Data centers : "Tout l'enjeu d'aujourd'hui est de ramener l'IA au niveau local" (ABB)

Par   Corentin PATRIGEON

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Mis à jour le 30 octobre 2026
Publié le 30 octobre 2026
© Corentin Patrigeon pour XPair
Maxime Mazel, directeur marketing de la division smart buildings chez ABB France, sur le stand de l'entreprise lors de l'édition 2026 du salon IBS, à Paris.
STRATÉGIE. Comme ses concurrents, le spécialiste de l'automatisation et de l'électrification se positionne sur les enjeux de cybersécurité et le marché des data centers, en plein essor. Décryptage avec Maxime Mazel, directeur marketing de la division smart buildings chez ABB France.

XPair : Comment analysez-vous les tendances actuelles du marché de la GTB et de la régulation ?

Maxime Mazel : Aujourd'hui, le marché devrait être plus dynamique qu'il ne l'est. Le bâtiment doit se transformer, l'électrification des usages est là, mais tout cela ne se traduit pas réellement au niveau de la conjoncture. L'évolution qu'on observe actuellement dans la mise en œuvre des BACS (Building automation and control systems), les systèmes de pilotage du bâtiment, reste très loin des objectifs. Bien sûr, les gros bâtiments sont déjà équipés, mais tout le marché des bâtiments intermédiaires et des bâtiments de petite taille ne l'est pas suffisamment.

Comment l'expliquez-vous ?

M. M. : Il y a plusieurs raisons à cela. Un acteur comme ABB n'est que fabricant, or à un moment c'est à l'ensemble de la filière de s'engager dans la dynamique : intégrateurs de systèmes, exploitants de bâtiments... Je pense qu'il y a une réacculturation à opérer sur cette partie-là. Il y a quand même eu des déclencheurs : les épisodes de canicule, le blocage du détroit d'Ormuz, qui sont, quelque part malheureusement, autant d'éléments nous poussant à changer notre consommation de l'énergie. La tendance actuelle se dirige donc vers des bâtiments plus équipés, plus flexibles.

"C'est à l'ensemble de la filière de s'engager dans la dynamique de déploiement des BACS : intégrateurs de systèmes, exploitants de bâtiments... Je pense qu'il y a une réacculturation à opérer."

Les pays nordiques sont par exemple beaucoup plus en avance que nous, tout simplement parce qu'ils perçoivent l'énergie comme une donnée de marché qui fluctue. En France, on la perçoit comme un service public, qui est dû, avec un prix fixe. Culturellement, il faudrait donc déjà que les consommateurs changent leur comportement.

Cela va prendre un certain temps, mais le plan d'électrification du Gouvernement a commencé à faire bouger les lignes. La voie est tracée, surtout avec les échéances réglementaires, même si c'est pour des raisons politiques ou de conjoncture économique, et qu'on ne le sent pas encore réellement dans le déploiement.

ABB France était présent sur IBS. Quelles innovations avez-vous exposé à cette occasion ?

M. M. : Nous avons présenté l'existant et les nouveautés en comptage et en contrôle d'accès. Nos solutions sont destinées au résidentiel, au petit tertiaire – les commerces de proximité... – et au gros tertiaire – les tours de bureaux... Comme nous sommes fabricant, nos matériels et infrastructures sont éprouvés, résilients, facile à mettre en œuvre et cybersécurisés.

Nous cherchons par exemple à rendre nos abris de comptage les moins intrusifs possibles, car on sait que 80 % des bâtiments qu'on va utiliser dans 30 ans sont déjà construits aujourd'hui. Nos systèmes de traitement de l'information sont multiprotocoles (BACnet, Modbus, KNX, Matter...) et s'adaptent aussi aux trois segments dont j'ai parlé précédemment, pour ensuite offrir des services à la demande permettant au site de pouvoir réagir en fonction d'un besoin formulé à un moment donné.

Ces appareils viennent agréger l'ensemble des langages du bâtiment, pour en faire une infrastructure ouverte avec des protocoles qu'on a vérifiés, contrôlés (KNX Secure, BACnet Secure...). Nous traitons le résidentiel de la même manière que le tertiaire ou l'industriel, car les risques sont les mêmes.

Y a-t-il eu des équipements ABB impliqués dans la cyberattaque qui a frappé les installations frigorifiques de centaines de supermarchés français ?

M. M. : À ma connaissance, nous n'avons pas aujourd'hui d'équipements qui ont été concernés par cette attaque. Mais cela montre bien que le risque est partout.

Danfoss, l'un des fabricants concernés, a appelé ses clients à faire attention à la sécurité de leurs installations, notamment en les mettant à jour. Appliquer les correctifs de sécurité est donc un besoin impérieux...

M. M. : Exactement. C'est bien d'installer, c'est bien d'exploiter, mais il faut aussi qu'il y ait un suivi. Les règles de cybersécurité ont changé. Nous devons tous être attentifs car ce qui s'est passé avec les installations de Danfoss, entre autres, peut se produire avec des systèmes d'autres marques. C'est pourquoi, chez ABB, la mise à jour de nos équipements est automatique et n'est donc pas dépendante de l'utilisateur. On ne lui laisse pas le choix, car sinon on s'expose à un risque de mauvaise exploitation.

"C'est bien d'installer, c'est bien d'exploiter, mais il faut aussi qu'il y ait un suivi. Les règles de cybersécurité ont changé."

Régulièrement, nos équipes réalisent également ce qu'on appelle des tests de pénétration, c'est-à-dire qu'elles hackent nos propres systèmes. Cela permet de détecter les failles et de les corriger afin d'éviter ce genre d'attaques extérieures. Il faut prendre conscience de ces risques, les anticiper et tirer les conséquences des incidents.

Comment ABB se positionne sur le marché des data centers ?

M. M. : Les centres de données sont aujourd'hui un marché de prédilection des fabricants de matériel électrique. Du fait des enjeux de consommation d'énergie mais aussi de cybersécurité, les technologies évoluent vite.

Étant donné qu'on compacte de plus en plus la donnée, et du coup la puissance, on est aussi obligé de transformer les réseaux électriques de courant continu à courant alternatif pour amener la puissance et optimiser le gain de place dans les data centers.

Nous travaillons donc beaucoup avec les hyperscalers (un fournisseur de services informatiques capable de mobiliser d'importantes ressources en peu de temps, NDLR) sur des applications en réseau continu pour améliorer la performance énergétique de leurs infrastructures.

Quelle est la place de l'IA dans les systèmes de GTB et de régulation ?

M. M. : Déjà lorsqu'on insérait des capteurs sur des moteurs pour vérifier leur taux d'usure afin d'anticiper une éventuelle panne, on ne parlait pas encore d'IA à l'époque, mais d'algorithmes. Les modèles logiciels capables de traiter cette vérification existent donc depuis longtemps. Mais on ne peut pas réduire notre métier à se demander si on va intégrer de l'IA et si tous les équipements vont être pilotés de cette manière. Derrière, il y a toujours de l'humain.

C'est moins vrai dans le data center, sauf sur la partie bâtiment, où l'IA est quelque part la solution et le problème puisque c'est le centre qui va consommer beaucoup d'énergie pour entraîner ses modèles, ce qui va du coup nous demander de mettre des choses en place. C'est alors qu'il faut utiliser l'IA, non plus comme une charge, mais comme un outil pour nous aider à piloter nos structures.

"Nous parlons de plus en plus d'Edge IA, c'est-à-dire la capacité de ramener l'IA au niveau local. Nos équipes de R&D travaillent dans ce cadre sur une couche d'IA embarquée."

Les modèles algorithmiques vont nous permettre de multiplier les sources d'informations (comparaisons multisites, météo, tarifs du réseau...) et de faire réagir de manière préventive notre système afin de lisser la charge d'énergie et d'éviter les pics de consommation. C'est déjà vrai dans le résidentiel et dans le tertiaire, ça l'est aussi maintenant dans le data center.

En cas d'alerte, l'IA prévient l'installateur ou le facility manager car une industrie comme celle des centres de données ne peut pas se permettre d'arrêter de fonctionner, la continuité de services est vitale. Il faut absolument qu'il y ait une infrastructure résiliente car si à un moment, on doit déconnecter l'IA pour une raison de cybersécurité, le bâtiment doit être résilient, continuer à tourner et rattraper le fil de l'eau au moment où il pourra se reconnecter aux réseaux.

C'est pourquoi nous parlons de plus en plus d'Edge IA, c'est-à-dire la capacité de ramener l'IA au niveau local. Nos équipes de R&D travaillent dans ce cadre sur une couche d'IA embarquée : tout l'enjeu d'aujourd'hui est, par exemple, de créer une puce qui sera intégrée à la pompe à chaleur pour éviter de solliciter un data center en cas de panne.


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