À VivaTech, la décarbonation et la transition gardent les pieds sur Terre

Par   Yousra GOUJA

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Publié le 19 juin 2026
© Yousra Gouja pour XPair
Raphaël Briguet, chef de projet chez Exergo.
INNOVATIONS. À VivaTech, le patron d'Amazon a suggéré que l'espace pouvait répondre aux enjeux environnementaux. Dans les allées du salon, XPair a rencontré des acteurs plus discrets mais dont les solutions ont le mérite de rester sur le plancher des vaches.

À VivaTech, les grandes visions technologiques côtoient les solutions très concrètes. Le plus grand évènement européen consacré à l'innovation, dont l'édition 2026 se tient jusqu'au 20 juin à la Porte de Versailles, à Paris, accueille 180.000 visiteurs venus rencontrer quelque 14.000 start-up.

Parmi les invités, Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, qui a défendu une idée radicale : utiliser l’espace pour répondre aux enjeux environnementaux. "Notre vision de long terme, notre rêve, c'est que toutes les industries polluantes puissent être implantées loin de la Terre", a déclaré le milliardaire américain. Mais à défaut d’envoyer les sources de pollution en orbite, certaines entreprises tentent déjà d’agir au plus près du terrain.

"Chaque bâtiment est un stockage"

Jeff Knoepfli, cofondateur et président de SurVoltage. © Yousra Gouja pour XPair

Dans les allées de VivaTech, plusieurs acteurs rencontrés défendent une même conviction : la transition énergétique ne passera pas seulement par de grands discours, mais aussi par des outils numériques ou des infrastructures thermiques. Basée à Grenoble, SurVoltage développe depuis plus de trois ans un logiciel destiné à améliorer la rentabilité des centrales d’énergies renouvelables et à optimiser les usages électriques.

L’entreprise, qui compte 14 salariés, revendique déjà une présence sur l’ensemble du territoire français et près de 50.000 points de livraison. Son terrain de jeu : la flexibilité énergétique, c’est-à-dire la capacité à déplacer certains usages électriques au bon moment et au bon endroit pour réduire les coûts, limiter les pics de consommation et mieux intégrer les ENR. Pour Jeff Knoepfli, cofondateur et président de SurVoltage, il existe encore un important travail de pédagogie autour de l’énergie.

"On a du mal à comprendre ce qu’est un kilowattheure", estime-t-il. SurVoltage travaille en BtoBtoC, en se positionnant derrière des distributeurs, de grands équipementiers comme Schneider Electric ou encore des fournisseurs d’électricité. L’entreprise ne vend donc pas directement son logiciel à l’utilisateur final : elle aide ses partenaires à agréger des clients et à mieux valoriser la pilotabilité des usages électriques. "Chaque bâtiment est un stockage", illustre Jeff Knoepfli.

Le CO2 comme fluide caloporteur en boucle fermée

Raphaël Briguet, chef de projet chez Exergo. © Yousra Gouja pour XPair

Autre approche, autre échelle : Exergo s’attaque à la chaleur urbaine. Fondée en 2018 en Suisse, l’entreprise développe des réseaux thermiques compacts utilisant le CO2 en boucle fermée comme fluide caloporteur.

Sa technologie vise à décarboner les zones urbaines denses en exploitant des ressources naturelles ou de la chaleur résiduelle, par exemple celle des data centers. "Exergo est notamment engagée dans un projet en construction à Fribourg, en Suisse, où elle travaille sur une liaison entre un lac et une centrale", indique Raphaël Briguet, chef de projet.

"L’installation doit permettre en 2027 de transporter la chaleur entre le point d'eau et une station de pompes à chaleur, pour une puissance annoncée de 12 mégawatts." La jeune société, qui compte 12 personnes, a réalisé une levée de fonds fin 2025, avec Engie parmi ses investisseurs, et souhaite maintenant se développer en France et en Allemagne.

Un agent IA pour objectiver les choix énergétiques

Adidja Ali Mcolo, chargée d'opération, et Kevin Lecerf, fondateur de Projexia. © Yousra Gouja pour XPair

La troisième entreprise rencontrée, Projexia (entreprise développée en interne chez l'agence Idephi), déplace encore le regard sur le sujet. Idephi, agence fondée en 2008, travaille notamment sur des projets à Mayotte et à La Réunion, où les contraintes climatiques, énergétiques et économiques sont particulièrement fortes. Retrait du trait de côte, pression cyclonique, habitat provisoire, coût élevé de la construction : les défis sont multiples.

L’entreprise prépare le lancement d’un agent d'intelligence artificielle, annoncé pour la mi-septembre. Sa plateforme doit permettre de comparer différentes options de construction, de mieux anticiper les coûts et d’objectiver les choix techniques. À Mayotte par exemple, la transition énergétique ne se résume pas à installer des panneaux solaires.

"Transformer les groupes électrogènes qui fonctionnent avec du pétrole vers du solaire, oui, mais pas entièrement", reconnaît Kevin Lecerf, fondateur de Projexia, car les capacités de production et de stockage restent insuffisantes. "C’est un mix énergétique à trouver", ajoute-t-il.

À VivaTech, derrière les grandes figures de la tech mondiale, une autre histoire se raconte : celle d’entreprises qui essaient au quotidien de rendre la transition énergétique plus mesurable et plus proche du terrain.


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