Qualité de l'air, confort thermique, bruit... à quand un urbanisme de santé ?

Par   Dominique BIDOU

Lettres d'experts
Publié le 4 mars 2026
© iStock/Willy Mobilo
Illustration d'une rue parisienne.
LE REGARD DE DOMINIQUE BIDOU. Pour le président d'honneur de l'Alliance HQE-GBC, les élections municipales doivent être l'occasion de repenser les questions sanitaires et environnementales dans un tissu urbain en réinvention. Et les professionnels du bâtiment y ont toute leur place.

Notre santé, et plus particulièrement notre maintien en bonne santé, dépend aux trois quarts de notre environnement. Tout, de la nourriture que nous ingérons, de l'air que nous respirons, de l'eau que nous buvons, mais aussi de notre environnement physique – température, bruit, moral, stress, tensions sociales... –, contribue à favoriser ou à dégrader notre état de santé.

L’environnement a été associé, dans les ministères, à bien d’autres secteurs : jeunesse et sport, aménagement, tourisme... mais jamais à la santé, alors que le lien santé-environnement est très fort. Pour en prendre la mesure, il faut dépasser la question des soins, à laquelle on associe souvent la santé, pour prendre en charge la définition de l’OMS (Organisation mondiale de la santé), à savoir "un état complet de bien-être physique, mental et social, qui ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité".

C’est dire que l’environnement de proximité revêt une grande importance pour la santé, et par extension pour les finances publiques qui prennent en charge les dépenses de remise en bonne santé. C’est d’ailleurs le plus gros budget de l’État – en-dehors du financement des retraites –, avec 260 milliards d’euros qui y sont consacrés pour 2026.

Des leviers de court-terme ou de long-terme

Dans la perspective des élections municipales, restons sur ce que peuvent faire les villes pour la santé. De nombreux domaines sont concernés, des cantines scolaires à l’ergonomie de la cité pour que chacun puisse s’y épanouir, ou encore son "métabolisme", donc son bon fonctionnement interne. Il y a les déchets et la propreté, le bruit, la qualité de l’air et de l'eau du robinet, les espaces verts – tous ces aspects interférant avec le logement, les services publics, la mobilité, l’urbanisme, les espaces publics, l’éducation, etc.

"Les villes sont en première ligne pour relever ce défi et offrir à leurs habitants un cadre de vie bon pour la santé ; de même que les entreprises, pour ce qui concerne leurs personnels qui passent une partie de leur vie dans leurs locaux, et les professionnels de la construction, qui doivent offrir des logements également bons pour la santé. Une mobilisation générale, en quelque sorte."

Comme la santé, l’environnement est omniprésent, et même si plusieurs adjoints se partagent les responsabilités, il convient de mettre en œuvre une politique cohérente, où la main droite ne défait pas ce que fait la main gauche, et vice-versa. Comme pour la santé, les modes d’action en matière environnementale présentent des particularités de deux ordres : la temporalité et le mélange des genres.

Certains leviers peuvent être actionnés rapidement et avoir des effets immédiats, d’autres demandent plusieurs mandats pour être effectifs. Ces derniers doivent faire l’objet de consensus pour résister à d’éventuels changements politiques. Il s’agit d’infrastructures ou de modes de développement de la ville, décidés lors de l’élaboration de documents d’urbanisme, qui prendront corps au cours des années.

Isoler, rafraîchir, ventiler

Les approches de l’environnement sont souvent à plusieurs dimensions. Le bruit et l’énergie sont souvent associés, et il faut y ajouter la qualité de l’air, avec les véhicules électriques par exemple, et la végétalisation aux multiples avantages, notamment climatiques. Ces combinaisons d’intérêts sont parfois favorables, avec des cobénéfices d’une approche pour d’autres, mais parfois conflictuelles. Le bruit des pompes à chaleur est un aspect à surveiller dans une politique d’électrification du chauffage, bonne pour l’effet de serre et pour la qualité de l’air.

Prenons en effet l’exemple du bruit, véritable problème de santé publique, et qui présente tous les cas de figure. Réduire la vitesse des voitures à 30 km/h est une mesure à effet immédiat – si elle est respectée. Moins de bruit, moins de pollution de l’air et des eaux, moins d’effet de serre. Une police de proximité peut aussi avoir des effets rapides sur les bruits de voisinage. Elle exercera également son influence sur la propreté et le respect des règles de voirie.

L’isolation des classes, des cantines et des crèches peut aller assez vite, si les moyens sont mobilisés pour ces travaux qui doivent également avoir une dimension thermique et prévoir un renouvellement d’air dans les locaux. L’introduction de pistes cyclables a aussi des effets multiples, sur le bruit mais aussi sur la pollution de l’air, les émissions de gaz à effet de serre et la santé publique. Selon l’Institut Pasteur, "à chaque kilomètre de vélo parcouru, c’est un euro de coûts sociaux évités".

Les décibels et courants d'air empruntent les mêmes chemins

La refonte des plans de circulation, dont les effets peuvent être puissants, demande plus de temps et doit être pensée avec l’aménagement de la ville, en particulier avec l’implantation des activités et l’organisation des transports en commun. La création d’espaces calmes peut profiter d’opportunités dans des opérations d’aménagement, le problème général étant la perméabilité aux décibels du tissu urbain, ce qui ne peut se traiter que dans des documents d’urbanisme.

"Le chemin des décibels étant aussi emprunté par les courants d’air, il faudra étudier de près les plans à adopter, pour que la qualité de l’air et le rafraîchissement nécessaire pendant l’été puissent cohabiter avec le calme. La morphologie de la ville est le fruit d’années, voire de dizaines d’années d’évolution – un fonctionnement à replacer dans le monde d’aujourd’hui."

La complexité des politiques environnementales à l’échelle locale se prolonge avec l’arrivée de nouveaux modes de vie et de nouvelles technologies, comme les voitures électriques, le travail à distance, le commerce en ligne... qu’il faut intégrer dans les réflexions locales. À l’approche des élections municipales, de nombreux documents sont publiés, qui font l’inventaire des questions santé-environnement pouvant trouver des réponses à l’initiative des maires.

Le réseau Villes-Santé, sous l’égide de l’OMS, témoigne de son côté de l’expérience acquise par les municipalités adhérentes. Formons le vœu que les élections permettent aux enjeux sanitaires et environnementaux d’être débattus sans a priori, afin de progresser à l’échelle de la vie quotidienne, c'est-à-dire celle de nos villes et de nos villages.


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