Pompes à chaleur et PFAS : ce qu'il faut savoir sur les fuites de fluides frigorigènes
Au coeur du débat public depuis plusieurs mois, les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées) se retrouvent dans les ustensiles de cuisine, les textiles mais aussi... les pompes à chaleur. À l'occasion d'un webinaire, le cabinet de conseil A4MT (Action for Market Transformation) et le Booster des ENR du bâtiment, une coalition d'acteurs aidant le secteur à intégrer toujours plus d'énergies renouvelables dans ses projets, a souhaité éclaircir le rôle exact des fluides frigorigènes dans ce processus.
Pour lui, trois actualités se croisent : "Les PFAS deviennent un sujet de société, on accélère l'électrification en Europe et la PAC en est l'un des principaux leviers, et les réglementations propres aux fluides frigorigènes sont en cours d'évolution. Pendant longtemps, le bâtiment a cherché à réduire son impact carbone, mais aujourd'hui il va devoir réduire ses autres impacts environnementaux, comme les PFAS." Ce qui contribue à faire émerger des réflexions autour des pompes à chaleur et de leurs potentielles émissions polluantes.

Source : Webinaire A4MT - Booster des ENR
"Le risque est dans les émissions donc il faut contrôler les fuites"
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Source : Webinaire A4MT - Booster des ENR
Les PFAS se retrouvent dans des applications diverses et variées, ce qui en fait une problématique mondiale. "La plupart des fluides frigorigènes fluorés sont considérés comme des PFAS par l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques). Le risque est dans les émissions, donc il faut contrôler les fuites", ajoute le responsable.
Les nombreux réfrigérants existants ont été développés au fur et à mesure des réglementations, mais "plus l'industrie se développe, plus elle arrive à trouver des solutions avec peu, voire pas d'effet de serre. On est en train de parvenir à des molécules intéressantes", assure-t-il.

Source : Webinaire A4MT - Booster des ENR
Bruxelles devrait imposer des restrictions de fluides en 2027
Pour rappel, la réglementation sur les fluides remonte au Protocole de Montréal (1987) et a été complété avec le règlement F-Gaz de 2006, révisé en 2024 pour un objectif net zéro en 2050. "De la F-Gas I à la F-Gas III, la réglementation a amené un calendrier de réduction progressive de mise sur le marché des HFC ambitieux. Le marché de l'Union européenne utilise des fluides à plus faible PRP (potentiel de réchauffement planétaire) et d'autres dispositions ont été prises, notamment en termes de formation."
Bernard Philippe tacle toutefois le système de quotas mis en place, "qui ouvre le risque important de développement d'un marché illégal". Dans la mesure où les systèmes sont généralement achetés pour plusieurs dizaines d'années, il appelle donc les professionnels à "penser à leur entretien avec des fluides potentiellement sous quotas".

Source : Webinaire A4MT - Booster des ENR
En 2023, 5 États européens ont remis à l'ECHA (Agence européenne des produits chimiques) une étude sur les risques PFAS qui a formulé des propositions de restrictions. Le RAC (comité d'évaluation des risques) a donné son opinion sur l'évaluation des risques et le SEAC (comité d'analyse socio-économique) a mené une consultation publique qui s'est clôturée en mai.
L'organisation donnera ensuite son opinion d'ici la fin de l'année, puis l'ECHA soumettra son opinion à la Commission européenne, laquelle formalisera sa position en 2027. "En fonction des applications, il y aura des mesures de restriction des fluides", prévient Bernard Philippe.

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"Le sujet ne porte pas que sur le choix du fluide, mais sur la manière de l'utiliser"
Le message est donc clair : les émissions de fluides doivent être maîtrisées et réduites. "On avance dans la bonne direction. La filière fait des efforts, des développements sont en cours mais il faut laisser le temps à l'industrie de s'adapter", plaide le délégué général de l'AFCE. Si des solutions sans PFAS existent, il estime néanmoins qu'elles ne permettent pas de répondre à "l'ensemble des besoins en réfrigération, en conditionnement d'air et en pompe à chaleur de manière adéquate et sécuritaire".
"Le sujet ne porte pas que sur le choix du fluide, mais sur la manière de l'utiliser", abonde Florian Rémond. Le niveau de risque serait donc influencé par la qualité de l'installation et sa maintenance, ainsi que par la quantité et le type de fluide, le taux et la détection de fuites, sans oublier la fin de vie des produits. "Le fait d'installer une PAC ne veut pas dire qu'on va systématiquement rejeter du fluide frigorigène dans l'environnement, on est dans un circuit fermé. Mais le meilleur fluide est celui qui reste dans son circuit !"
La filière PAC explique de son côté qu'elle ne cesse de se structurer pour répondre aux défis qui sont les siens, particulièrement au vu des objectifs qui lui ont été assignés par les pouvoirs publics. En 2025, plus d'un million d'unités ont été vendues en France, selon les chiffres de l'AFPAC (Association française pour la pompe à chaleur).

Source : Webinaire A4MT - Booster des ENR
Un besoin de bras pour installer et maintenir les PAC
"Depuis une quinzaine d'années, on observe une transition du marché vers des fluides frigorigènes 'naturels', en tout cas à faible PRP", décrypte Arnaud Meyer, son délégué aux affaires techniques. "Il y a vraiment une bascule avec seulement 21 % de réfrigérants au-dessus des 750. On est passé du R410A dans les années 2010 (PRP = 2088) au R32 dans les années 2020 (PRP = 675), au R290 aujourd'hui en PAC air-eau (PRP = 3), et demain à des PRP entre 0 et 1 (CO2…)." Le responsable précise au passage qu'"une grosse majorité des PAC air-air sont sur du R32", un fluide qui n'est pas PFAS et qui peut être récupéré et recyclé.
Pour le reste du marché, les PAC au R744 (CO2) demeurent "des technologies assez chères et contraignantes d'un point de vue technique". Le R717 (ammoniac) demande pour sa part "des procédures d'exploitation particulières et est surtout utilisé dans l'industrie". L'AFPAC estime ainsi que le sujet porte plus sur une évolution des pratiques que sur une rupture technologique. "La filière devra recruter 41.000 personnes d'ici à 2030, surtout en installation et en maintenance – respectivement 10.500 et 14.000 personnes", rappelle Arnaud Meyer.
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