Logement : face à la canicule, "il faut revenir au B.a.-ba" assure Nathalie Tchang

Par   Corentin PATRIGEON

Actualités
Publié le 17 juin 2026
© Grégory Brandel
Nathalie Tchang, directrice-associée du BET Tribu Énergie.
ENTRETIEN. Alors qu'une nouvelle vague de chaleur s'abat sur l'Hexagone, la directrice-associée du BET Tribu Énergie rappelle à XPair les textes réglementaires relatifs au confort d'été ainsi que les solutions à prioriser en matière d'adaptation et de rénovation.

XPair : Quelles sont les principales évolutions de la réglementation en matière de confort d'été depuis l'été 2025, qui avait déjà été marqué par plusieurs épisodes de forte chaleur ?

Nathalie Tchang : Le rapport Rivaton avait annoncé des modifications sur le confort d'été mais nous n'avons vu passer aucun texte pour l'instant.

Cela dit, depuis le 1er mai 2026 sont entrés en vigueur dans la RE2020 les 10 nouveaux usages tertiaires (crèches, médiathèques…), et par la même occasion les exigences de confort d'été en degrés-heures ont été introduites pour ces nouvelles typologies, qui sont ainsi passées de l'indice Tic (Température intérieure conventionnelle) de la RT2012 à l'indicateur DH de la RE2020.

Les exigences en DH sont donc les mêmes pour ces nouveaux bâtiments tertiaires, avec des seuils toutefois différents en raison des apports internes qui sont eux-mêmes différents.

Le brasseur d'air plafonnier constitue-t-il une bonne solution ?

Les ventilateurs de plafond sont une excellente solution que nous recommandons vivement sur toutes nos opérations pour se passer de la climatisation. Ils sont très bien valorisés dans la RE2020 mais ils sont confrontés à deux freins. Le premier est d'ordre économique : un brasseur d'air plafonnier n'est pas onéreux en tant que tel, mais la recherche d'économies peut amener les maîtres d'ouvrage, notamment les collectivités, à le supprimer des programmes.

"La première chose à faire est d'empêcher le rayonnement solaire, et donc la chaleur, de pénétrer dans le bâtiment."

Le second est d'ordre industriel : on sait que les ventilateurs de plafond ont un impact conséquent sur le calcul réglementaire de la RE2020 mais aucun industriel ne s'est pourtant positionné dessus. Les produits commercialisés en France sont donc "made in China" ; ils peuvent certes avoir des PEP (profils environnementaux de produits) mais sont néanmoins tributaire d'un design ou de fonctionnalités pas forcément adaptées ni souhaitables pour nos logements.

Le raccordement à un réseau de froid peut-il s'avérer pertinent ?

Les réseaux de froid sont encore assez peu nombreux en France, et leurs coûts (VRD, raccordement, abonnement) sont très élevés. On les retrouve donc essentiellement dans le tertiaire pour l'instant, où leur raccordement permet de gagner de la place, notamment en toiture – en supprimant les groupes extérieurs de climatisation, ce qui évite également d'avoir des matériels à remplacer –, et donc de l'usage.

Raccorder un réseau de froid uniquement à des logements représente une opération qu'on peut difficilement amortir et qui, en l'état, n'en vaut donc pas la peine. En revanche, un réseau de froid présente un réel intérêt quand il est branché à un groupe de bâtiments comprenant des logements, des bureaux, des commerces, etc.

Quelles sont les actions à privilégier pour lutter contre l'inconfort d'été ?

Il faut revenir au B.a.-ba : privilégier les protections solaires, et de préférence les brise-soleil intérieurs et non extérieurs ; végétaliser et prendre en compte l'inertie thermique du bâtiment pour déphaser sa température. Sur ce dernier point, il faut d'ailleurs rappeler que le déphasage que peut potentiellement apporter un isolant est négligeable par rapport à l'inertie thermique du bâtiment lui-même.

La première chose à faire est d'empêcher le rayonnement solaire, et donc la chaleur, de pénétrer dans le bâtiment. Il faut ensuite ventiler la nuit, installer des brasseurs d'air et adapter son comportement et ses usages, comme son habillement par exemple.


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