Rénovation : l'exécutif recule sur le DPE en espérant relancer le logement

Par   Corentin PATRIGEON

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Publié le 24 avril 2026
© Capture d'écran X Sébastien Lecornu
Le 23 avril 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu a détaillé le contenu du projet de loi visant à relancer le logement.
POLITIQUE. Le Gouvernement a détaillé le contenu de son projet de loi censé relancer le logement et qui devrait être présenté d'ici l'été. Le diagnostic de performance énergétique ainsi que la gestion des aides à la rénovation vont être modifiés.

Le Gouvernement a expliqué comment il compte précisément s'y prendre pour relancer le logement. En déplacement à Marseille ce 23 avril 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu, accompagné de son ministre du Logement Vincent Jeanbrun, ont détaillé le contenu du projet de loi consacré à ce vaste chantier et qui devrait être présenté d'ici l'été.

"Le logement ne peut pas attendre. Nous faisons face à une panne du logement. La demande est là mais l’offre ne suit plus. Il faut accélérer, maintenant", a affirmé le locataire de Matignon sur X. Face au constat d'un marché "grippé", les pouvoirs publics anglent d'abord leur réponse à l'échelle territoriale en lançant un nouveau programme de rénovation urbaine.

La troisième mouture de l'Anru, l'Agence nationale de renouvellement urbain, verra son périmètre d'activité élargi aux centres-villes "dévitalisés", aux zones rurales ainsi qu'à "la France des sous-préfectures" (sic). D'après Sébastien Lecornu, "150 quartiers seront intégralement rénovés et reconstruits, avec une transformation en profondeur : rénovation des logements, amélioration du cadre de vie et adaptation de l’urbanisme aux réalités locales (...)".

L'Anru chargée de l'"électrification progressive des quartiers"

Mais le rôle de l'Anru 3 sera étendu aux "conditions de vie : santé avec des maisons de santé, rénovation énergétique des logements et électrification progressive des quartiers", le tout financé par "un partenariat renforcé entre l’État, les collectivités et les acteurs du logement".

En termes de construction neuve, le projet de loi permettra également d'actionner l'outil baptisé Urgence Relance Logement (URL), pour accélérer les procédures d'urbanisme de projets portés par les maires et validés par les préfets. Il mettra aussi en place une autorisation de construire unique et devrait contribuer à réduire les délais et recours abusifs.

Le Gouvernement, qui réaffirme au passage son objectif de faire sortir de terre 2 millions de logements d'ici à 2030, va par ailleurs étendre le dispositif fiscal du bailleur privé aux maisons individuelles dans l'ancien, tout en abaissant son seuil de travaux de 30 % à 20 % du prix du bien et en simplifiant les "exigences énergétiques".

MaPrimeRénov' sera confiée aux intercommunalités

Sur le plan de la rénovation, le texte acte un recul sur le DPE (diagnostic de performance énergétique) : quelque 1,4 million de logements étiquetés F et G actuellement vacants "pour raisons énergétiques" pourront être remis sur le marché, à la condition que les propriétaires s'engagent à réaliser des travaux de rénovation sous 3 ans pour les maisons individuelles, et 5 ans pour les copropriétés.

Les pouvoirs publics espèrent ainsi remettre à disposition "près de 700.000 logements" dans le but de "créer un choc d'offre locative et de rénover massivement les logements". Enfin, le projet de loi prévoit de transférer la gestion des dispositifs d'aide aux élus locaux.

"Les aides à la construction et à la rénovation seront confiées aux intercommunalités, en particulier les métropoles et communautés urbaines. C’est par exemple le cas de MaPrimeRénov’", a précisé Sébastien Lecornu, estimant qu'il s'agit là d'"avancées majeures en matière de décentralisation".

Alerte sur le DPE et "la diversité du parc à rénover"

Les professionnels, eux, restent sur leurs gardes. Si elle approuve la trajectoire annoncée, la Fédération française du bâtiment (FFB) se méfie de cette "stratégie de petits pas", en rappelant que "des arbitrages" doivent encore être faits et que "des incertitudes financières" brouillent l'horizon.

"Ce déplacement à Marseille coïncide avec les annonces faites sur le plan d'électrification de la France", note la fédération, en regrettant "qu'aucune réelle concertation n'ait été menée avec les professionnels, contrairement à ce qui avait été envisagée".

Son président, Olivier Salleron, confirme qu'il "reste à obtenir un budget adapté et des concertations opérationnelles avec le secteur" pour éviter de mettre "un frein à la dynamique souhaitée". L'organisation alerte ainsi "sur une nouvelle modification du DPE et l'approche uniforme qui ne tiendra pas compte de la diversité du parc à rénover ni de l'état des réseaux et des infrastructures".

Le collectif Rénovons, qui compte notamment Effinergie, le Réseau Cler, Ithaque, Coénove ou encore Négawatt, fustige quant à lui l'assouplissement de l'obligation de rénover les passoires thermiques. "L'efficacité d'un tel dispositif repose sur des capacités de contrôle et de sanction aujourd'hui largement insuffisantes. Sans vérification systématique ni conséquences immédiates en cas de non-respect, ces engagements risquent de rester largement déclaratifs", pointe son communiqué.

La réponse du Gouvernement encouragerait ainsi les "effets d'aubaine" sans s'attaquer aux véritables causes : "difficultés de financement, complexité technique, blocages en copropriété, manque de main-d'œuvre qualifiée". Le collectif tient également à attirer l'attention sur le profil des propriétaires concernés : "Selon l'Observatoire national de la rénovation énergétique (ONRE), 1 passoire énergétique en location sur 2 appartient aux 30 % des ménages les plus riches, et 1 sur 3 appartient au seul dernier décile de revenus".


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