La suspension du Fonds chaleur provoque une levée de boucliers de la filière ENR
C'est une annonce qui a eu l'effet d'une bombe. Ce 3 novembre 2026, le Gouvernement a demandé à l'Ademe (Agence de la transition écologique) de suspendre temporairement le Fonds chaleur. Dans un message publié sur LinkedIn, Sylvain Waserman, le président-directeur général de l'agence, qui gère le dispositif depuis 2009, est revenu sur les motivations de cette décision.
D'abord en avançant des chiffres : d'après le responsable, le fonds a permis de financer "des milliers de projets de chaleur et froid renouvelables (biomasse, géothermie, solaire thermique, réseaux de chaleur...)" qui ont concerné "10 millions de foyers". Et avec à la clé, une économie de "3 milliards d'euros" dans le déficit de la balance commerciale française. Mais il semblerait que le dispositif ait été victime de son succès, et que l'état de délabrement des finances publiques ait convaincu l'État de le mettre en pause.
"Cette dynamique exceptionnelle portée par les collectivités et les entreprises représente aujourd’hui 1,8 milliard d'euros de demandes d’aides pour un Fonds chaleur réduit à 500 millions d'euros en 2027 (contre 800 M€ en 2025 et 2026). Malgré les optimisations déjà mises en place pour améliorer l’efficacité du fonds, cet écart nous oblige à repenser nos modalités d’intervention pour continuer à accompagner les projets les plus pertinents, dans un contexte budgétaire contraint", explique Sylvain Waserman.
Les aides aux études de conception des réseaux de chaleur maintenues
Il n'est par conséquent plus possible, et ce jusqu'à nouvel ordre, de déposer de nouvelles demandes de financement pour des investissements qui s'inscriraient dans le cadre du Fonds chaleur. L'Ademe assure malgré tout maintenir les aides aux études de conception des réseaux de chaleur.
Pour son dirigeant, la mise en pause doit aussi permettre "de travailler avec l’ensemble des parties prenantes (collectivités, entreprises, fédérations professionnelles, services de l’État) pour définir des règles de priorisation renforcées, afin d'allouer ces moyens limités de la manière la plus pertinente pour les projets qui en ont le plus besoin".
Une réflexion qui devrait déboucher, le 3 décembre prochain, sur la présentation par les équipes de l'Ademe "d'un plan de gestion du stock et des nouveaux réseaux, avec des règles claires qui répondent aux exigences du cadrage budgétaire annoncé dans le projet de loi de Finances (PLF)". La balle sera ensuite dans le camp de Matignon. Saluant l'engagement d'Emmanuel Macron, qui selon lui "a fait du Fonds chaleur un outil majeur de la décarbonation de notre pays", Sylvain Waserman précise toutefois qu'il "continuer[a] de défendre son bilan, mais aussi son avenir".
"Un choc" qui "va à contre-sens" des défis énergétiques
Après l'annonce, les réactions indignées se sont enchaînées sur LinkedIn. À la tête du SER (Syndicat des énergies renouvelables), Jules Nyssen a évoqué "un scandale", en rappelant que son organisation, entre autres acteurs, demande de longue date que le budget du Fonds chaleur soit porté à 1 milliard d'euros, alors que le Gouvernement prévoit de réduire cette enveloppe de 800 à 500 millions d'euros dans le PLF 2027.
"Le Fonds chaleur ne sert pas qu'à la décarbonation des réseaux de chaleur. Il est également indispensable pour adapter nos territoires à la multiplication des canicules. Le développement des réseaux de froid, notamment pour nos villes, nos hôpitaux et nos écoles, suppose de pouvoir financer le développement de ces infrastructures vertueuses", défend Jules Nyssen.
Le dirigeant du SER va jusqu'à qualifier le dispositif de "meilleur bouclier tarifaire qui soit", "plébiscité par les élus locaux, de tous bords politiques". La Fedene (Fédération des services énergie et environnement) partage logiquement ce point de vue, évoquant, toujours sur le réseau social professionnel, "un choc pour toute la filière" qui "va à contre-sens de nos défis : répondre à la crise énergétique, et faire face à la crise climatique et à la multiplication des épisodes caniculaires".
L'organisation, qui représente notamment les professionnels des réseaux de chaleur et de froid, redoute ainsi "un coup d'arrêt" aux projets de décarbonation, alors que la consommation de chaleur est encore à 40 % d'origine fossile, et que les besoins en rafraîchissement augmentent en raison du réchauffement climatique.
Elle demande par conséquent à l'exécutif de "rouvrir au plus tôt le guichet du Fonds chaleur, dispositif dont l'efficience environnementale et économique est unanimement reconnue, comme en témoigne la progression continue depuis ces 10 dernières années, des infrastructures énergétiques qu'il soutient".
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