Pour son colloque 2026, l’AFCE confirme que la transition des fluides frigorigènes est en marche
Le colloque 2026 de l’AFCE (Alliance Froid Climatisation Environnement, qui rassemble une cinquantaine de membres) sur les fluides frigorigènes s’est tenu le 17 septembre à la Maison de la Mécanique, à Courbevoie (Hauts-de-Seine).
Bernard Philippe, le délégué général de l’organisation, a ouvert les débats en rappelant que le règlement européen F-Gaz a été révisé déjà deux fois et que la dernière modification organise au 1er janvier 2027 une baisse de 50 % des quotas de fluides frigorigènes, exprimés en kgCO2eq, que l’on peut mettre sur le marché en Europe.
Le ton était donné : pas de dramatisation, mais une forte incitation de tous les acteurs à choisir des fluides à faible PRP (potentiel de réchauffement planétaire, ou GWP – Global Warming Power).
Le monde entier réduit les HFC
Les USA ont adopté le Protocole de Montréal en 2016, puis le Sénat américain a ratifié l’amendement de Kigali en septembre 2022. Et une loi organise cinq périodes de baisse de la consommation et de la production de HFC, partant de 2013 (100 %) pour arriver à 15 % à partir de 2023. Ce que l’administration Trump n’a pas remis en cause.
Mais, rappelait Marc Neufcourt, les États-Unis sont un pays fédéral et le rôle de chacun d'entre eux est important. La Californie, l’État de Washington (nord-ouest) et celui de New-York ont pris des dispositions pour accélérer ce mouvement. Ce qui a suscité des recours des industriels américains qui refusent l’accélération, et d’associations environnementales qui, au contraire, veulent aller plus vite encore. La décision est attendue fin 2027.
Pékin prévoit un alignement sur le F-Gaz à partir de 2047
Jason Yang, membre de la Chinese Association of Refrigeration et du Midea Group, a présenté le calendrier chinois de réduction des HFC qui, partant de 100 % en l’année 2024 prise comme référence, prévoit cinq étapes : baisse jusqu’à 20 % en 2045, puis alignement sur le règlement F-Gaz européen à partir de 2047.
Aujourd’hui, soulignait-il, la climatisation individuelle dans l'Empire du Milieu utilise 70 % de R32 et 29 % de R410A, mais bascule rapidement vers le R290, tandis que les grandes installations de DRV évoluent du R410A vers le R32, sans que le choix technique soit clair après 2030 puisque les règles chinoises, sont, comme en Europe, un mélange de baisse de quotas et d’interdiction de certains fluides en fonction de leur GWP.
Le froid commercial et industriel en Chine remplace le R410A par du R32, du R452B (GWP = 697, classé A2L) et du R454B (237, A2L). Tandis que le R134a est remplacé par le R290, le HFO-1234ze (1,37, A2L) et des mélanges de HFC-513A (629, A1) et 513B (288, A1).
Le Japon à la pointe
Au Japon, selon Hilde Dhondt, les objectifs fixés par le gouvernement en 2024 sont plus sévères que ceux de l’amendement de Kigali : consommation de HFC 25 % et production 11 % inférieures à ce que prévoit le texte. Mais les résultats observés en 2024 étaient déjà inférieurs à ces valeurs.
Ces objectifs sont de plus associés à des mesures pour réduire et surveiller les émissions de GES tout au long du cycle de vie : inspection des fuites, rapports, récupération obligatoire, signalement des destructions et recyclage des fluides frigorigènes. Les objectifs de réduction pour les HFC ont été fixés à 60 % d’ici 2030 et de 77 % d’ici 2040 avec 2013 comme année de référence.
Hilde Dhondt a également présenté la liste des fluides de remplacement retenus au Japons : isobutane R600 (0,006, A3) pour les équipements de froid domestique, CO2 (1, A1), R600 (0,006, A3) et HFO-1234yf (0,50, A2L) pour les distributeurs automatiques réfrigérés, le HFO-1234yf pour la climatisation automobile, l’air (R729, GWP = 0, A1) pour les congélateurs ultra-froid jusqu’à -160 °C, le NH3 (R717, 0, B2L) et le CO2 (1, A1) pour la réfrigération commerciale.
Seule la climatisation, qui utilise le R32 et le R410A, notamment les multisplits et les DRV, n’a pas encore trouvé de fluide de remplacement. Les 147 pays émergents, de leur côté, ne fabriquent pas d’équipements thermodynamiques, les importent en totalité et donc dépendent de l’offre mondiale.
En France, les émissions baissent

Stéphanie Barrault du Citepa rappelle que la réfrigération et la climatisation en France constituent 85 % de l’emploi des fluides frigorigènes. Mais en 2024, les HFC ne représentaient en France que 2 % des émissions de GES.
© Pascal Poggi pour XPair

© Pascal Poggi pour XPair

L’une des clefs pour la réduction des émissions dues aux fluides est leur récupération et leur réemploi. Là, les données du Citepa (en bleu clair) et celles du SNEFCCA (Syndicat national des entreprises du froid, d'équipements de cuisines professionnelles et du conditionnement de l'air, qui rassemble les déclarations de ses membres) diffèrent considérablement.
Comme le souligne Laurent Guégan, président de l’ADC3R, une association créée en 2013 qui regroupe les distributeurs, conditionneurs, récupérateurs et retraiteurs de fluides frigorigènes en France, si l’installateur retraite et réutilise lui-même les fluides qu’il récupère, ces quantités n’apparaissent pas dans les statistiques.
© Pascal Poggi pour XPair
Tous les participants aux tables rondes du colloque recommandaient aux installateurs de ne pas en acheter : c’est au noir sans facture, personne ne connaît la composition réelle et la qualité de ces fluides illicites, ils peuvent nuire à la performance des systèmes thermodynamiques...
Et d’ailleurs, reconnaissaient tous les participants, il n’y a pas eu de pénurie de fluides légaux en Europe, mais leurs prix augmentent. Ce qui peut ouvrir la porte à des tentations d’achat illégal.
Le remplacement des fluides existants bascule vers des fluides A2L et A3
La transposition en France du règlement F-Gaz a d'ailleurs introduit (arrêté du 21 novembre 2025) les attestations d’aptitude, qui correspondent dans l'Hexagone à la certification de la personne physique demandée par le texte. Ce qui se traduit soit par l’obtention d’une nouvelle attestation d’aptitude pour les opérateurs qui n’en détenaient pas, soit d’une attestation d’aptitude de remise à niveau ponctuelle pour ceux qui détenaient une attestation pré-F-Gaz.
Dans les deux cas, cela implique la création d’organismes certificateurs accrédités COFRAC et l’agrément d’organismes de formation certifiés. Dans le même temps, les entreprises du monde du froid et de la climatisation doivent elles aussi obtenir une attestation de leur côté. Tout ce mouvement se met en place, sans trop de difficultés, indique Bernard Philippe, en conclusion du colloque. La date couperet étant fin 2029, il ne faut donc pas tarder à s’engager dans le parcours d’obtention des certifications nécessaires.
