Bien que vigoureuse, la croissance mondiale des ENR risque-t-elle de s'essouffler ?

Par   Corentin PATRIGEON

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Publié le 27 novembre 2025
© iStock/Tsvetan Ivanov
Pose de panneaux solaires photovoltaïques.
ANALYSE. L'Agence internationale pour les énergies renouvelables fait état d'investissements records dans les technologies "propres" en 2024. Mais le taux de croissance a chuté en un an et les sommes restent inégalement fléchées.

La croissance du marché des énergies renouvelables risque-t-elle de s'essouffler ? Dans un nouveau rapport, l'Agence internationale pour les énergies renouvelables (Irena) et la Climate Policy Initiative (CPI, un groupe de recherche indépendant) ont calculé que les investissements dans la transition énergétique avaient atteint un nouveau record mondial d'environ 2.069 milliards d'euros en 2024, ce qui représente un bond de 20 % en comparaison à la moyenne annuelle enregistrée les deux années précédentes. Un tiers de ce total – soit à peu près 695 milliards d'euros – a été consacré aux ENR.

Les analystes ont toutefois constaté que la croissance annuelle des investissements dévolus aux technologies "propres" n'a augmenté "que" de 7,3 % l'année dernière, alors qu'elle s'était envolée de 32 % en 2023. Dans le détail, 96 % des enveloppes ont été allouées au secteur de l'électricité, quand les investissements mondiaux dans le solaire photovoltaïque ont eux aussi battu un record en atteignant 477 milliards d'euros, un chiffre qui décolle de 49 % en un an.

En outre, les sommes investies dans les ENR, les réseaux et le stockage par batterie ont dépassé celles, en hausse, dévolues aux combustibles fossiles. "Les investissements dans la transition énergétique continuent de croître, mais pas au rythme nécessaire pour atteindre l'objectif mondial de tripler la capacité de production d'ENR d'ici à 2030", commente Francesco La Camera, le directeur général de l'Irena.

477 milliards d'euros pour le solaire photovoltaïque

Il pointe par ailleurs une concentration des financements "dans les économies les plus avancées" – Chine incluse – et appelle par conséquent à flécher une partie des sommes vers les pays émergents, en retard sur leurs objectifs en raison de marchés sous-développés, de budgets limités, de coûts d'investissement élevés et d'une plus grande vulnérabilité aux conséquences des dettes publiques. En matière de chaînes d'approvisionnement et d'outils de production des filières solaires, de batteries et d'hydrogène, l'Empire du Milieu a même capté 80 % des investissements mondiaux entre 2018 et 2024.

Globalement, les enveloppes destinées aux usines de ces trois filières ont fondu de 21 % l'année dernière, totalisant 87 milliards d'euros, à cause "d'une baisse significative des investissements dans la fabrication de panneaux photovoltaïques". Les investissements dans les seules fabriques de batteries ont malgré tout presque doublé, s'établissant à 63 milliards en "reflétant la demande croissante de stockage d'énergie pour les réseaux électriques, les véhicules électriques et les centres de données".

La nature des enveloppes est aussi pointée du doigt par l'agence, la moitié d'entre elles relevant de l'endettement, l'autre de fonds propres. Elle plaide ainsi "pour une utilisation plus judicieuse des fonds publics afin de débloquer les investissements privés grâce à des outils d'atténuation des risques" et estime que "le secteur public doit prendre l'initiative" lorsque "les financements privés ne sont pas au rendez-vous".


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