Électrification : "Les industriels n'investiront que si le marché est stable, pérenne et en croissance"

Par   Corentin PATRIGEON

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Publié le 21 avril 2026
© Uniclima
Camille Beurdeley, déléguée générale d'Uniclima.
ENJEUX. Quelles conséquences la guerre en Iran et le plan d'électrification des usages peuvent-ils avoir sur l'activité des industriels du CVC ? XPair a posé la question à la déléguée générale d'Uniclima, Camille Beurdeley, qui a également livré les premières tendances des ventes d'appareils sur le 1er trimestre 2026.

La guerre en Iran perturbe-t-elle la chaîne d’approvisionnement des industriels du CVC ? Et le groupement Uniclima constate-t-il une hausse des ventes de pompes à chaleur face à la flambée des prix des combustibles fossiles ?

Camille Beurdeley : Nous commençons à constater une hausse de certaines matières premières, comme l'acier et les plastiques. Les relations entre industriels et fournisseurs sont bien établies et s'inscrivent sur le temps long. Tout est encadré par des contrats qui seront toutefois probablement renégociés à la hausse dans les prochains mois.

Si ces contrats ont jusqu'à présent relativement préservé les fabricants, ces mêmes contrats risquent donc de les confronter à de futures augmentations. J'ajoute que cette situation n'est pas spécifique au génie climatique, l'ensemble des acteurs industriels la vivent également. Ce qui est davantage lié à notre marché, c'est la crainte de l'inflation des énergies fossiles car certains de nos segments de produits sont en première ligne.

Nos partenaires installateurs nous indiquent qu'il y a un frémissement sur le marché des pompes à chaleur, à la fois chez les particuliers et dans le tertiaire. Les acheteurs s'interrogent et font établir des devis, ce qui contraste avec le reste des segments. Il y a donc une dissonance entre les PAC et les autres appareils. Le contexte international est venu percuter le secteur du bâtiment, déjà très sensible aux crises et aux coups d'arrêt, et incite les ménages à préserver leur épargne.

Dans un marché qui piétine, le président de l'UMGCCP, Pascal Housset, a précisé à XPair que les travaux de maintenance enregistraient malgré tout une hausse de 15 %...

C. B. : Nous avons les mêmes retours du terrain. Les particuliers font le choix de ne pas changer leur appareil mais de l'entretenir, même s'il est en fin de vie. Les ménages préfèrent faire réparer leurs chaudières que d'acheter une PAC.

Le plan d’électrification des usages présenté par le Gouvernement peut être interprété comme un tremplin pour les PAC et une mauvaise nouvelle pour les chaudières gaz et installations hybrides…

C. B. : Nous nous réjouissons des objectifs annoncés par le plan d'électrification des usages, avec notamment l'installation d'un million de PAC par an à horizon 2030. On rêve d'y être mais pour cela, il faut qu'il y ait un marché. Nos industriels font tout pour être en capacité d'y répondre mais il faut bien comprendre qu'ils n'investissent que si le marché est stable, pérenne et croît de manière linéaire. La filière a besoin d'être assurée que la croissance sera au rendez-vous. C'est cela qui permettra vraiment d'augmenter la capacité de production.

"La filière est déjà en surcapacité. Il faut par conséquent commencer par trouver un débouché à cette surproduction."

Sachant que quand on parle de pompes à chaleur, il faut qui plus est toujours affiner les segments de produits. Les annonces gouvernementales concernent principalement les PAC air/eau, or on en vend 180.000 par an en France et on en produit déjà 300.000 ! La filière est donc déjà en surcapacité, dont le surplus arrose le reste de l'Europe. Il faut par conséquent commencer par trouver un débouché à cette surproduction.

Concernant les chaudières gaz, on est déjà dans une tendance de réduction drastique en maison individuelle depuis l'entrée en vigueur de la RE2020 en 2022, et depuis 2025 dans le logement collectif. Le plan d'électrification n'est donc pas une nouveauté sur ce point mais une confirmation de la volonté du Gouvernement, et nous en prenons acte.

Les mesures annoncées avaient d'abord fait l'objet de groupes de travail spécifiques, notamment sur le bâtiment, puis elles se sont concrétisées du fait d'une accélération politique. On doit maintenant raccrocher les wagons pour savoir ce qui va véritablement être mis en place, à l'image du leasing PAC. On reste prudent sur le détail des annonces et on continue à échanger avec les pouvoirs publics.

Que pensez-vous justement de ce dispositif censé compléter les aides existantes ?

C. B. : Nous avons besoin de comprendre comment les choses vont se faire. La notion de leasing, qui vient du secteur automobile, implique une location. Le terme a été repris pour la PAC mais on ne voit pas très bien comment on peut restituer une PAC après l'avoir utilisé pendant un temps donné… Le vrai sujet, c'est comment rendre la PAC accessible, et auprès de quels ménages : des précaires ?... Dans ce cas, est-ce qu'on ne se rapprocherait pas d'un système de prêt ou de contrat global, intégrant l'équipement, la maintenance, la fourniture d'électricité ?

Quoi qu'il en soit, l'objectif final est donc de permettre à des ménages identifiées d'accéder à la PAC avec un coût global et pas seulement un coût sur l'équipement, qui doit aussi être entretenu, et ce malgré la baisse du reste à charge avec toutes les aides existantes. Sur le principe, nous sommes donc favorables à toutes les mesures permettant au plus grand nombre d'accéder aux pompes à chaleur, tout en sécurisant les ménages.

"La notion de leasing implique une location. On ne voit pas très bien comment on peut restituer une PAC après l'avoir utilisé pendant un temps donné…"

Je précise que, dans le cadre d'un leasing ou d'un prêt, il convient de s'appuyer sur les partenaires de la filière, et notamment les installateurs et les professionnels du terrain. Nous craignons sinon de voir émerger des offres un peu exotiques de la part d'acteurs peu fiables.

Alors que le 1er trimestre 2026 s'est achevé, quelles sont les premières tendances des ventes d'appareils ?

C. B. : À fin février et sur les deux premiers mois de l'année, les PAC air-eau ont progressé de 9 % et les air-air ont bondi de 27 %, même si dans ce dernier cas il peut y avoir un effet saisonnier et de stockage. La tendance est en revanche bien plus mauvaise sur les autres familles, comme les chaudières gaz et fioul qui chutent de 23 %. La ventilation évolue aussi en négatif.

Le marché est donc très morose. Dans ces conditions, un salon comme Interclima est un moment important d'échanges et de cohésion pour la profession. Il peut avoir un effet dynamiseur et offrir des caisses de résonnance pour des organisations comme la nôtre ainsi que nos partenaires. À cette occasion, Uniclima saisira l'opportunité de faire passer un certain nombre de messages aux futurs candidats à l'élection présidentielle.


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