Marché : "Même si la période est difficile, il y a un gisement incroyable" dans le génie climatique

Par   Émilie WOOD

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Publié le 20 avril 2026
© Émilie Wood pour XPair
Pascal Housset, président de l’UMGCCP.
PROFESSION. L’Union des métiers du génie climatique, de la couverture et de la plomberie (UMGCCP) a tenu son congrès 2026 à Montpellier. L’occasion pour les 430 congressistes présents de réfléchir à l’avenir de leur filière, notamment au travers de l’intégration des jeunes générations.

La conjoncture actuelle peut faire hésiter avant d’embaucher. Se projeter vers un avenir légèrement plus lointain pourrait toutefois convaincre bien des chefs d’entreprises de ne pas trop attendre. L’Union des métiers du génie climatique, de la couverture et de la plomberie (UMGCCP), affilié à la FFB (Fédération française du bâtiment), a tenu son congrès annuel à Montpellier les 16 et 17 avril. L’occasion pour les 430 congressistes présents de réfléchir à l’avenir de leur filière, notamment au travers de l’intégration des jeunes générations.

Une table ronde organisée sur le sujet a permis de rappeler certaines statistiques : le départ massif à la retraite de nombreux travailleurs d’ici à 2030 ne sera pas suffisamment compensé par les arrivées sur le marché du travail. Le Secrétariat général à la planification écologique (SGPE) estime même que le BTP sera confronté à un déficit de main-d’œuvre de 245.000 personnes à la fin de la décennie. Le secteur, déjà en proie à des problèmes de recrutement, doit donc dès aujourd’hui réfléchir à la meilleure manière d’attirer les talents afin d’assurer son avenir.

"Les jeunes ne remettent pas en cause l’autorité mais ont vraiment envie de comprendre les décisions, qu’on leur fasse confiance et qu’on leur donne de l’autonomie pour qu’ils se sentent impliqués dans les choix. Le fait qu’une entreprise soit utile à la société, c’est quelque chose qu’ils valorisent de plus en plus", résume Maryse Degouge.

Maryse Degouge, responsable de projets données et prospective au CCCA-BTP (Comité de concertation et de coordination de l'apprentissage du bâtiment et des travaux publics), a présenté une nouvelle étude basée sur la jeunesse actuelle ainsi que sur quatre scénarios alternatifs pour l’avenir du BTP à horizon 10-15 ans, déterminés par les chercheurs. "Nous n’avons pas de boule de cristal, mais nous avons construit des scénarios probables de l’évolution du secteur et de la manière dont les jeunes pourraient se projeter dans ces évolutions", affirme-t-elle.

L’un de ces scénarios, tendanciel aujourd’hui, évoque une filière en quête de talents mais qui peine à les convaincre ; un autre envisage une guerre des talents entre secteurs ; tandis qu’un troisième évoque un secteur durablement attractif, une situation envisageable si les bonnes décisions sont prises dès aujourd’hui... L’étude, qui a nécessité un an de travail, est accompagnée de kits d’animation permettant aux entreprises de réfléchir à l’avenir de leur propre structure selon leurs spécificités et les scénarios potentiels.

Rémunération, équilibre vie pro-vie perso, quête de sens

Un Français sur trois a moins de 30 ans aujourd’hui – ils étaient un sur deux en 1975. "Les jeunes sont moins nombreux, donc plus précieux sur le marché du travail", rappelle Maryse Degouge, qui souligne aussi des parcours "plus tardifs" impactant les choix de carrière.

Pascal Housset, président de l’UMGCCP, intervient en fin de table ronde pour demander qui embauche des apprentis dans la salle. © Émilie Wood pour XPair

"On entend beaucoup que les jeunes ne veulent pas travailler : ce n’est pas ce qui ressort de l’étude. Au contraire, la valeur travail est plus importante aujourd’hui qu’il y a 20 ans. Mais il y a une volonté d’équilibrer vie pro et vie perso. Il y a des attentes pour avoir des horaires plus flexibles et, dans les métiers qui le peuvent, du télétravail", ajoute-t-elle.

"Je trouve les jeunes curieux, passionnés, mais parfois aussi déconcertants parce qu’ils ont l’impression de tout savoir étant donné qu’ils ont appris des choses avec leur téléphone. Quand j’ai commencé il y a 20 ans, on expliquait aux jeunes comment faire leurs tâches. Aujourd’hui, il faut d’abord leur expliquer pourquoi."

- Marie Dupuis-Courtes, vice-présidente de l’UMGCCP

Les trois critères de choix d’un travail pour les jeunes sont la rémunération, la possibilité de concilier leur emploi avec leur vie privée, l’intérêt et le sens de leur travail. Une analyse que Marie Dupuis-Courtes, vice-présidente de l’UMGCCP et dirigeante de La Maison Dupuis, une société de couverture basée en Seine-Maritime, constate également.

"Les jeunes qui arrivent dans nos métiers ont le choix aujourd’hui, ce qui était moins le cas il y a 20 ans. Globalement, je les trouve curieux, passionnés, mais parfois aussi déconcertants parce qu’ils ont l’impression de tout savoir étant donné qu’ils ont appris des choses avec leur téléphone. Quand j’ai commencé il y a 20 ans, on expliquait aux jeunes comment faire leurs tâches. Aujourd’hui, il faut d’abord leur expliquer pourquoi. Il y a un vrai enjeu à apprendre à dialoguer ensemble."

"Lâcher prise"

Interrogé par XPair lors de l'évènement, Pascal Housset, président de l’UMGCCP, a insisté pour sa part sur les objectifs de ces deux journées de congrès : "On invite nos adhérents à prendre du recul au travers d’ateliers techniques, avec toutes les nouveautés, les innovations présentées par nos partenaires, mais aussi de réfléchir à de grandes thématiques".

"Le recrutement et la formation sont le premier pilier. Le deuxième, c’est le marché : il y a un gisement incroyable, même si la période est difficile pour le secteur du bâtiment", poursuit-il. "La nécessité de rénover, d’équiper les bâtiments de nouveaux systèmes de chauffage dans le cadre de la rénovation énergétique, cela veut dire qu’il nous faut du personnel."

Et de conclure : "Et puis un troisième pilier auquel on ne pense pas forcément, c’est le bien-être du chef d’entreprise, parce qu’on est dans une période où il y a beaucoup de stress, de par les annonces géopolitiques, de par ce qui se passe en France… Il faut trouver comment garder les chefs d’entreprises motivés, concentrés et productifs tout en leur permettant de lâcher prise et de prendre du temps pour eux."


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