Les professionnels des ENR font bloc contre la mise en pause du Fonds chaleur
La pilule ne passe vraiment pas. Après l'annonce par le Gouvernement de la suspension du Fonds chaleur, dispositif piloté par l'Ademe (Agence de la transition écologique), l'ensemble des organisations professionnelles défendant le développement de la chaleur renouvelable estime que la décision de l'exécutif est "une rupture", qui intervient a fortiori dans un contexte marqué par l'inflation des énergies, contre laquelle le dispositif est justement présenté comme "l'un des meilleurs boucliers".
Décidée "sans concertation", la mise en pause du dépôt des financements éligibles au Fonds chaleur serait d'autant plus problématique "qu'aucune information sur le calendrier d'un éventuel redémarrage de ce dispositif n'a été donnée", arguent les professionnels. Dans un communiqué commun, huit organisations (voir encadré), qui représentent notamment des bureaux d'études, entreprises de travaux, collectivités et équipementiers, alertent sur le fait que cette annonce "place des centaines de projets et d'emplois dans une situation de très grande incertitude".
Les organisations signataires du communiqué commun suite à la suspension du Fonds chaleur :
L'AFPG (Association française des professionnels de la géothermie), l'association Agir pour le climat, le CIBE (Comité interprofessionnel du bois-énergie), le syndicat Enerplan (filière solaire), la Fedene (Fédération des entreprises de services pour l'énergie et l'environnement), le SER (Syndicat des énergies renouvelables), l'association Via Sèva (promouvant les réseaux de chaleur et de froid) et l'association Amorce (réseau de collectivités et d'acteurs locaux engagés dans la transition écologique).
À leurs yeux, une telle situation ne va pas aider la France à s'affranchir de sa dépendance aux combustibles fossiles, ni à mettre en service davantage de réseaux de chaleur et de froid renouvelables, tant pour se chauffer que pour se rafraîchir, d'autant que les vagues de chaleur se multiplient à cause du réchauffement climatique.
"Rien qu'en 2025, les installations qui ont pu se développer grâce au Fonds chaleur depuis sa création – réseaux de chaleur, pompes à chaleur, géothermie, biomasse, solaire thermique ou encore récupération de chaleur – ont permis d'éviter d'importer 52,5 TWh de gaz fossile, soit l'équivalent de la consommation de chaleur d'environ 5 millions de logements", soulignent-ils, en ajoutant que "sur cette même période, l'ensemble des installations soutenues par ce mécanisme ont permis 2,6 milliards d'euros d'économies sur la balance commerciale".
Une suspension ou un moratoire ?
Pour eux, l'absence d'alternative ne laisse rien augurer de bon puisqu'ils considèrent que "suspendre ce dispositif sans avoir préalablement identifié et proposé une solution conciliant dynamique de projets et contrainte budgétaire revient à instaurer un moratoire". Or, les acteurs gardent un mauvais souvenir du coup d'arrêt qu'avait subi la filière du solaire photovoltaïque en 2010, qui "s'était traduit par la perte de très nombreux emplois et la destruction de tout un écosystème de la transition énergétique".
Le patron de l'Ademe, Sylvain Waserman, a expliqué que la mise en pause du Fonds chaleur doit malgré tout permettre "de travailler avec l’ensemble des parties prenantes (collectivités, entreprises, fédérations professionnelles, services de l’État) pour définir des règles de priorisation renforcées, afin d'allouer ces moyens limités de la manière la plus pertinente pour les projets qui en ont le plus besoin".
Avec un rendez-vous donné le 3 décembre prochain, jour où les équipes de l'agence présenteront à Matignon "un plan de gestion du stock et des nouveaux réseaux, avec des règles claires qui répondent aux exigences du cadrage budgétaire annoncé dans le projet de loi de Finances (PLF)". Sans surprise, la filière ENR refuse d'attendre jusque-là et demande à l'exécutif, non seulement de revenir sur sa décision, mais également d'"entamer sans délai une concertation avec les acteurs afin d'étudier les pistes d'amélioration envisageables pour répondre à l'ensemble des projets déposés".
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