Décret tertiaire : pourquoi les bureaux devraient miser sur le pilotage de leur chauffage
Sur le plan énergétique, la transformation du parc tertiaire a bien été amorcée. C'est du moins ce qui ressort de l'édition 2025 du Référentiel énergie et carbone des bureaux d'Advizeo, spécialiste du pilotage énergétique des bâtiments et membre du Groupe Hager, dédié aux services pour les installations électriques.
Cette série d'indicateurs et de statistiques relatifs aux consommations d'énergie des sites de bureaux en France s'est penchée sur les actions engagées par les propriétaires et gestionnaires pour adapter leurs actifs aux objectifs du dispositif Éco-énergie tertiaire (DEET), ou décret tertiaire. Pour rappel, ce dernier prévoit une baisse de 40 % des consommations d'énergie finale du secteur d'ici à 2030.
Après sept années d'analyse des consommations de plus de 2.400 bâtiments – représentant plus de 5 millions de mètres carrés – issues des distributeurs, fournisseurs et systèmes de télérelève, et segmentées en fonction du parc public ou privé, de la région, de la surface et du type de chauffage, Advizeo liste donc les principales tendances. Voici ce qu'il faut en retenir.
-4 % de consommation d'énergie et -5 % d'émissions carbone par an
En moyenne, les informations des sites épluchées par Advizeo démontrent une baisse de 4 % par an de la consommation finale surfacique entre 2018 et 2024, et de 5 % par an des émissions carbone. "Cependant, les économies ont ralenti en 2024 (-1 % par rapport à 2023). En effet, après deux années de sobriété intensive, les économies sont plus dures à réaliser", indique le référentiel.
Les objectifs du décret tertiaire pour 2030 sont atteignables
Advizeo fait le distinguo entre les bureaux du parc privé, qui représentent plus de 1.700 bâtiments cumulant 4,3 millions de m², et ceux de l'administration publique, soit 650 sites totalisant 900.000 m² : les premiers consomment plus d'énergie que les seconds, mais les seconds affichent un poids carbone plus lourd que les premiers (17 kgCO2eq/m² contre 12).
Pour l'énergie, cela s'expliquerait par "une occupation des surfaces plus dense, une organisation spatiale plus hétérogène (open spaces, salles de réunion, etc), la présence de services internes ainsi qu'un niveau d'équipement en climatisation plus élevé dans les bureaux du secteur privé".
Mais s'agissant des émissions de CO2, la raison tiendrait au bouquet énergétique plus carboné des bureaux du parc public. Le référentiel considère toutefois que les objectifs du DEET peuvent être atteints dans le privé comme dans le public "si les économies suivent la tendance actuelle jusqu'en 2030".
L'Île-de-France est la région la plus énergivore... mais la moins carbonée
L'étude d'Advizeo ayant notamment segmenté l'analyse des données par région, des différences s'observent assez logiquement en fonction du climat, de la nature des bâtiments et de leurs pratiques d'exploitation. En tête du peloton des régions les plus énergivores, on retrouve l'Île-de-France, du fait "d'une forte densité tertiaire et d'un parc parfois ancien ou complexe (immeubles de grande hauteur, multi-occupants, etc)".
Dans le même temps, la région parisienne arrive dernière dans le classement carbone, avec des émissions particulièrement faibles. "Quant au Nord-Est, les consommations élevées peuvent être expliquées par un besoin de chauffage plus important lié à des hivers plus rigoureux", précise le référentiel.
La surface du bâtiment impacte sa consommation mais pas ses émissions
Sous le prisme de la superficie, les différences d'usages et leurs conséquences s'avèrent là aussi particulièrement visibles : tandis que les bureaux de moins de 1.000 m² consomment un peu plus, "souvent faute de pilotage des équipements et parce qu'ils ne sont pas concernés par le DEET", les bâtiments dépassant les 5.000 m² "disposent plus souvent de systèmes centralisés et d'outils de suivi améliorant leur performance" énergétique et environnementale.
Paradoxalement, les sites de plus de 10.000 m² affichent en toute logique une consommation d'énergie très élevée en raison de leurs nombreuses pratiques d'exploitation (salles de serveurs, restaurants inter-entreprises, halls d'entrée, etc), mais disposent d'une faible empreinte carbone "car fréquemment reliés à des réseaux de chaleur".
Le système de chauffage joue un rôle déterminant
Sans réelle surprise, le type de chauffage utilisé dans les bâtiments de bureaux a aussi un impact sur leur facture d'énergie ainsi que sur leurs émissions de gaz à effet de serre.
Ceux chauffés au gaz ou au fioul affichent ainsi un poids carbone deux fois plus important que ceux raccordés à un réseau de chaleur, et jusqu'à quatre fois plus élevé que ceux branchés sur des réseaux électriques performants. "Sur le plan énergétique, l'électricité et les réseaux de chaleur sont les plus performants, tandis que le gaz reste le plus consommateur", note Advizeo.
La température de consigne à 19 °C, mythe ou réalité ?
Toujours selon le référentiel, les bâtiments de bureaux respectant le plan gouvernemental de sobriété énergétique – qui préconise la fameuse température de consigne à 19 °C pour le chauffage – se compteraient sur les doigts d'une main.
Cette recommandation s'inscrit pourtant dans la trajectoire du décret tertiaire : "Une baisse de 1 °C de la température intérieure génère en moyenne une diminution de 9 à 11 % des consommations annuelles, alors que les valeurs de référence utilisées jusqu'à présent démontrent une hausse de 7 %", analyse Advizeo.
Pour son fondateur, Cyril Sailly, l'étude "montre une chose simple : quels que soient le segment ou la région, les bâtiments progressent dès lors que leur taille et leur mode de chauffage sont bien pilotés". Il voit malgré tout "une tendance encourageante qui confirme que chacun peut améliorer sa performance en activant les bons leviers et atteindre les objectifs du DEET d'ici à 2030".
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