Les innovations peuvent déranger mais "ne rien tenter est la certitude de l’échec"

Par   Dominique BIDOU

Lettres d'experts
Publié le 16 janvier 2026
© iStock/whyframestudio
Des techniciens inspectent des panneaux solaires photovoltaïques en toiture à l'aide d'un drone.
LE REGARD DE DOMINIQUE BIDOU. En prenant notamment l'exemple des énergies renouvelables et des batteries, le président d'honneur de l'Alliance HQE-GBC exhorte les acteurs du bâtiment à prendre de la hauteur pour élaborer les solutions de demain.

"On ne peut pas faire autrement." Que de fois n’a-t-on entendu cette phrase dès qu’une solution originale est proposée ! Des solutions expérimentales, le plus souvent, et qui échoueront le plus souvent, mais pas toujours, et qui ont le mérite d’explorer des idées nouvelles et d’ouvrir le champ du possible. Rétrospectivement, combien de réunions d’experts déclaraient impossibles des performances pourtant atteintes aujourd’hui et même dépassées ? Ce sont parfois des domaines d’ordre culturel, parfois des comportements, et parfois des avancées techniques.

Rappelez-vous, les crottes de chiens, pour prendre un exemple trivial. Personne ne les ramassait et elles étaient devenues un problème de santé publique. La réponse a été, à Paris, le "motocrottes", tellement l’hypothèse d’une discipline des maîtres de chiens semblait hors de portée. Aujourd’hui, l’immense majorité de ces maîtres de chiens ramasse précautionneusement les déjections de leurs animaux, fini donc les motocrottes qui faisaient du bruit et polluaient à leur manière.

Le même pessimisme était de mise pour le tri des déchets ménagers. Les Français n’accepteront jamais ! Eh bien, il a fallu expliquer, accompagner, et ça marche, encore qu’il y ait toujours des progrès à faire, bien sûr.

Les ENR ont déjoué les pronostics

Du côté des techniques, citons les énergies renouvelables, dont les performances et le coût ont progressé bien plus vite que ce que les projections officielles annonçaient. Pareil pour les batteries, de plus grande capacité et moins chères, et également en avance sur les prévisions. De nouveaux horizons se sont ainsi ouverts, malgré le scepticisme de beaucoup, et qui persiste encore, tant ce succès paraissait inaccessible il y a quelques années.

"Rétrospectivement, combien de réunions d’experts déclaraient impossibles des performances pourtant atteintes aujourd’hui et même dépassées ?"

Une étude récente signée de l’Ademe (Agence de la transition écologique) et du Cerema (Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement) explore un nouvel avenir pour la mobilité en zone peu dense. Des territoires où la voiture individuelle est reine, ce qui nous est systématiquement rappelé dès qu’il est question d’en réduire la place. La plupart des déplacements se font pour de petites distances, et sur des routes secondaires. Y a-t-il un créneau pour des véhicules intermédiaires, non polluants et décarbonés, qui répondent aux besoins des habitants de ces territoires ?

Déplacer plus d’une tonne de ferraille pour transporter un humain de 80 kg n’est pas raisonnable dans un monde qui se réchauffe et dont les ressources sont limitées. Voyez autour de vous la famille des vélos. Il y a peu, il n’y avait que les vélos individuels, plus ou moins sportifs, le triporteur et le tandem s’étant raréfiés. Il y en a aujourd’hui pour tous les usages, personnel ou familial, assis ou couché, pour aller au travail ou pour les loisirs, pour livrer ou porter des charges lourdes.

Expérimentations locales

Les véhicules intermédiaires, appelés "vélis", sont dans le prolongement de cette évolution, entre le vélo et la voiture. Vous y trouvez la voiturette électrique 2 ou 4 places, mais aussi des micro-autobus pour des ramassages scolaires. De l’autre côté de la gamme, ce sont des vélos qui ont pris de l’embonpoint, pour assurer plus de confort et de sécurité, notamment par mauvais temps. L’assistance électrique permet cette évolution et apporte une puissance supplémentaire, bien utile pour les usagers d’un certain âge.

"Le développement durable est affaire d’imagination : s’extraire de la réalité d’aujourd’hui pour visiter d’autres modèles de mobilité, d’habitat, de production, d’éducation, de qualité de vie et de santé."

La multiplication de ces "vélis" serait un élément de solution pour les déplacements en zone peu dense, en complément de la voiture à la demande ou d’autres initiatives locales à partir du partage et de la solidarité. Encore faut-il que ce déploiement se fasse en bonne harmonie avec les autres usagers de la route et en toute sécurité.

Autant de questions relatives à l’homologation des matériels, à l’aménagement des voiries, aux vitesses autorisées, etc. L’expérimentation qui a été menée dans quatre territoires ruraux a permis d’en préciser les contours et de faire des préconisations. Ce n’est pas gagné à ce jour, mais voilà un "on ne peut pas faire autrement" qui pourrait bien disparaître ces prochaines années.

Le développement durable est affaire d’imagination : s’extraire de la réalité d’aujourd’hui pour visiter d’autres modèles de mobilité, d’habitat, de production, d’éducation, de qualité de vie et de santé. Il y aura des échecs, mais ne rien tenter est la certitude de l’échec. Il y aura aussi des succès, qui dessineront un futur durable et une vie plus intense.


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