Data centers : "La fiabilité de la donnée collectée est notre principal axe de travail" (Socomec)

Par   Corentin PATRIGEON

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Publié le 27 octobre 2026
© Corentin Patrigeon pour XPair
Julien Boisgard, responsable de l'agence Paris - Île-de-France chez Socomec, devant le stand de l'entreprise lors de l'édition 2026 du salon IBS, à Paris.
STRATÉGIE. L'ETI familiale spécialisée dans les équipements électriques équipe un nombre croissant de centres de données. Julien Boisgard, responsable de l'agence Paris - Île-de-France, indique à XPair leurs principaux enjeux en matière de performance énergétique.

XPair : Quels sont les textes réglementaires qui concernent aujourd'hui les centres de données, notamment sur le plan de leur performance énergétique ?

Julien Boisgard : Il y a en effet des obligations de l'État pour pousser les data centers à mieux consommer l'énergie. À partir d'une puissance de 500 kW installés par site, ils vont avoir des objectifs qui vont être de plus en plus engageants. On va alors parler du PUE (Power Usage Effectiveness), un indicateur mesurant l'efficacité énergétique du data center. Le PUE représente le delta entre la consommation d'énergie globale du site et la part de cette consommation utilisée uniquement pour les serveurs.

Le but est d'avoir un PUE le plus proche possible de 1, afin de maximiser la consommation pour la partie IT. Historiquement, un data center de configuration classique pouvait avoir des rendements autour de 1,8 ou 2, c'est-à-dire qu'il consommait autant pour refroidir que pour produire. Autrement dit, il consommait deux fois plus que ce qu'il aurait fallu.

"Le premier point sur lequel nous attirons l'attention de nos clients, c'est de s'assurer que la donnée collectée est fiable."

Aujourd'hui, les nouvelles conceptions permettent de s'approcher d'un PUE de 1,2, voire moins. C'est-à-dire qu'il y a à peine 20 % de la consommation d'énergie globale qui sert réellement à faire tourner le data center. Les exploitants sont obligés d'aller dans le sens de l'optimisation énergétique car le coût de location pour leurs clients dépend du rendement énergétique du site.

Donc plus l'infrastructure est puissante, plus elle va être soumise à des obligations réglementaires ?

J. G. : En termes de PUE, les petits data centers vont avoir des objectifs de 1,5, là où les plus gros sites vont se diriger vers un objectif de 1,2, voire 1,15.

La Commission européenne a lancé un travail sur des normes minimales de performance énergétique pour les data centers. Comment ce cadrage est-il ensuite retransposé en droit français ?

J. G. : En France, les objectifs européens sont retransposés dans le cadre du décret tertiaire, dont un paragraphe est dédié aux data centers en fixant des seuils, tel que celui de 500 kW que nous avons déjà évoqué. La Commission européenne donne des grandes tendances mais, au niveau de la France, le seuil est pour l'instant fixé à 500 kW. Il sera amené à descendre à 300 kW, voire moins, de manière à cibler tous les acteurs du secteur, et pas seulement les gros.

Comment se représenter aujourd'hui la consommation d'énergie d'un centre de données ?

J. G. : Déjà, il faut savoir ce qu'on entend par data center ! On peut très bien appeler data center le petit rack IT d'une PME situé au fond d'un bureau... C'est précisément pour cette raison que la réglementation fixe des seuils de puissance, afin de mieux cibler les infrastructures. Car on ne peut pas demander la même performance énergétique à un gros site et à une PME qui a trois serveurs dans ses locaux...

Les seuils de puissance permettent donc déjà d'identifier l'infrastructure. Ensuite, il faut calculer le PUE sur la base de la puissance globale appelée par l'IT. Dans tous les cas, la consommation d'énergie des data centers en France va grandement augmenter au vu des nombreux projets qui sont annoncés. Il va falloir concevoir, construire et exploiter ces sites le plus intelligemment possible, en ayant le moins d'impact possible sur le réseau et sur l'environnement.

Quelles sont les solutions pour optimiser la performance énergétique d'un datacenter ?

J. G. : Chez Socomec, nos équipes vont par exemple produire et commercialiser des équipements de monitoring qui vont permettre à nos clients de savoir de façon très précise sur quels postes ils consomment de l'énergie, combien ils en consomment, et surtout les aider à suivre et à comparer ces consommations dans le temps.

"La consommation d'énergie des data centers en France va grandement augmenter au vu des nombreux projets qui sont annoncés. Il va falloir concevoir, construire et exploiter ces sites le plus intelligemment possible, en ayant le moins d'impact possible sur le réseau et sur l'environnement."

Le but n'est pas de monitorer la consommation à l'instant T, mais de savoir, en fonction du design du data center, si cette consommation tient la route, si le site arrive à conserver ses performances ou s'il y a des adaptations à faire. Socomec cible aussi bien les projets neufs que le parc installé.

Nous travaillons donc en rétrofit (l'intégration de nouvelles technologies dans des systèmes obsolètes, NDLR) sur des installations jugées critiques, dans le sens où elles ne peuvent pas être coupées – le principe d'un data center étant de fournir un service permanent. Nos solutions peuvent ainsi s'intégrer également aux installations existantes, qui parfois fonctionnent depuis une dizaine d'années mais qui ne sont pas encore monitorées.

Quelle est aujourd'hui la répartition entre les projets neufs et les projets en rétrofit dans votre activité ?

J. G. : En termes de volumes, les projets neufs sont plus importants. Mais un projet neuf n'implique par définition qu'une seule installation, là où un projet rétrofit se traduit souvent par un déploiement en série. Nos interventions sont conçues avec des bureaux d'études et les clients finaux, avant d'être déployées à la chaîne. Là où nous arrivons à nous différencier sur le rétrofit, c'est que nous disposons d'équipes terrain un peu partout en France, mais également dans les grandes régions du monde.

Nous sommes donc capables de nous déplacer pour aller identifier les contraintes de chacun de nos clients. Un site existant, par principe, a vécu, il a évolué. Il n'a pas forcément de schéma à jour. C'est pourquoi il faut aller sur site et accompagner nos clients finaux et nos intégrateurs, afin de définir les bons produits et les bonnes solutions.

Socomec a exposé sur IBS, le salon dédié à la GTB et à la régulation. Quelles sont aujourd'hui les solutions de ce type dédiées aux datacenters ?

J. G. : Dans le monde du datacenter, nous appelons cela la BMS (Building Management System). Le principe est le même que celui de la GTB : remonter un maximum d'informations pour connaître la vie et la santé du bâtiment, qu'il s'agisse d'un site tertiaire, d'une installation industrielle ou d'un data center. Ce sont les indicateurs et le nombre d'actionneurs qui varient.

On y retrouve des interlocuteurs évoluant aussi bien dans le tertiaire que dans le data center, mais ce dernier cas implique une démarche de spécialisation. Le secteur embarque une terminologie particulière, des volumétries de projets plus importantes, des exigences en matière de déploiement et de rapidité, ou encore des restrictions en termes d'accès.

Quelle est la place et le rôle de l'intelligence artificielle dans la gestion énergétique des centres de données ? Dans quelle mesure l'IA est-elle aujourd'hui utilisée dans la régulation de ces infrastructures ?

J. G. : Actuellement, l'IA n'est pas utilisée de façon opérationnelle dans les data centers. Mais c'est un axe de travail. Normalement, d'ici un an, des choses devraient commencer à apparaître dans ce domaine. Car la véritable problématique, c'est qu'on installe de plus en plus de capteurs et d'actionneurs, et que par conséquent la volumétrie de données explose.

"L'IA va présenter l'intérêt de pré-traiter la fiabilité de la donnée, avant de l'analyser."

Le premier point sur lequel nous attirons l'attention de nos clients, c'est qu'il va déjà falloir s'assurer que la donnée collectée est fiable. Ce qui représente un énorme travail ! Un exemple : quand on déploie 3.000 points de comptage pour une salle, et que les gestionnaires exploitent une dizaine de bâtiments disposant chacun de 3 salles, on se retrouve avec 90.000 points de comptage. Cela fait beaucoup de données !

Dans ces conditions, comment s'assurer que la donnée que je récupère et qui sert à établir mes indicateurs, est la bonne ? Est-elle bien nommée ? Est-elle au bon endroit ? L'IA va alors présenter l'intérêt de pré-traiter la fiabilité de la donnée, avant de l'analyser – ce que nous savons déjà faire.

Justement, quelle(s) IA utilisez-vous déjà pour ces tâches d'analyse ?

J. G. : Socomec utilise ChatGPT et Copilot pour le traitement des données. Mais j'insiste sur le fait que, quand on travaille avec l'IA, le risque de traiter des données "pourries" est de se retrouver avec des résultats "pourris". Le nerf de la guerre, c'est vraiment de s'assurer que la donnée captée est bonne. La fiabilité de la data est donc l'un des principaux axes de travail de nos équipes à l'heure actuelle

Nous avons déjà des fonctionnalités dans nos produits qui ne sont pas liées à l'IA, à savoir des algorithmes qui permettent par exemple d'accompagner l'installateur quand il pose le matériel, pour s'assurer que l'équipement est opérationnel. Nous avons également des techniciens qui peuvent se déplacer sur site pour effectuer ces vérifications, mais le marché étant en train d'exploser, il va falloir automatiser ces tâches avec l'IA pour mieux qualifier cette partie du processus.


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