaire du bâtiment est libre de mettre fin au contrat. Dans ce cas de figure, il sera contraint de racheter l’installation, sachant que cette somme diminue d’année en année, comme dans le cas d'un prêt bancaire classique.
La start-up Le Bon Tuyau se veut avant tout un développeur d’infrastructures, avec un assemblage de technologies proposées par des fabricants, qui est conduit avec des compétences de plombier, de foreur ou encore de bureau d’études thermiques ou sous-sol. Pour l’heure, l’entreprise a développé une dizaine d’installations en location en France, mais ne cache pas ses volontés de croissance rapide.
"Nous voulons lever le frein du coût et de la méconnaissance, car nombreux sont les acteurs sur le terrain, à commencer par les hôteliers, les directeurs d’Ehpad (établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes) ou les bailleurs privés, qui n’ont jamais entendu parler de géothermie", confirme Kilian Bazin. "Nous voulons aujourd’hui montrer la valeur qui est créée pour le bâtiment et pour son propriétaire, en montrant que choisir une Pac standard ou continuer avec une chaudière gaz ne sont pas des choix opportuns."
Une solution "disruptive"
Pour convaincre les professionnels encore sceptiques, le Grand Prix d'EnerJ-Meeting, la Journée de l'efficacité énergétique et environnementale du bâtiment organisée par Batiactu Groupe (propriétaire d'XPair) le 10 février 2026 au Carrousel du Louvre, a été décerné au Bon Tuyau.
Dans la catégorie des "Trophées start-up bâtiment 2050", le jury a d’abord salué un levier intéressant pour projeter dans la durée le coût d’une installation. Ses membres ont également évoqué "une solution disruptive". Il faut dire qu'un modèle économique consistant à louer les calories du sous-sol l’est indéniablement.
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