Contre l'inconfort d'été, la filière CVC propose "un gisement d'idées"
"Bien vivre sous les toits", un sujet on ne peut plus actuel, après plusieurs vagues de canicule ayant entraîné plus de 8.000 morts dans le pays à l'été 2026, selon Santé publique France. C'est aussi le titre d'un livre blanc, publié le 30 septembre 2026 par le Syndicat des entreprises de génie climatique, couverture et plomberie (GCCP, membre de la Fédération française du bâtiment). Ce document de 68 pages formule une série de recommandations pour adapter les logements situés au dernier étage.
De nombreux Français concernés
Il n'existe pas de chiffre global recensant l'ensemble des habitants logés sous les toits, mais une part non négligeable de la population occupe ces logements souvent qualifiés de "bouilloires thermiques". Rien qu'à Paris, environ 100.000 logements se situent sous les toits, selon l'Atelier parisien d'urbanisme (Apur). Historiquement, les toits ont été pensés pour protéger du froid et de la pluie, mais le dérèglement climatique et les températures extrêmes atteintes dans certains logements durant l'été changent désormais la donne.
La chaleur devient "un nouveau défi, technique, environnemental et patrimonial" pour les couvreurs, dont les savoir-faire ont été inscrits sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l'Unesco (Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture) en décembre 2024, affirme Édouard Bastien, ancien président du GCCP. "Aujourd'hui, c'est en effet plus la problématique de l'isolation au chaud qui s'impose, que celle de l'isolation au froid. C'est un changement complet de paradigme", déclare Éric Pallot, président d'Icomos France et architecte en chef des monuments historiques honoraire.
Une étude de Santé publique France, menée après la canicule de 2003 sur les personnes de 65 ans et plus en région parisienne, "a établi un lien direct entre l'étage d'habitation et le risque de décès", rappelle le GCCP. "Elles avaient un risque de décès qui était deux à trois fois plus élevé lorsqu'elles habitaient dans un quartier plus chaud, et quatre fois plus élevé lorsqu'elles habitaient dans une chambre sous les toits", indique Karine Laaidi, chargée de projets au sein de l'établissement public.
"Un gisement d'idées"
Le livre blanc rassemble les travaux des premières Assises de France des métiers de la couverture, organisées autour du colloque "Bien vivre sous les toits", qui avait réuni en mai dernier près de 500 acteurs du secteur, parmi lesquels des couvreurs, architectes et architectes des bâtiments de France, industriels, ingénieurs, chercheurs, syndics, élus, sociologues et habitants du dernier étage.
"Une paroi vitrée en toiture qui représente 2 % de la surface totale va représenter 60 à 70 % [des flux] sur une fenêtre qui n'est pas équipée de protection solaire", chiffre Franck Leguillon, responsable de pôle recherche et expertise au CSTB.
"Ce document est un compte-rendu précieux des échanges entre les différents acteurs présents au colloque, il n’a pas vocation à statuer précisément sur les enjeux techniques, scientifiques et architecturaux qui restent à préciser au cas par cas sur les projets de réhabilitation", affirment les auteurs. Si le colloque s'est concentré sur le patrimoine urbain parisien, notamment haussmannien, "la démarche et les principes qui en ressortent s'adressent à tout type de bâti, ancien ou récent, urbain comme rural".
Ils invitent les lecteurs à considérer ce livre blanc comme un "gisement d'idées" qui peuvent être transformées en actes. Car demain, il sera toujours possible d'habiter sous les toits, à "condition de connaissance du bâti, de méthode collective, de formation des professionnels et d'accompagnement des habitants".
Un éventail de solutions
De nombreuses solutions peuvent être mises en place : isolation, occultation, ventilation nocturne, rafraîchissement adiabatique, puits climatique, surélévation… Parmi elles, la protection solaire des fenêtres de toit apparaît comme un levier important. "Une paroi vitrée en toiture qui représente 2 % de la surface totale va représenter 60 à 70 % [des flux] sur une fenêtre qui n'est pas équipée de protection solaire", chiffre Franck Leguillon, responsable de pôle recherche et expertise au Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB).
Le sarking, une méthode d'isolation thermique de la toiture par l'extérieur reposant sur la pose de panneaux isolants entre la charpente et la couverture, est également présenté comme une solution "efficace pour supprimer les ponts thermiques au niveau des chevrons, tout en conservant le volume habitable intérieur du comble", écrit le GCCP. Cette technique peut toutefois se heurter à des contraintes réglementaires locales et esthétiques, notamment pour les couvertures à galbe à Toulouse.
L'intérêt de solutions traditionnelles est également mis en avant, qu'il s'agisse de la mise en œuvre de terre crue pour réguler l'hygrométrie ou d'ouvrages de couverture comme les lucarnes et les passe-oiseaux, qui contribuent à la ventilation naturelle. "Le monde de la toiture, c'est un monde d'ouverture et de ventilation, qu'il faut absolument réintégrer dans ces couvertures", souligne Judicaël de la Soudière, architecte du patrimoine.
Les professionnels du bâtiment recommandent également de mieux connaître l'édifice avant toute intervention, grâce à l'établissement d'un diagnostic, de privilégier des solutions "simples et passives", d'éviter la standardisation en développant des prototypes et des cas d'études, mais aussi d'anticiper l'évolution du climat.
S'ouvrir à l'échelle de la ville
Alexandre Florentin, cofondateur du collectif 7e Ciel (mouvement Demain 50 °C) et ancien élu à la ville de Paris de 2020 à 2026, suggère de transposer au risque thermique la méthode qui a permis de diviser par plus de cinq la mortalité routière en France : "Éducation dès l'école, mobilisation industrielle, contrôle et accompagnement". De son côté, Jean-Marc Zuretti, directeur de l'École de Chaillot, imagine plutôt un "cadre collectif de définition, de réflexion et d'action pour les toitures, comme cela a été fait pour les berges de Seine".
Mais le livre blanc rappelle aussi que la réflexion ne peut se limiter au seul édifice. L'enjeu dépasse largement l'échelle du bâtiment et doit être appréhendé à celle du quartier, voire de la commune. "À Marrakech (Maroc), on supporte 50 °C grâce à l'aménagement de la ville, [avec des] rues ombragées [et de la] végétation", affirme Maxime Coudray, ingénieur transition et directeur général délégué du bureau d'études Alter Watt. Les professionnels invitent ainsi à intégrer à la réflexion la végétalisation, l'ombrage et la réduction des îlots de chaleur.
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