Grâce à la régulation du CVC, "on est bien dans les années Bacs !"
Les Bacs (Building automation and control systems) ne connaissent pas la crise. À rebours de la filière CVC plongée dans l'attentisme, le secteur de la régulation et des solutions de gestion technique des bâtiments enregistre une belle croissance pour l'exercice 2025, portée par l'installation de systèmes standards en rénovation, particulièrement dans le tertiaire et... pour les équipements CVC.
"La construction est en berne et a atteint un niveau historiquement bas. Et c'est un fait : 75 % des bâtiments d'ici à 2050 sont déjà construits donc on doit travailler sur des projets de rénovation partielle ou totale", analyse Yann Plevin, le nouveau président du syndicat ACR (Automatismes du génie climatique et de la régulation) depuis septembre 2025, par ailleurs responsable normalisation et réglementation chez Siemens.
"On constate une amélioration sur le résidentiel qui reste fragile. Dans le tertiaire, les bureaux et locaux administratifs se sont aussi effondrés, avec un taux de vacance de 30 % pour les bureaux, et des écarts significatifs entre Paris et la province. C'est donc la rénovation qui va nous faire travailler ces prochaines années et c'est pourquoi nous devons nous adapter aux bonnes solutions. D'autant qu'on est passé d'une économie de plus-value à une économie d'exploitation, où l'on valorise le retour sur investissement des solutions mises en place."
La boucle à eau chaude résiste

Source : ACR
En 2025, le marché de la régulation a ainsi progressé de 1,9 % pour s'élever à 218,5 millions d'euros.
La boucle à eau chaude a mieux résisté en engrangeant 2,9 % (120,2 millions) mais les autres segments connaissent des fortunes diverses : +3,5 % pour les thermostats d'ambiance, -3,4 % pour les robinets thermostatiques, -7,7 % pour les solutions communicantes, +5,7 % pour les vannes PICV (contrôle indépendant de la pression) et +35 % tout de même pour les actionneurs de vannes motorisés en 0-10 V.
Avec seulement +0,8 %, la ventilation et la climatisation se maintiennent à leur niveau de 2024 (98,3 millions). L'évolution des régulateurs pour terminaux CVC communicants dépend des protocoles, mais la tendance globale est à la stagnation (-0,4 %).
La réglementation porte la GTB

Source : ACR
La gestion technique du bâtiment bénéficie quant à elle d'une hausse de 5 % de son activité, atteignant 138,2 millions d'euros. Le dynamisme du marché s'explique par l'entrée en vigueur du décret Bacs exigeant l'installation de solutions de classe C dans les bâtiments équipés de systèmes CVC de plus de 290 kilowatts au 1er janvier, et la lisibilité des exigences réglementaires et des dispositifs d'aide qui y sont associés, telle que la fiche CEE (Certificat d'économie d'énergie) BAT-TH-116 pour l'installation de Bacs de classe A ou B.
"La GTB enregistre la plus grosse progression de notre activité, on aurait pu espérer encore mieux mais c'est déjà bien", observe Florent Trochu, le délégué général d'ACR. "On va chercher à avoir un maximum de bénéfices de ces Bacs et donc s'assurer qu'elles soient bien exploitées. Nos clients font vraiment un focus sur le CVC, premier lot à être considéré lors des chantiers de rénovation."
"On est passé d'une économie de plus-value à une économie d'exploitation, où l'on valorise le retour sur investissement des solutions mises en place."
- Yann Plevin, président du syndicat ACR
Les propriétaires et exploitants ont toujours aussi dans leur ligne de mire les objectifs du dispositif Éco-énergie tertiaire, ou décret tertiaire. Sur ce point, ACR rappelle d'ailleurs qu'il est "primordial" de mettre en oeuvre des Bacs aux protocoles standardisés ouverts, type BACnet ou KNX, afin de "respecter l'exigence d'interopérabilité et autoriser une mise à niveau progressive des installations vers des systèmes de classe A ou B en maîtrisant les coûts grâce à la compatibilité ascendante".
"L'activité est portée par les standards de marché. Les solutions les plus courantes sont privilégiées et on constate une dynamique plus forte sur le tertiaire avec des projets se concentrant sur la régulation des systèmes CVC", décrypte Florent Trochu. "Un grand nombre d'acteurs s'approprient les références de marché portées par le syndicat et ses membres, et des nouveaux acteurs nous rejoignent. On espère que cette dynamique va se poursuivre du fait des objectifs d'installation de Bacs dans les années à venir. Les contrôles, notamment CEE, doivent permettre de faciliter cela."
Mise à jour des installations existantes

Source : ACR
Côté services, la croissance s'élève à 5,8 % et le marché s'établit à 67,4 millions d'euros pour 2025. ACR entend par services l'assistance technique, la formation, la fourniture de matériels de rechange, le dépannage ou encore les contrats de maintenance.
La demande s'oriente essentiellement pour l'instant vers la mise à jour des installations existantes, mais les acteurs s'attendent à ce que les opérations de commissionnement et de maintenance préventive prennent de l'ampleur et réduisent l'écart entre la conception, l'installation et l'exploitation des systèmes de GTB et régulation performants. Citant le Gimelec (Groupement des entreprises de la filière électronumérique française), Florent Trochu rappelle toutefois au passage que "quasiment 1 GTB sur 2 n'est pas exploitée".
Les membres d'ACR, dont l'organisation s'est élargie à l'Alliance Bacs afin de fédérer toutes les typologies d'acteurs autour de référentiels communs et du partage des bonnes pratiques, estiment donc tirer leur épingle du jeu malgré un marché du bâtiment en souffrance. Ils présentent même les Bacs comme "le 3e pilier de la performance énergétique des bâtiments résidentiels et non résidentiels", après l'enveloppe et les équipements.
Cybersécurité et interopérabilité
Reste que "l'instabilité politique n'est jamais une bonne chose pour les affaires et la pression réglementaire sur le bâtiment complexifie le contexte économique", note Florent Trochu.
"C'est satisfaisant d'avoir un marché en croissance dans un contexte en berne, et ce n'est pas un hasard : le cadre réglementaire très précis nous aide mais nous avons également aussi réussi à imposer les Bacs", poursuit le délégué général d'ACR. "Notre activité est concentrée sur le CVC, mais c'est normal car c'est ce qui consomme le plus. On souhaite maintenant que le marché s'approprie nos référentiels."
Les perspectives pour 2026, et au-delà pour 2030, sont par conséquent positives. Les objectifs du décret tertiaire rendent les acteurs des Bacs confiants. Ils estiment avoir atteint une certaine maturité et veulent se diriger de plus en plus vers la mesure de la consommation d'énergie réelle. Des chantiers restent malgré tout ouverts.
Les 3 piliers de la performance énergétique
"
"On a aussi de gros enjeux sur l'interopérabilité. Il y a encore beaucoup de travail pour avoir une convergence des moyens humains et matériels", complète Florent Trochu. "Les bonifications CEE se sont arrêtées et on a constaté très clairement qu'ils ne sont plus assez utilisés alors qu'ils portaient le marché et qu'on les identifie dans notre trajectoire de déploiement."
Concluant : "Or, gérer la consommation d'énergie uniquement en fonction des besoins nécessaires, c'est justement le concept de ce 3e pilier de la performance énergétique des bâtiments que sont les Bacs. Il s'agit maintenant de convaincre les investisseurs grâce à la combinaison de ces trois piliers."
Lire aussi
-
Malgré ses promesses, "l'IA n'est pas encore assez mature dans le bâtiment"
-
GTB : tour d'horizon des solutions petit tertiaire pour mettre en œuvre le décret Bacs
-
Contre les limites de l'IA et les risques cyber, la GTB doit "se bouger" et faire preuve de "bon sens"
-
Hybridation, régulation, innovation : comment ces leviers ouvrent des perspectives au génie climatique
Sélection produits
Contenus qui devraient vous plaire
- VINCI ENERGIES FRANCE TERTIAIRE GRAND OUEST
