Contre le "dogme" de l'électrification, l'UMGCCP présente l'hybridation comme "le meilleur des mondes"

Par   Corentin PATRIGEON

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Publié le 24 septembre 2026
© Corentin Patrigeon pour XPair
Lors du congrès 2026 de France Gaz, une table ronde a été organisée autour de la soutenabilité économique de la transition énergétique du bâtiment.
VERBATIM. Invité sur une table ronde du congrès 2026 de l'association France Gaz, Pascal Housset, le président de l'Union des métiers du génie climatique de la Fédération française du bâtiment, a fait remonter l'exaspération des particuliers comme des professionnels face aux "contradictions" des politiques de rénovation.

Pour assurer la transition énergétique du bâtiment, le tout électrique est-il soutenable économiquement ? C'est l'une des questions posées par l'association France Gaz à l'occasion de son congrès annuel, organisé ce 22 septembre à Paris. Le débat a été lancé alors que les pouvoirs publics assument une électrification de l'économie qui passe, dans le bâtiment, par un déploiement massif de pompes à chaleur et un rejet, tout aussi massif, des solutions gaz.

"Il faut arrêter de croire que l'État peut savoir exactement ce qu'il faut faire. Son rôle n'est pas de se substituer aux acteurs économiques mais de leur donner de la clarté et de la stabilité, des outils incitatifs plutôt que des contraintes réglementaires et normatives", juge Raphaël Trotignon. Le directeur du pôle énergie-climat de l'institut Rexecode souligne que la France, et plus largement l'Europe, est aujourd'hui concurrencée par des acteurs mondiaux "beaucoup plus carbonés que nous (USA, Chine…), qui misent sur l'énergie pas chère, l'attractivité de l'investissement, la technologie, l'innovation…"

"L'énergie, dans une société moderne, irrigue tout. Elle est donc à mon sens totalement prioritaire", rebondit Henri Alfandari, député (Horizons) d'Indre-et-Loire. Ajoutant que "vu l'effort à faire, il est absolument stupide d'opposer les énergies entre elles car on va avoir besoin de tout, avec beaucoup plus de volumes". La décarbonation du bâtiment se situerait-elle par conséquent à mi-chemin entre l'électricité et le gaz vert ?

L'électrification "nous emmène dans le mur"

C'est ce que croit Pascal Housset : "On essaye d'apporter du bon sens paysan car finalement, on a beaucoup parlé de la production d'électricité et de l'électrification des usages mais on a oublié le bout de câble entre les deux. Au fur et à mesure, on s'aperçoit de l'ampleur de l'investissement nécessaire pour développer le réseau électrique", analyse le président de l'Union des métiers du génie climatique, couverture et plomberie de la Fédération française du bâtiment (UMGCCP-FFB).

Le patron de Réalitherm, qui a rejoint cet été Satep, regrette ainsi l'absence d'une "réelle politique publique globale de l'énergie". Cette absence de cadre fait défaut aux professionnels du bâtiment mais aussi aux Français, qui "ne comprennent plus ce qui se passe en matière d'aides à la rénovation" et "ne savent plus par quel bout prendre le sujet : isolation, changement de chauffage… ?"

"Nous avons vu la chute des PAC en 2024-2025 et nous voyons aujourd'hui un niveau de réparabilité des chaudières jamais observé auparavant."

- Pascal Housset, président de l'UMGCCP

La FFB aurait par conséquent demandé à Enedis et RTE, les deux gestionnaires des réseaux d'électricité, une cartographie des infrastructures dont ils ont la charge, sur le même modèle que la modélisation des réseaux gaz, pour permettre aux artisans de visualiser les raccordements possibles dans le cadre de leurs chantiers. "On parle de 100 territoires d'électrification, donc sans gaz, sauf que ces territoires n'ont pas fait d'étude d'impact. Donc ont-ils vraiment la capacité à exploiter les réseaux ? On voit bien qu'il manque des briques et une visibilité."

D'après Pascal Housset, la mise au placard des installations à base de molécules risque au final de s'avérer contre-productive : "L'hybridation est le meilleur des mondes puisqu'on installe une solution électrique décarbonée et une solution gaz décarbonée. Les industriels ont fait un énorme travail pour que nous disposions des meilleurs systèmes, or depuis un an on nous a tordu le bras pour que l'hybridation ne soit plus viable. Ce dogme est de plus en plus persistant mais il va nous emmener dans le mur."

Installer une PAC sans isoler, "c'est n'importe quoi"

Alors que la filière PAC tente de prouver que ses solutions sont aussi applicables dans le résidentiel collectif, comme en témoignent les premiers Trophées CEPAC (Centre d'expertise de la pompe à chaleur) décernés lors d'EnerJ-Meeting Lyon, le président de l'UMGCCP réaffirme pour sa part "qu'on ne sait pas faire en 100 % PAC" sur ce segment.

"Le compromis a du sens avec l'hybride mais tout est fait pour déconstruire cette offre. Je suis choqué d'entendre qu'une chaudière installée en 2020 et ayant bénéficié des aides, dont le parcours de vie est loin d'être abouti – la durée de vie moyenne d'une chaudière est de 20 ans –, peut aujourd'hui être démontée pour installer une PAC à la place, de nouveau avec des aides. Comment voulez-vous que les consommateurs et les professionnels s'y retrouvent dans toutes ces contradictions ? Techniquement et financièrement, c'est un non sens."

Françoise Thiebault, coordinatrice énergie au CNAFAL (Conseil national des associations familiales laïques), partage le constat.

"Au bout du bout, ce sont les Français, les consommateurs d'énergie, qui payent. Ils ont fait des efforts de sobriété, souvent contraints, et on arrive pourtant à un taux de précarité énergétique préoccupant. On a vu une inconséquence de l'État – ouverture/fermeture du guichet MaPrimeRénov', transferts de MPR vers les CEE (certificats d'économies d'énergie)… Et quand on entend des électriciens dire qu'il suffit d'installer une PAC, sans faire d'isolation, pour économiser 50 % sur la facture d'énergie, c'est n'importe quoi."

Transmettre un "patrimoine énergétique commun"

Selon la responsable, une remise à plat des mécanismes de financement de la rénovation énergétique est indispensable, mais doit s'accompagner plus largement d'une clarification du rôle des pouvoirs publics dans la décarbonation de la société.

"L'État est garant de la protection des plus fragiles d'entre nous, et cela passe par un certain nombre de dispositifs pour l'énergie, qui est devenue un produit de première nécessité. Donnons la possibilité à des technologies qui ne sont pas encore industrialisées d'être choisies par nos concitoyens. Aujourd'hui, nous n'avons plus le choix de notre énergie, et cela pose question. Décréter qu'on va fermer des boucles de gaz sur des territoires sans en avoir mesuré les conséquences par rapport aux équipements de chauffage, c'est tout simplement impossible."

Représentante des salariés des industries gazières et électriques, Bettina Hortal confirme que la transition énergétique "a besoin de toutes les énergies décarbonées" et que "la bonne solution est celle correspondant à la réalité du terrain".

Pour la secrétaire nationale de CFE Énergies, par ailleurs membre du Conseil supérieur de l'énergie, "ce n'est pas en montant les énergies les unes contre les autres qu'on aura une énergie soutenable et abordable dans tous les territoires". Les salariés qu'elle représente défendraient ainsi la préservation et la transmission d'un "patrimoine énergétique commun", rassemblant à la fois des capacités électriques et gazières.

La filière CVC "prévoit plus de 30.000 recrutements"

Ce qui implique de recruter et de former les futurs employés qualifiés de cette industrie. Mais pour l'heure, Bettina Hortal estime que la considération n'est pas au rendez-vous : "L'État a l'obligation de nous associer, nous salariés, le plus en amont possible des décisions et des scénarios énergétiques. Or, ni les employeurs ni les organisations syndicales n'ont été associés aux 100 territoires d'électrification. Si les salariés et citoyens ne sont pas partie prenante, comment arriver à les embarquer en les convainquant que c'est la bonne solution économique et écologique ?"

"On a un gisement d'emplois et de reconversions très important face à des enjeux de décarbonation considérables."

- Pascal Housset

Comme le rappelle Pascal Housset, le bâtiment attend quant à lui des réponses de la part des responsables politiques, et notamment des candidats à l'élection présidentielle, pour l'aider à sortir du marasme économique dans lequel il est plongé. "On ne construit pas, on ne rénove pas, rien ne bouge de manière positive. Il faut donc espérer que les politiques nous entendent car nous avons des propositions."

Et qu'il s'agit aussi de préparer l'avenir : "Dans les métiers du génie climatique, on prévoit plus de 30.000 recrutements dans les prochaines années, en formation initiale ou en formation continue. Mais les mots de stabilité et de visibilité sont tellement galvaudés aujourd'hui, doit-on encore les dire ?"


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