Saftair investit dans des solutions tout-en-un pour tirer son épingle du jeu
Le tôlier, dans l’entreprise, c’est lui : Ludovic Dournel, 52 ans, revenu prendre les rênes de la société en 2023 après l’avoir délaissée pendant une bonne vingtaine d’années. Tôlier, il l’est au sens propre comme au sens figuré : dans ses fonctions de directeur général, mais aussi dans l’activité qu’il dirige, celle d’une société qui est avant toute chose une tôlerie industrielle.
Spécialiste des systèmes de ventilation et des solutions de désenfumage pour les locaux, Saftair déploie son savoir-faire sur un marché de la cuisine plutôt discret qui pèse annuellement en France à peine 60 millions d’euros. Une relative niche, dans laquelle l’industriel a su trouver sa place depuis sa création en 1988, avec actuellement un site de production de 21.600 m² installé à Torcy-le-Petit, près de Dieppe, en Normandie.
Un large éventail de solutions dans deux métiers
L’usine, qui comprend 9.000 m² de surface couverte, est posée sur les lieux d’une ancienne filature et en a gardé quelques traces architecturales avec des façades en briques de terre cuite. Mélange d’ancien et de moderne, le site emploie près de 80 personnes à la production, tandis que l’entreprise au global fait travailler une centaine de collaborateurs. Saftair propose une large gamme de solutions, du ventilateur axial à la tourelle d’extraction, en passant par de la compensation d’air mécanique ou du traitement d’air conventionnel.

La société est une filiale du Groupe Airvance depuis 2020 et emploie quelque 100 salariés. © Steve Carpentier pour XPair

Le fabricant propose une large gamme de solutions, du ventilateur axial à la tourelle d’extraction, en passant par de la compensation d’air mécanique ou du traitement d’air conventionnel. © Steve Carpentier pour XPair
Mais ce qui s’apparente, au premier abord, à une PME arborant un chiffre d’affaires de 27 millions d’euros en 2024 – avec une stabilité sur 2025 – est loin de faire cavalier seul. En effet, Saftair appartient à un large écosystème puisqu’elle est depuis 2006 une filiale du Groupe Airvance qui affiche au compteur pas moins de 1.900 employés dans 15 pays pour un chiffre d’affaires de 603 millions d’euros sur l’exercice 2025. Airvance est né en 2020 de l’acquisition de France Air, une entreprise familiale fondée en 1960 par la famille Dolbeau, de la branche ventilation du britannique Sig PLC.
Une entreprise adossée à un groupe majeur
Le groupe, qui affirme faire partie des cinq plus gros acteurs européens de la ventilation pour le confort et la qualité d’air intérieur, exploite actuellement des marques comme Cairox et Sufix. La branche Saftair a, de son côté, gardé toute sa singularité. En effet, si France Air demeure pour l’heure un généraliste qui vend un large panel de produits, Saftair fait partie, avec Alvene, des deux premiers fournisseurs de systèmes complets de ventilation en France.
Sur le segment du désenfumage, la concurrence, en raison d’un marché autrement plus large, est en revanche bien plus féroce, avec des mastodontes comme Aldes, Atlantic ou encore Vim. La société Saftair, qui se veut un acteur incontournable du secteur, est toutefois passée par une période de vaches maigres, avec un dépôt de bilan et une enveloppe d’investissements, jusqu’à son rachat en 2020 par Airvance, réduite à la portion congrue.
Réinvestir pour perdurer
Un euphémisme. "Pendant plus d’une quinzaine d’années, rien n’a été investi dans l’entreprise", note avec dépit Ludovic Dournel. "Si l’on nous a laissé développer le marché de la cuisine professionnelle, nous avions par contre interdiction de travailler avec des installateurs de CVC. Pour cette raison, nous avons accumulé du retard sur le désenfumage. À partir de 2020, nous avons pu à nouveau reprendre cette activité. Si le chiffre d’affaires sur ce lot a accusé une chute de 30 % en 2019 et 2020, nous enregistrons désormais une hausse de nos ventes de 50 % ces dernières années."

L'entreprise, qui dispose d'un service de R&D de sept personnes, est avant tout un tôlier, avec une spécialisation dans l'aéraulique. © Steve Carpentier pour XPair

Ludovic Dournel, le directeur général de Saftair, lors de la visite presse de l'usine normande en avril 2026. © Steve Carpentier pour XPair
Ajoutant : "Si la baisse d’activité sur les marchés publics se fait actuellement ressentir, le marché privé, pour sa part, soutient notre croissance". Pour réenclencher la dynamique, Saftair a notamment mis sur pied un service de R&D de sept personnes, dont cinq techniciens bureaux d’études, avec le souhait, depuis trois ans, et depuis le retour aux manettes de Ludovic Dournel, de redorer le blason de l’entreprise pour redevenir novatrice sur le marché.
Une tôlerie industrielle spécialisée dans l'aéraulique
Dans son usine normande, l’industriel a également conduit des investissements productifs pour mieux travailler le galva, l’alu et l’inox, avec des tôles de 0,8 mm à 4 mm. Une poinçonneuse dernier cri, entièrement autonome, est ainsi venue, en 2020, rejoindre celle déjà en place depuis une vingtaine d’années. Laquelle ne fonctionnait qu’en mode semi-autonome. Si Saftair se considère avant tout comme une entreprise de tôlerie, c’est d’abord parce que, dans ses caissons de ventilation, la tôle représente 50 % du produit fini, et même 85 % sur les hottes.

Le savoir-faire de l'industriel est basé sur l’assemblage et le montage des tôles, avec une conception sur-mesure. © Steve Carpentier pour XPair
"Tout notre savoir-faire, c’est l’assemblage et le montage des tôles, mais aussi une conception maison de la hotte ou du caisson avec les éléments de ventilation additionnels", détaille Florent Nothais, responsable technique et qualité de l’entreprise. "Il s’agit dans tous les cas de proposer une réponse efficace à des problématiques d’extraction. Nous ne travaillons pas sur stock, mais sur commande, avec une fabrication qui s’étale sur trois à cinq jours, voire 10 jours pour un produit plus complexe. Si les hottes sont typiquement des produits proposés en standard, nous travaillons aussi en sur-mesure."

Florent Nothais, responsable technique et qualité de l’entreprise. © Steve Carpentier pour XPair
Il précise : "Les plafonds filtrants, que nous fabriquons également dans notre usine, et qui sont des solutions complexes, sont à chaque fois du sur-mesure. En moyenne, la commande à façon représente entre 10 et 20 % de nos ventes. Notre savoir-faire intervient à plusieurs étapes, avec une attention extrême portée aux détails. En effet, une tôle mal pliée, un poinçonnement défectueux, c’est un produit qui n’est pas montable et qui, de surcroît, n’est pas étanche, ce qui, en matière d’extraction de l’air, est rédhibitoire."
Des approvisionnements auprès de différents fournisseurs
Pour le reste des composants vitaux, l’industriel se fournit en moteurs, turbines et autres ventilateurs auprès de fournisseurs aussi divers que Leroy-Somer, Nidec, Weg, Comefri ou encore Nicotra. Adressant l’entièreté du segment de la cuisine, de la cuisine centrale au lycée hôtelier, Saftair a fait ses comptes : en 2025, en alignant l’ensemble de ses 4.000 hottes sorties des chaînes de production, c’est 9 km de linéaire. Par-delà ce chiffre anecdotique transparaît chez l’industriel le souhait de mettre sur le marché une nouvelle gamme de caissons de désenfumage.

L'industriel a investi dans une nouvelle poinçonneuse entièrement autonome qui complète une machine déjà en place depuis près de 20 ans mais dont les capacités sont limitées. © Steve Carpentier pour XPair

Entre 10 et 20 % des produits fabriqués dans l'usine normande sont faits à façon. © Steve Carpentier pour XPair
Le dernier en date, sorti en 2025, est le R’Chef dédié aux cuisines professionnelles, qui se veut volontairement compact, avec des débits pour les huit tailles proposées allant de 500 à 16.000 m3/h. "Dans la famille des extracteurs, il s’agit du seul produit qui conjugue problématiques de performances et nettoyabilité, tout en conservant les bonnes performances aérauliques", note Florent Nothais. "Sur les quatre faces, il dispose ainsi de purges pour le nettoyage des graisses, avec un accès à la motorisation facilitée. Cet extracteur, c’est un peu comme un hamburger, il n’y a rien à ajouter dedans, hormis un variateur." Si Saftair commercialise chaque année 20.000 caissons, la montée en puissance du R’Chef, mais aussi des tourelles d’extraction, rééquilibre la donne, avec pour cette dernière solution 3.000 unités vendues en 2025.
Des solutions tout-en-un
L’industriel vient également de lancer, tout récemment, le Dof+ A/R, un caisson à transmission compact certifié F400/120 qui répond aux exigences réglementaires de désenfumage des ERP (établissements recevant du public), IGH (immeubles de grande hauteur) et autres cuisines professionnelles. Autre innovation à peine lancée : la hotte pour cuisson au feu de bois. Baptisée doctement Otabrez, elle se propose de combler un manque sur le segment de la cuisson à combustible solide. En clair, il s’agit d’adresser les cuisines qui se sont lancées dans la mode de la cuisine brasero.

Saftair a produit 4.000 hottes d'extraction en 2025, mais aussi des tourelles et des caissons. © Steve Carpentier pour XPair

Le fabricant a lancé en 2025 son caisson d'extraction R'Chef qui mise sur la compacité et les performances de son groupe mono-turbine incliné à réaction. © Steve Carpentier pour XPair
"Cette solution d’extraction est dotée d’un système de brumisation pour éteindre les flammèches et diminuer la température des fumées", précise Florent Nothais. "Elle est capable de récupérer l’eau et les graisses, avec une capacité d’extraction renforcée grâce à un rideau d’air périphérique qui vient compartimenter les fumées à l’intérieur de la hotte." Pour tester les performances du produit, Saftair a déployé un laboratoire, qui observe attentivement l’étanchéité du système et la qualité de l’extraction.
Combler un vide réglementaire
"Nous sommes sur un dispositif d’extraction qui est aussi lié à de la fumisterie", complète Ludovic Dournel. "Il s’agit dans un même temps de faire baisser la température des fumées, d’éteindre les flammèches, d’évacuer les graisses, tout en conservant les performances de la hotte pour les cuisines."
Poursuivant : "Actuellement, il existe un véritable vide juridique en matière de sécurité incendie pour encadrer le traitement d’air de la cuisine brasero avec du combustible solide. On ne sait pas très bien s’il faut répondre à une réglementation qui porte sur la fumisterie avec de l’évacuation de fumées ou de l’extraction pure et simple."

Saftair affiche en matière de désenfumage une gamme très complète, avec des débits de plus de 100.000 m3/heure. © Steve Carpentier pour XPair
Pour lui, Saftair apporte donc "une réponse à une problématique qui actuellement demeure un casse-tête pour les services incendie". Pour aller plus loin dans sa volonté de penser système avant de réfléchir aux produits, l'industriel a développé ses propres coffrets de relayage pour le pilotage du désenfumage. De quoi internaliser la régulation et l’adapter au plus juste. Les étoilés Michelin et autres macarons Gault&Millau pourraient bien reprendre du rab.
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