Et si le bâtiment voyait sa transition énergétique comme une opportunité économique ?
La toute récente Programmation pluriannuelle de l'énergie – PPE 3 pour les initiés – met l'accent sur un point particulier, qui, en définitive, en est le cœur : l'urgence de l'électrification de des usages. Une électrification déjà engagée mais dont le rythme n'est pas celui espéré.
Il faut donc accélérer, dans tous les domaines : les pompes à chaleur pour le chauffage, le véhicule électrique pour la mobilité, les fours dans l'industrie lourde, sans parler des usages nouveaux fortement consommateurs d'électricité comme l'intelligence artificielle et les data centers.
Un plan a été dévoilé pour doper cette électrification, incontournable. Vite ! Réindustrialisation rime ainsi avec décarbonation. Pour de nombreux usages, l'électricité est plus performante que le recours traditionnel aux énergies fossiles. Rien de mieux que l’électricité pour faire tourner un moteur, par exemple. La transition est donc à la fois favorable au climat, aux équilibres de notre commerce extérieur, à notre souveraineté et à l'efficacité technique. Qui dit mieux ?
Cobénéfice
Le développement durable était caractérisé dans ses premières années par la notion de double dividende, gagnant-gagnant. Le terme de cobénéfice est aujourd’hui employé. Le sens est le même : une action, ou une mesure, et des effets positifs dans plusieurs domaines.
"Un autre double dividende émerge progressivement : le business et la nature peuvent faire bon ménage. Les relations sont nombreuses et fonctionnent dans les deux sens : l'impact des activités sur la nature, et réciproquement, les effets de la nature, des ressources et des services qu’elle procure, sur les entreprises."
Lors du débat sur la directive européenne sur la restauration de la nature, en 2023, un groupe de 67 entreprises internationales avaient apporté leur appui en affirmant que la dégradation de la nature met en danger "les fondations de nos activités économiques".
Le lien entre entreprises et biodiversité a été remis à l’honneur au dernier congrès de l’IPBES (une plateforme intergouvernementale, scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques, sorte de Giec – Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat – de la biodiversité), en février dernier à Manchester (UK).
Du bon usage de l'innovation
Cette prise de conscience conduit à rechercher des synergies entre la prospérité des entreprises et celle de la nature. L’association Entreprises pour l’Environnement l’a bien compris, et propose de "piloter l’innovation pour accélérer la transition écologique" dans une publication de novembre 2025.
La présidente d’EpE, Estelle Brachlianoff, par ailleurs directrice générale de Veolia, y établit un lien fort entre innovation et écologie : "La question n’est donc plus de savoir si nous devons innover, mais comment réorienter radicalement l’innovation pour qu’elle serve la transformation écologique".
Elle ajoute : "Cette transformation est une opportunité de bâtir une prospérité partagée, plus résiliente, plus sobre, plus autonome". L’écologie comme opportunité !
Il y a malgré tout encore du chemin à faire sur cette voie. Selon l’IPBES, moins de 1 % des entreprises dans le monde évalueraient aujourd’hui leurs dépendances à la nature, tandis que chaque année, ce sont 7.300 milliards de dollars (6.214 milliards d'euros) qui continuent de soutenir des activités néfastes pour la biodiversité.
Sans oublier la biodiversité
Ce constat vaut aussi en France, où le WWF a lancé en février dernier un nouvel indicateur boursier, le NAT 40, un classement des entreprises du CAC 40 sur leur manière de prendre en compte la biodiversité. Note moyenne générale : 32 sur 100, et la première entreprise est la seule à dépasser 50, et encore, de peu.
Le double dividende est en vue, il est documenté, mais il faut encore que les entreprises aillent le chercher.
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