La rénovation passive, une exigence de méthode plus qu’un simple objectif énergétique

Par   Yousra GOUJA

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Publié le 19 mars 2026
© iStock/Benjamin Lyberg
Illustration d'un bâtiment passif.
PERFORMANCE. À l’heure où la rénovation énergétique monte en puissance, la notion de rénovation passive reste encore mal comprise. Pascal Bresso, président de la Fédération française de la construction passive, souligne auprès d'XPair l'intérêt de cette démarche rigoureuse, mesurée et collective.

À l’heure où la rénovation énergétique monte en puissance, la notion de rénovation passive reste, elle, encore mal comprise. Pour Pascal Bresso, président de la Fédération française de la construction passive, elle ne se résume ni à un label ni à une surenchère technique, mais consiste en une démarche rigoureuse, mesurée et collective, aujourd’hui structurée dans l’offre Fédépassif Réno.

Pascal Bresso, président de la Fédération française de la construction passive. © Pascal Bresso

XPair : Quand vous évoquez une "rénovation passive", quels objectifs de performance visez-vous ?

Pascal Bresso : Contrairement au neuf, où les règles de conception sont bien établies, la rénovation impose de composer avec l’existant. Vouloir appliquer mécaniquement des standards du neuf conduit souvent à des surcoûts ou à des impasses techniques.

"Le passif repose sur des détails : étanchéité, ponts thermiques, ventilation. Mal maîtrisés, ils compromettent la performance."

Chaque projet démarre par une analyse approfondie : audit thermique détaillé, simulations énergétiques, test d’étanchéité à l’air, identification des ponts thermiques et contraintes structurelles... L’étanchéité à l’air est un pilier, mais elle ne peut être dissociée d’une ventilation double-flux correctement dimensionnée. Sans cela, les risques d’humidité et de pathologies du bâti sont immédiats.

Aujourd’hui, quelles sont les principales barrières à la rénovation performante ?

P. B. : Le principal frein à la rénovation passive est culturel et méthodologique. Bien que d’origine allemande, cette approche reste peu intégrée aux pratiques françaises, même dans les bureaux d’études.

Le passif repose sur des détails : étanchéité, ponts thermiques, ventilation. Mal maîtrisés, ils compromettent la performance. Contrairement aux idées reçues, le surcoût n’est pas systématique et peut même être inférieur grâce à une conception optimisée. Les maisons individuelles dominent les projets, suivis par les bailleurs sociaux.

Pour vous donner un exemple, l’un de mes projets à Nancy illustre bien les dérives possibles. Si la conception était maîtrisée, un changement d’équipe en phase chantier, notamment en génie climatique, a fragilisé l’exécution. Dans d’autres projets, des écarts sur les matériaux, notamment les vitrages, ont empêché toute certification, faute d’acceptation du maître d’ouvrage.

Vous mettez la qualité d'air intérieur au cœur de la démarche ; quels indicateurs suivez-vous sur ce sujet ?

P. B. : La QAI est suivie à travers des indicateurs simples mais robustes : taux de CO2, hygrométrie relative, débits d’air et niveaux acoustiques. Une attention particulière est portée aux réseaux aérauliques, à leur propreté et à l’intégration de pièges à sons pour limiter la diffusion de particules.

L’acoustique est d’ailleurs devenue un marqueur fort du passif, via des vitrages performants, une ventilation silencieuse et des vitesses d’air réduites. Dans le résidentiel, les centrales fonctionnent à faible pression ; dans le tertiaire, l’objectif est de rester sous les 25 dBA.

Et comment faites-vous évoluer vos formations ?

P. B. : Créée il y a 14 ans, la fédération regroupe aujourd’hui près de 300 professionnels, des architectes à des bureaux d’études en passant par des constructeurs. Basée en Alsace, elle s’appuie sur plusieurs antennes régionales, dont une récemment ouverte en Auvergne-Rhône-Alpes. La proximité est essentielle : la rénovation passive exige accompagnement et échanges constants.

Pour 2026, la fédération renforce son dispositif, avec des formations internalisées et certifiées Qualiopi, des parcours plus qualifiants, un accompagnement opérationnel et des partenariats avec les fabricants de ventilation et de menuiseries. Deux journées professionnelles sont également prévues, dont une en Bourgogne à l’automne, axée sur les retours d’expérience et les visites de bâtiments.


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