Confort, économies, carbone : les rénovations performantes en maison le sont-elles vraiment ?
Quelles sont les conditions de réussite d'une rénovation énergétique performante en maison individuelle (MI) ? C'est pour tenter de répondre à cette question que le projet PerfinMind 2 a vu le jour à l'été 2022, dans la foulée du premier volet qui s'était déjà fixé pour objectif d'établir une base documentaire sur la performance énergétique de 106 MI rénovées à un niveau Bâtiment Basse Consommation (BBC) ou équivalent. Il avait finalement permis de confirmer l'efficacité d'une rénovation complète et performante des MI à la condition que celle-ci soit accompagnée par des dispositifs "de qualité".
Entre la mi-2022 et la mi-2025, PerfinMind 2 s'est donc attelé à approfondir les résultats précédents en abordant de nouveaux aspects (évaluation du confort d'été, analyse en cycle de vie, en coût global...) et en élargissant l'analyse au-delà des rénovations BBC en une fois, par exemple en instrumentant des rénovations effectuées avec des financements CEE (certificats d'économies d'énergie) de type Coup de pouce "Rénovation globale".
Parmi les soutiens et pilotes du projet, figurent l'Ademe (Agence de la transition écologique), la DGEC (Direction générale de l'énergie et du climat), l'Anah (Agence nationale de l'habitat), trois régions (Normandie, Bourgogne-Franche-Comté, Centre-Val de Loire), le Réseau Cler ou encore la jeune pousse Dorémi.
Le CSTB (Centre scientifique et technique du bâtiment), le Cerema (Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement) ainsi que l'AQC (Agence Qualité Construction) ont participé au comité technique de PerfinMind 2, dont la synthèse affirme que les trois types de rénovation étudiées (BBC Rénovation, BBC par étapes et Coup de pouce) engendrent tous "des résultats significatifs en termes de baisse de consommation d'énergie".
Des rénovations parfois incomplètes
Cela dit, les travaux ayant visé le niveau BBC Rénovation sont ceux qui ont débouché sur les meilleurs résultats, à commencer par une atteinte systématique des classes A ou B du DPE (diagnostic de performance énergétique). La preuve, d'après les auteurs, qu'il "est parfaitement possible aujourd'hui de réaliser des rénovations complètes et performantes, correspondant aux enjeux sociaux, énergétiques et climatiques du secteur du bâtiment" grâce à "un dispositif adapté".
En revanche, les bouquets de travaux des rénovations type Coups de pouce et BBC par étapes sont souvent incomplets et ne portent pas sur des postes clés, comme l'installation d'un système de ventilation. De même, les défauts de mise en œuvre sont assez fréquents, notamment sur la pose des systèmes techniques.
Même si la réglementation a pu évoluer sur le sujet, PerfinMind 2 invite à aligner le parcours accompagné des aides MaPrimeRénov' (MPR) délivrées par l'Anah sur le label BBC "avec une première étape qui intègrerait systématiquement des travaux sur la ventilation, un test d'étanchéité à l'air et l'atteinte de la classe C". Dans le même registre, "la mise en œuvre d'un système d'aide incitatif permettant d'accompagner les ménages dans la poursuite de leur programme de travaux afin de ne pas s'arrêter aux premières étapes uniquement" est aussi proposé.
Un inconfort d'été persistant
L'étude relève également que les trois parcours de rénovation analysés débouchent sur un confort d'hiver jugé satisfaisant par les ménages concernés et sans "aucun effet rebond" sur la consigne de chauffage. Les enseignements sont plus mitigés sur le confort d'été : d'une manière générale, les occupants affirment se sentir bien dans leur logement en période estivale dans les trois cas, mais l'inconfort persiste "lors de vagues de chaleur prolongées, en particulier la nuit et dans les chambres, lorsque les températures dépassent les 25 à 26 °C".
Sur ce point, il convient malgré tout de souligner les "écarts de perception" qui peuvent être observés d'un ménage à l'autre au sein d'une même zone climatique, ainsi que "la capacité des habitants à agir sur leur environnement", tel que le recours à la ventilation nocturne ou l'adaptation de leurs usages, qui joue évidemment "un rôle central" dans le confort ressenti.
Ce qui amène les auteurs à prôner une adaptation des outils de conception du confort d'été, particulièrement le diagramme de Givoni qui "gagnerait à être décliné en version locales", et de l'évaluation des rénovations. Reste qu'un accompagnement des ménages constitue le pendant d'une bonne mise en œuvre, les deux étant présentés comme "les clés de voûte de la réussite d'une rénovation".
Systématiser l'accompagnement
Toujours selon PerfinMind 2, les rénovations accompagnées par un assistant à maîtrise d'ouvrage (AMO) obtiennent de meilleurs résultats, l'étude ayant notamment constaté des défauts d'exécution sur des systèmes de ventilation et de chauffage dans des projets ne faisant pas l'objet d'un accompagnement.
Fort logiquement, il est donc recommandé d'intégrer systématiquement un accompagnement en phase chantier (maîtrise d'œuvre), surtout dans le cas du parcours accompagné de MPR. "Le coût de cet accompagnement est aujourd'hui éligible aux aides pour les modestes et très modestes, mais il serait nécessaire de faire mieux connaître ce dispositif afin qu'il soit plus utilisé, tant les ménages peuvent être parfois démunis durant la phase chantier", peut-on lire.
Et quid de l'impact carbone des rénovations performantes en MI ? Le temps de retour carbone, ou TRC, serait inférieur à 5 ans dans les trois parcours étudiés. Il serait d'autant plus marqué lorsque les travaux permettent "une réduction significative des besoins énergétiques, combinée à l'usage d'énergies décarbonées pour le chauffage et l'eau chaude sanitaire".
Du rôle du vecteur énergétique
Cela dit, les produits de construction et équipements présentent pour leur part un impact carbone qui peut varier d'un extrême à l'autre, représentant entre 8 % et 71 % du poids carbone en fonction des projets. "Cette variabilité résulte notamment du vecteur énergétique (décarboné ou non) avant travaux", précise la synthèse.
Dans le détail, "les maisons rénovées avec des systèmes de chauffage au bois ou des pompes à chaleur air-eau présentent des émissions inférieures à 600 kg équivalent CO2 par m² de surface habitable (shab)" sur une période de 30 ans. À l'inverse, "les logements ayant conservé le gaz comme vecteur énergétique dépassent ce seuil, soulignant l'importance du choix des équipements dans la performance environnementale à long terme".
Quant au coût global du projet de rénovation, l'analyse en coût global (ACG) menée par PerfinMind 2 dévoile que la part des coûts de travaux dans la facture totale étalée sur une trentaine d'années oscille entre 5 % et 81 %. Cette situation serait majoritairement influencée par "l'état initial des consommations énergétiques du logement, le coût des travaux (fortement dépendant des techniques employées et des devis obtenus) et le niveau de gain énergétique constaté à l'usage". Sans oublier toutefois le rôle déterminant des aides disponibles pour déclencher les travaux, et des démarches administratives pour y accéder.
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