"Il ne suffit pas de promettre des économies d’énergie, il faut aussi les vérifier", clame l'Apemeve

Par   Yousra GOUJA

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Publié le 5 juin 2026
© Apemeve
De gauche à droite : le président Julien Szabla, le président d'honneur Daniel Magnet et le délégué Paul Calberg-Ellen, au lancement de l'Apemeve en novembre 2023.
PERFORMANCE. Pour l’Association française de la performance énergétique mesurée et vérifiée, la transition énergétique ne peut plus se contenter d’estimations : elle doit s’appuyer sur des consommations réelles, analysées dans un cadre commun. Entretien avec Paul Calberg-Ellen, son délégué.

XPair : L'Apemeve est née en 2023. Qu’est-ce qui a motivé sa création ?

Paul Calberg-Ellen : Il faut en effet remonter au projet MPEB (Mesure de la performance énergétique des bâtiments), mené de 2018 à 2020. Il était piloté par le CSTB (Centre scientifique et technique du bâtiment), à l’initiative de la Fondation Bâtiment Énergie, avec l’Ademe (Agence de la transition écologique) comme co-financeur. Ce projet portait sur la mesure de la performance énergétique du bâtiment.

À la fin du projet, nous nous sommes dit qu’il fallait maintenir cette dynamique. C’est ce qui a conduit à la création de l’association en 2023. Aujourd’hui, l’Apemeve rassemble environ 60 membres : des maîtres d’ouvrage, des bureaux d’études, des entreprises d’exploitation, des acteurs des services d’efficacité énergétique ou encore des laboratoires de recherche.

Vous parlez de performance énergétique réelle. Que mettez-vous derrière cette notion ?

Je préfère parler de performance énergétique mesurée. L’idée est d’évaluer la performance à partir d’une consommation d’énergie, dans des conditions stipulées et définies au préalable. Pendant longtemps, on s’est beaucoup appuyé sur des calculs d’ingénierie ou des estimations.

"Pour que le marché monte en confiance, il faut que les acteurs puissent s’appuyer sur des méthodes partagées, des données fiables et une capacité réelle à analyser les résultats."

Ces approches sont utiles, mais elles ne suffisent pas à attester efficacement de la réalité. Ce qui nous intéresse, c’est précisément cette réalité. Et il n’y a que la mesure précise qui permette de l’attester.

Parce qu’il ne suffit pas de promettre des économies d’énergie, il faut pouvoir les vérifier. Pour que le marché monte en confiance, il faut que les acteurs puissent s’appuyer sur des méthodes partagées, des données fiables et une capacité réelle à analyser les résultats.

Quels sont les principaux freins sur le terrain ?

Le premier frein, c’est que faire de la mesure n’est pas aussi simple qu’on le pense. Il ne suffit pas de collecter des données : il faut ensuite les traiter, les interpréter et les replacer dans le fonctionnement réel du site. C’est aussi pour cela que nous intervenons auprès des étudiants : il faut que cette culture de la performance énergétique mesurée se développe.

"Le principal malentendu vient souvent d’une perte de confiance entre certains maîtres d’ouvrage et l’ingénierie."

Ce sujet est au croisement de la data science et de la transition énergétique. Des data scientists vont donc s’en emparer, mais ils doivent comprendre le fonctionnement des bâtiments. À l’inverse, les professionnels du bâtiment doivent acquérir des notions de data science.

Sinon, on peut faire dire n’importe quoi aux données. Le principal malentendu vient souvent d’une perte de confiance entre certains maîtres d’ouvrage et l’ingénierie. La mesure et la vérification peuvent justement contribuer à réaligner toute la chaîne.

Quelles actions mène l’association pour diffuser ces pratiques ?

Nous produisons de la matière pour aider les praticiens : des guides, des webinaires, des fiches, des ressources méthodologiques... Cela crée une forme d’arbitrage indirect, car ces documents aident les acteurs à s’accorder sur les bonnes pratiques.

Nous sommes aussi une ressource pour les pouvoirs publics, qui ont besoin d’expertises sur ces sujets et qui ne sont pas spécialistes de tout. L’objectif, c’est que le marché gagne en confiance. La performance énergétique ne doit pas seulement être annoncée ou estimée : elle doit être mesurée, vérifiée et comprise par l’ensemble des acteurs.


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